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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Ah ces titres trompeurs, par l'exemple d'une étude de la Télévision suisse romande sur des vins de Bordeaux vendus en Suisse!

12 Avril 2008, 17:00pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est franchement agaçant. Vous allez me dire que je m’agace pour très peu. C’est pas faux, comme dirait une de mes filles quand elle ne veut pas reconnaître que celui qui lui parle n’a peut être pas tout à fait tort. Ne nous égarons pas. Le titre ! Oui, le sujet c’est le titre trompeur.  

Le titre trompeur

C’est une des premières choses qu’on apprend en école de journalisme ou sur over-blog d’ailleurs : faites des titres courts et accrocheurs. Court pour que l’œil et le cerveau captent vite et accrocheur parce que nos pauvres yeux et pauvres méninges associées sont sur-sollicités. On est par exemple exposé à plus de 500 publicités par jour, certains disent 1 000 et +. Le chiffre n’a d’importance que pour vous dire que le paysage visuel commercial est tellement riche que nous avons du mal à suivre par over dose. La réaction des entreprises : en faire encore plus. Vous avez remarqué que je n’ai pas visé directement les publicitaires parce qu’un publicitaire sans une entreprise cliente et sans commande et bien, c’est pas grand chose. S’en prendre aux publicitaires n’a pas de sens, à mon avis.   

Pour les titres donc, il y a concurrence. Et là, pas de sentiment. Il faut être lu, comme me l’a dit un type qui se promène en ville en citant son audience comme s’il était une publicité vivante. L’audience selon un des bouquins que j’ai co-écrit avec Martine Massabie François « Le lexique du Commerce International » (Bréal éditeur)  c’est la « mesure du nombre de personnes touchées par un support publicitaire ». Et pour être lu ou au moins touché la cible que forment les lecteurs, il faut donc appâter comme à la pêche. Eh oui ! Mais remarquez que le plus souvent ne se laissent appâter que ceux qui le veulent bien, sauf ceux qui ont été vraiment trompés. Ceux-là sont à défendre avec énergie. Je le sais bien. Pendant un temps, j’ai  travaillé dans une Union de Consommateurs. J’avais été frappé par le nombre non-négligeable de gens de la classe moyenne ou + qui savaient fort bien qu’ils avaient acheté des produits à des prix ‘défiant toute concurrence’. On devrait dire « défiant toute confiance ».  

Ne nous égarons pas. Le titre trompeur. J’en ai trouvé un il y a quelques jours quand je cherchais de l’info sur le vin - pour ne pas changer - avec l’aide de mon ami Google. Je suis ‘tombée’ sur une enquête de nos amis suisses sur les vins de Bordeaux.  

L’enquête suisse sur des vins de Bordeaux

Une enquête en profondeur – 9 pages papier, avec 21 photos, c’est vous dire, que ce n’est pas rien. L’idée de départ : faire un papier sérieux sur les vins de Bordeaux vendus sur le marché suisse, en interviewant : 

-        en France, Vincent Fabre le président du Syndicat des Vins de Médoc Haut-Médoc (Château Lamothe-Cissac) et Christian Delpeuch, le président du CIVB,

-        Jean-Claude Chanteau, l’inspecteur de la Répression des Fraudes (français donc),  Gérard Cherrier, le chef de la RF et Bernard Medina, le Dr du Laboratoire de la DGCCRF

-     et en Suisse, Christoph Bürki, le chef du pool achats de la Coop.

-    complétés par une dégustation de 17 Bordeaux achetés en Suisse et  testés par le labo qui a attribué une note aux 17 bouteilles.

La notation des vins sur 20 avec prix de vente indiqué (en CHF)

Elle va de 7 à 16 : avec 2 vins à 7 (PV 11,60 et 16,50), 1 à 8 (15,50), 2 à 10 (7,60 et 7,90),  1 à 11 (9,90), 3 à 12 (15,80, 17,50, 10,95), 2 à 13 (9,95, 9,95), 4 à 14 (16,80, 9,95, 14,95, 10,90), 1 à 15 (16,95) et le Ier (et seul de da catégorie) à 16 (14,95).  Ca vaudrait vraiment le coup de faire une double courbe des prix et des notes. Je vous donne l’info au moins pour le vainqueur: c’est un Château Cadet Boisrond, Saint-Emilion 2001 avec ce commentaire : nez fin, bouche ample aux tannins puissants, saveur caramélisé, vendu chez Denner.

Ca interpelle de voir 1 des 2 vins les moins bien notés coûter plus cher que le meilleur  (16,50 contre 14,95). Intéressant aussi de voir le sort des vins à prix médian : un est noté 11, un a 12, deux ont 13 et un obtient 14.       

La qualité des étiquettes

Mais ce n’est pas tout. Les auteurs de l’étude ont pensé aussi à la qualité de l’étiquetage. Ils  trouvent que « l’étiquetage des bouteilles de vin est totalement illisible. Plutôt que d’investir dans la publicité, les viticulteurs devraient avoir le courage de réformer  totalement les appellations et les étiquetages car le marché français est devenu absolument obscur aussi bien pour les consommateurs français que pour les étrangers ». Ils ont alors demandé à un Français,  Thomas Bravo-Maza (co-auteur avec Jean Pierre Coffe du guide « Mes vins préférés à moins de 10 E »),  de donner son sentiment sur les étiquettes. Il s’est intéressé en particulier à un vin de négociant qui a obtenu 11  dont l’étiquette surfe allègrement sur la ressemblance entre ce clos du château et le château lui-même en imitant la police de caractère du second ainsi que la forme de la fameuse tour en question.

Bilan du test

C’est OK ; il n’a pas de problèmes particuliers. Les vins sont bien originaires de la région. L’analyse sensorielle a complété l’analyse en labo, ce qui a permis d’affiner d’autant plus l’analyse que les prix et les lieux de vente ont été indiqués. C’est donc un travail très complet.

Le titre

Le seul hic d’importance que j’ai pu trouver et il est quand même embêtant est le titre « Vins de Bordeaux : appellation vraiment contrôlée ? ». Et ça, ce n’est pas bien puisque cela place toute la lecture sous l’angle de la fraude. Un point d’interrogation suffit à semer le doute.  Et le fait d’indiquer comme ils le font le site du CIVB ne suffit pas. Du coup on se surprend à relire pour vois si quelque chose ne nous a pas échappé.

Pour suivre le chemin

www.vins-bordeaux.fr

Vins de Bordeaux : appellation vraiment contrôlée ?, un article du 19.10.2004  sur www.tsr.ch, le site très riche de la Télévision suisse romande.           

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