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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Langage non verbal du lapin et recettes de lapin au vin

27 Février 2008, 15:03pm

Publié par Elisabeth Poulain

     
Il faudrait être encore plus précise, me dis-je à moi-même. En fait ce langage est celui des oreilles du lapin. Mais pour une fois, je préfère faire court et je vais respecter la règle des 8/10 mots maximum par titre (valable dans la presse).
 
Langage non verbal ? Ca veut dire sans mot. Yes, Sir, comme on répond lors de l’entraînement des marines. Vaste sujet surtout quand on ne connaît quasiment rien au lapin (ni aux marines, sauf que j’ai vu un reportage qui m’a traumatisé à vie il y a fort longtemps. La preuve). Quant aux oreilles dudit lapin, ma connaissance ne va guère plus loin aussi. Mais bon, à cœur vaillant, rien d’impossible surtout s’il s’agit de décrypter ce vous raconte le lapin. A une condition : il faut qu’il ait des oreilles. Quoi, me dites-vous ? Ils ont tous des oreilles. Pas sûr, pas sûr. Celui que j’ai vu dans mon jardin l’autre jour en avait de toutes petites rondes. Je vous conseille de commencer votre initiation par un lapin avec de vraies oreilles. Déjà le sujet est ardu, si, en plus le lapin a tellement de poil que vous ne voyez même plus ses noreilles, ce sera mission impossible.
  lapin.jpg
 
1. Donc vous avez le lapin avec de grandes oreilles. Vous le rencontrez. Vous ne dites rien. Il dresse ses oreilles droites mais sans excès au-dessus de sa tête. Traduisez : il vous dit bonjour. C’est déjà ça. Le lapin par nature est poli, sauf s’il a été maltraité dans son enfance. C’est encore autre chose.
 
2. Tout d’un coup il les met à plat horizontalement, chacune de son coté. C’est bizarre. Il ne faut pas croire qu’il a peur. C’est pourtant ce qu’on croirait. Non, il vous indique qu’il est en train de réfléchir et qu’il ne faut surtout pas l’interrompre. Vraiment ? Oui, ou alors c’est qu’il est mal élevé. Mais comme il est poli par définition (voir leçon 1), ce n’est pas possible. Donc, c’est bien ça.
3. Puis il s’apprête à dire quelque chose. C’est bien. Il procède par étape. Cela se traduit par son oreille gauche inclinée à l’horizontal. Surtout ne vous trompez pas. Si c’est l’autre oreille, je ne sais pas. Ca pourrait être dangereux. Un lapin jeteur d’un mauvais sort ? Ca existe. La preuve : les milliers de marins européens qui jamais, jamais n’ont voulu depuis des siècles embarquer un lapin vivant sur un navire. Le lapin est un porte-malheur. Si, si, ça existe. Il faut se méfier. Là, cela veut dire : j’ai faim !
 
Cela vous entraîne dans un questionnement d’essence philosophique : que mange un lapin ? J’ai déjà un embryon de réponse après ma rencontre de l’autre semaine avec un lapin fourbe et très malin dans mon jardin. La réponse est : tout ce qui pousse dans votre jardin ! A un point que vous ne pouvez pas imaginer. Ils ont failli gagner contre toute une nation qui est à elle seule un continent. Vous donnez votre langue au chat. Façon de parler, je vous donne un indice. Les autochtones s’étaient bien gardés d’avoir des lapins, parce qu’il n’y a pas de prédateurs du lapin, là-bas. Et si je vous dit : kangourou. Vous avez trouvé, bravo. C’est l’Australie.
 
4. Ensuite, ce lapin devant vous saute un degré de difficulté en plus et vous pose une question de degré 2. Le lapin à grandes oreilles possède un certain sens d’humour. Il place ses appendices auditifs complètement en arrière, bien à plat, comme s’il avait mis une tonne de gel. Alors là, c’est vraiment dur. Je vais vous aider : cela veut dire qu’il commence à vous suggérer ce qu’il veut manger en lnv (il faut vraiment tout vous dire ; vous êtes un peu lent : lnv = langage non verbal évidemment). Traduisez que maintenant, en plus, il parle mais il entre dans votre cerveau. Ca commence à devenir grave, parce que tout à coup, vous commencez à penser laitue et carotte, alors même que vous n’avez ni l’une ni l’autre dans le jardin.
5. Mais oui, apparemment, c’est bien ça. Il ne se moque pas de vous mais exige que vous ne le laissiez pas ainsi seul et sans nourriture surtout. Les oreilles toujours à plat frétillent doucement, comme des ondes qu’il vous envoie. Faites très attention. Le lapin commence à être en colère. C’est très grave et cela commence à ressembler à une menace.
 
6. Qu’il renouvelle, cette fois-ci en devenant franchement caustique. Clairement, il se moque de vous avec ses 2o dressées rapprochées très droites et serrées-au dessus. Surtout, ne répondez jamais. Sinon c’en serait fait de la supériorité de l’homme sur l’animal.
7. Le fait que vous n’ayez pas répondu, l’oblige parfois à franchir la ligne. Cela va se traduire de sa part par des oreilles en biais dont la pointe retombe sur le coté extérieur, comme une fleur fanée. Il vous menace de représailles, c’est à dire très concrètement qu’il peut par exemple appeler tous ses copains lapins à la rescousse, à faire une gigantesque manif. Imaginez par exemple des milliers de lapins affamés, des millions, là devant vous. A réclamer non pas des sous mais de la bouffe, de la bouffe…Il ne resterait plus rien. Et en plus s’il s’appelait Myxo le chef et s’il appelait tous les Matose du coin à le rejoindre. Ce serait le désert, la dévastation d’un coté et de l’autre des lapins mutants qui pourraient apprendre à monter aux arbres, à nager sous l’eau ou à voler dans les airs. Un cauchemar à cause d’un lapin.
 
Vous savez le pire ? C’est que ce cauchemar est une réalité. Contre le lapin introduit en 1859 en Australie, qui s’est propagé dans les 2/3 du pays en moins de 50 ans, on a tout essayé : la construction d’un mur de 3 000 km de long, l’inoculation de la myxomatose, la puce espagnole, la fièvre hémorragique et maintenant un virus immuno-conceptif. Grâce à quoi, on peut maintenir la colonie à 200 millions d’unités.     
 
Pour en revenir à notre lapin, dans l’immédiat, à votre place et à partir de ce moment là, je cesserais tout contact même visuel avec lui. Il ne vous reste qu’une seule possibilité, à part fuir vous, ce qui est exclu. Vous êtes bien d’accord. Il faut donc, vous, le faire fuir, lui. A vous de choisir la formule appropriée. Je ne voudrais pas être accusée de maltraitance à lapin. Déjà que ça m’est arrivé avec le hérisson. C’est autre histoire.  
 
A plus long terme, il faut une nouvelle phase de recherche sur l’intelligence du lapin et sa traduction en langage non verbal. Il reste quelques positions d’oreilles non utilisées. Il y a donc encore quelques possibilités. Mais pas beaucoup quand même. Un lapin c’est peut être pas crétin, mais c’est quand même malin et surtout c’est fourbe. Je sais maintenant qu’il peut aussi être dangereux. Surtout que vous vous ne pouvez jamais vous exprimer, lui le peut. Il ya un bug gros comme un lapin.
 
Pour suivre le chemin
-        Lire « le langage des oreilles » dans « Les plus beaux dimanches après-midi du monde » de Plonk et Replonk, chez Plonk et Replonk éditeurs, Editions Humus Lausanne, 2006. Les deux auteurs vous expliquent dans le détail la version suisse de ce langage. A déchiffrer sur www.plonkreplonk.ch
-        Lire un billet précédent sur « un lapin crétin, non, plutôt pas malin » sur ce blog.
-        Sur le lapin en Australie, www.condorcet.com
-        Toujours wikipedia.org très complet sur la symbolique du lapin et sa présence dans l’art . C'est aussi Wikipedia qui fournit ce magnifique carreau de céramique du XIXè siècle d'Iran, intitulé "Carreau aux lapins, aux serpents et à la tortue".
 
Pour goûter le lapin
-        Tester le lapin façon ‘chasseur’ au vin blanc: le découper en morceaux et sauter avec un peu de matière grasse dans une poêle à feu vif. Ajouter un verre de muscadet, un peu d’ail, des oignons, du sel, du poivre…A faire mijoter doucement une petite heure. (selon La cuisine de camping de Jean Loiseau, Editions de la Revue Camping, 1942). Je vais essayer en remplaçant le poivre par du curry avec beaucoup de crème fraîche de Normandie et avec un accompagnement d’une purée pomme de terre-betterave. Ce devrait être délicieux avec le muscadet qui reste.
 
-        A comparer avec la (vraie) recette du lapereau au saupiquet  au vin rouge: il faut faire rôtir le lapereau d’un coté et préparer le saupiquet à part. C’est la sauce qui accompagne la viande. Il vous faut des oignons bruns à griller avec du lard dans une poêle ; puis vous mouillez avec un Anjou rouge dans lequel vous écrasez du pain rôti déjà préalablement trempé dans du bouillon. Vous comprenez qu’il faut commencer par avoir du bouillon prêt de la veille. Si non, je ne sais pas à quelle heure vous allez déguster cette recette du XIXè siècle. Vous ajoutez des épices, cannelle, gingembre et ce que les auteurs appellent des « menues épices » à faire bouillir et à verser sur le lapereau. Histoire pittoresque de notre alimentation, Georges et Germaine Blond, Les Grandes Etudes Historiques, Arthème Fayard, 1960.   
 
-        Je n’ai pas réussi à trouver de recette australienne de lapin. Je me demande bien pourquoi ?    

 

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