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Le Blog d'Elisabeth Poulain

André Dominé et le vin, en passant par la photo et la gastronomie

29 Avril 2008, 16:29pm

Publié par Elisabeth Poulain

André Dominé est un homme secret. Pourtant c’est un journaliste qui écrit beaucoup et qui a aux yeux des Français au moins trois qualités : il écrit sur le vin parce qu’il le connaît et l’aime, il doit être d’origine française avec le nom et le prénom qu’il a (Dominé signifie maître en latin) et maintenant depuis 1981, il vit en France dans le midi dans un village de viticulteurs, là où le soleil est quoi qu’en disent les gens du Nord, particulièrement beau. Là aussi où on peut se rappeler ce merveilleux dicton allemand ‘Froh wie Gott im Frankreich’ (= Heureux comme Dieu en France).

 

André Dominé est un homme secret qui a beaucoup de choses à dire. Les deux dimensions doivent être liées à mon avis. Et quand il veut dire, il s’attaque à des sujets larges qui par définition  sont impossible à traiter exhaustivement. Parmi ses thèmes, le vin évidemment et la nourriture. Il a fait paraître en français un gros bouquin sur ‘Le Vin’ qui existe en deux éditions 2004 et 2005. Le critique de Château Loisel célèbre la dimension encyclopédique de son ouvrage qui vise  les vins de tous les pays producteurs du monde mais regrette que la place accordée aux vins français ne soit pas (encore) plus importante (150 pages, à égalité avec l’Italie). Il pointe du doigt également la dimension du livre et son poids qui en rendent le maniement difficile. Je subodore, sans pouvoir le prouver évidemment, que cet argument négatif n’est en fait qu’une façon apparemment objective de renforcer le Ier élément de la critique, la place de la France au Panthéon des Vins. Sur le 2è point, il me semble que quand on a beaucoup de choses à dire, on ne peut pas faire petit. Il y a un moment où il faut être raisonnable quand même, surtout quand le livre est enrichi de belles et grandes photos. On découvre qu’André Dominé aime la photo.

 

A ce stade du raisonnement, il y a déjà 3 thématiques : André Dominé, le vin, les photos (et la nourriture dont je ne vous ai pas encore parlée). Continuons sur le vin pour y arriver. Parce qu’on a du dire à l’auteur qu’il devait aussi faire du light, il a sorti une série de petits livres très tendance sur le vin d’un format carré (17 x 17 cm), composé aux ¾ de photos de Armin Faber et de Thomas Pothman. J’ai sous les yeux par exemple ‘le vin rouge’ (2003).

 

C’est un livre que j’ai acheté sans l’avoir prévu. Traduisez que c’est clairement un achat d’impulsion, comme il m’arrive souvent de le faire avec du vin. Je vois un habillage qui m’intrigue ou me parle et je cherche à savoir pourquoi en le buvant. Je me dis que si je ne le goûte pas, je n’ai que peu de chance de comprendre ce que le vigneron a cherché à faire. Evidemment, je pourrais aller voir le vigneron pour lui demander pourquoi. C’est ce que j’ai fait aussi et maintenant je fais les deux. Ce qui m’a attiré aussi c’est le jeu sur la couleur. Le rouge, parce qu’il y a aussi un autre livre sur le vin blanc.

 

Rouge est le vin, rouge est le livre, rouge est le corps de la femme. Que vient faire LA femme là-dedans ? André vous explique qu’un livre sur le vin n’a pas toujours besoin d’être sérieux Là je suis d’accord avec lui. Il dit aussi que le vin est là pour procurer des bons moments de plaisir et de détente. C’est d’accord et à ce moment, André vous précise qu’il ne vous ennuiera pas avec  des ‘vues interminables de vignobles, domaines, barriques et bouteilles’. Alors là, non je proteste, je ne suis plus en phase avec André. Les paysages de vigne sont parmi les plus beaux du monde. Ils sont d’ailleurs protégés au même titre que des œuvres d’art. On le sait depuis le colloque de Fontevraud (2002). Bien sûr, photographier une vigne, c’est terriblement difficile. D’abord il faut y aller, trouver le bon angle, parfois louer un petit avion, le bon moment parce que la vigne est capricieuse. Elle ne se laisse pas toujours photographier comme ça au moment où le photographe a besoin d’une photo. Essayez,  vous verrez. Vous aurez une photo de réussie sur une centaine et vous serez déjà content-e. Ceci dit, s’il n’y a pas de photos de paysages ou de domaines, qu’y a-t-il ?

 

Un corps de femme qui ouvre le livre. Mais attention, pas une moche non une artistique, à la mode d’aujourd’hui, c’est à dire allongée horizontalement, tronçonnée partie face entre les seins figurés en lumière jaune, le nombril que l’on devine dans une couleur orange foncé  et le sexe marqué en Y dans un rouge renforcé. Cette photo double page s’appelle subtilement ‘Se baigner dans le vin’. On pressent vaguement que pour le photographe, il y aurait comme un lien entre la femme et le sang de la terre. Oh, est-ce possible. Bingo, c’est gagné. A la fin de l’ouvrage, se trouve cette fois-ci le coté pile de la jeune dame en question, cette fois-ci en bleutée, le tronçon qui va des omoplates au bas des fesses, avec délicate attention un verre vide de 40 cm de haut qui repose délicatement dans le creux des reins, avec un texte ‘poétique’ : Qui ignore encore que le vin rouge peut aider à faire oublier ces petites barrières qui nous privent parfois de notre bonheur ? La photo est bleue-noire parce que la fête est finie, la preuve le livre se termine.

 

Inutile de vous dire, mais évidemment je vous le dis quand même, que les ‘vraies’ femmes sont très peu présentes dans le livre. On en voit  2  boire du vin, 2 qui regardent leur verre, une dont on voit le verre sur son genou gainé d‘un bas à résille et 1 qui regarde le haut d’une bouteille passée à la cire rouge pour 20 hommes qui boivent, hument, recrachent leur vin. A part ces 6, les femmes sont absentes du monde du vin. Par contre on trouve un Adonis autrichien culturiste, Leo Hilinger, blond comme les blés, couché nu dans un grand lit de bois au milieu de la vigne : son oreiller est fait de feuilles de vigne et sa couverture de grappes de raisin rouge. Le drap est bleu moyen comme les tuteurs des pieds de vigne. Classe. Dommage que l’inter-rang n’ait pas été enherbé. Cela aurait été encore plus beau. 

 

On trouve aussi très peu de domaines qui sont signalés par une étiquette ou par une adresse. Pour la Loire, il y a une seule référence sur les 19 étiquettes de vins français. Il s’agit du Grand Clos, un Saumur-Champigny du Château de Villeneuve, qu’on retrouve en adresse www.château-de-villeneuve.com citée à la fin sur les 12 mentions avec www.interloire.com.

 

Pour terminer sur cette relation entre le rouge, l’homme, la femme et le vin,  juste 2 infos, qui ne sont pas particulièrement liées entre elles :

- un dessin très caustique de dégustateurs vieux et pas beaux de Ralph Steadman sur le thème de ‘savoir déguster et vider son verre’  avec 11 hommes et 1 femme. Ils portent tous un nez pointu et rouge,  sauf un. Il n’a pas de nez ; 

- un magnifique biberon rempli de vin rouge sur fond bleu, forcément, pour viser la température de service. La tétine est remplacée par un gros compte-gouttes, pour l’humour.

 

J’en arrive cette fois-ci enfin à la nourriture. C’est assez maigre dans Le Rouge. A part le boeuf bourguignon, que je ne vais surtout pas vous décrire, il y a la recette du beurre rouge à ré-interpréter avec le Saumur-Champigny. C’est en fait un beurre d’échalotes rouges (100gr) qu’on fait fondre dans une grosse cuillérée de beurre, on verse ensuite un bon verre de vin rouge qu’on laisse réduire. Mélange à mixer une fois refroidi et à réincorporer dans les 200 gr de beurre qui reste. A servir avec un steak et Le Grand Clos que vous venez de déboucher.

 

Pour la nourriture, clairement je ne vous conseille pas ce livre, vous l’avez compris. Par contre, si vous voulez vous faire plaisir, voyez si vous pouvez trouver toujours d’André Dominé, mais cette fois-ci associé avec deux autres auteurs, Joachim Römer et Michael Ditter et un seul photographe Peter Feirabend dont vous  avez déjà repéré le nom en tant qu’éditeur du Rouge. C’est André qui a fait la partie sur la France. C’est un vrai régal.

 

Jugez-en. Voici sa suite logique, sans hiatus ni page intermédiaire pour expliquer sa démarche, qui débute par sa partie ‘salée’:

-        la baguette, le beurre au lait cru, le croissant,

-        le pastis, la crème de cassis,

-        les escargots de Bourgogne,

-        le homard, les huîtres et fruits de mer (je vous confirme que le hareng n’y figure pas), les poissons et crustacés, la bouillabaisse, les anchois,

-        les soupes,

-        les pâtés et terrines, le foie gras, la volaille de Bresse,

-        le traiteur, la charcuterie,

-        le bœuf,

-        la choucroute,

-        les légumes et pommes de terre,

-        les salades, l’huile, le vinaigre, les herbes de Provence, la moutarde de Dijon,

-        la quiche lorraine,

-        le fromage (12 pages).

 

Le vin fait la transition avec la partie sucrée. Il nous parle du Bordeaux  puis de la Bourgogne et des autres vins (2 pages doubles à chaque fois). Le Champagne et ses 30 marques ont droit à 2 pleines pages. Les bouteilles alignées commencent par Ayala Brut (1), Taittinger (2),  Heidsieck (7), de Venoge (11), Lanson (12), Pommery (13), Veuve Clicquot (14), Pol Roger (16), Ruinard (20), Mumm Cordon Rouge (23), Gosset (25), Louis Roederer (27)…. Suit le cognac, l’armagnac, les eaux de vie, le cidre, le calvados.

 

Arrivent enfin le sucré peu abondant avec les entremets, les crêpes, la pâtisserie avec le chocolat de Lyon et le nougat. Et c’est fini. Pour ouvrir la partie consacrée à la France, Peter Feierabend a photographié un éleveur de volaille de Bresse qu’on n'oublie pas, une fois le livre refermé.

 

Le livre pèse 4,2kg et mesure 31,5 x 27,5 cm pour 24 E. Tous les mets et les produits sont photographiés. Les textes sont enrichis de recettes. C’est absolument incroyablement bien fait et tout aussi incroyablement pas cher. Alors cette fois-ci, Merci Chef, dis-je à André. Du coup, je vais aller acheter Le vin, son dernier bouquin. Avec une question : A quand un livre sur les vins de domaines du Sud de la France ou de Provence ?


Ah, je ne vous ai pas dit? André Dominé est né à Hambourg; il est allemand. Les quelques infos que j'ai trouvées sur lui figurent sur les rabats des pochettes de ses ouvrages. On ne trouve pas d'interviews sur lui, faites par des journalistes français et ça, c'est bizarre. C'est pour ça que je vous dis que c'est un homme secret.  
 

Pour suivre le chemin

      . André Dominé, Le vin rouge, Fierabend, Le vin blanc (id), Europe à la carte (Könemann éditeur)
. Ralph Steadman, www.ralphsteadman.com

Commenter cet article

Iris 06/05/2008 16:01

Quand on cherche
sur Google, on arrive sur la même conclusion: André Dominé doit être un homme
secret, au moins pour un journaliste et auteur. Si on le rencontre, comme j'avais brièvement l'occasion à Vinisud, il y a
quelque temps, on trouve, que c'est un homme fort sympathique. Allemand, qui
écrit en langue Allemande, contrairement à ce que son nom laisse supposer,
vivant avec sa famille en France, où il a fait ses premiers essais "en
vigne" sur un lopin de vieilles souches, qui allait avec la maison, bien
connu en Allemagne pour ses écrits journalistiques sur la cuisine et le vin,
qui apparaissent dans des magazines comme Wein Gourmet ou Feinschmecker - et
auteur chez Koenemann, une maison d'édition, qui était connue pour ses
publications de qualité dans le domaine culinaire/vin à prix raisonnable, et
qui était repris il y a quelques années par l'édition Tandem/h.f.Ullmann, qui
vient de le rééditer. L'original était donc écrit pour le marché Allemand, un pays, où on
s'intéresse à tous les vins et où personne ne s'offusquerait dans un livre
anthologique sur le vin, de voire d'autres pays que la France traités avec la
même extension. Le nombrilisme Français en matière de publication sur le vin
n'existe heureusement pas au delà de nos frontières:-) Pour le livre "Europe à la carte", que j'ai bien sur aussi dans ma
bibliothèque (titre: Culinaria Europa), en Allemand, il existe aussi 468 pages
(donc l'édition longue) sur la cuisine de France par notre auteur André, comme
tous les autres livres de cuisine dans la série Culinaria, un vraie plaisir
pour l'œil et une mine de renseignements sur cuisine, produits régionaux et
culture, des pays traités. Il a aussi écrit un livre en All/Fr/Angl sur les paysages viticoles avec les
photos d’Armin Faber, mais qu'on ne trouve apparemment pas en France

Elisabeth Poulain 06/05/2008 16:11


Salut Iris,
C'est drôle parce que je n'avais pas fait le rapprochement entre les deux ouvrages que j'avais sous les yeux. L'un que j'aime beaucoup et l'l'autre pas. ce qui m'étonne aussi c'est la vision
différente comme s'il ne s'autorisait pas à donner des noms de vignerons et où de domaine, le jeu préféré des journalistes. On voit bien qu'il ne cherche pas à faire copain-copain avec les
journalistes français.
Pour la publication de votre commentaire,  il faut attendre 1 à 2 jours que Mr l'Ordi veuille bien me permettre de clicquer sur "vous avez un commentaire". Il ya aussi un autre problème, je
n'ai pas pu accéder normalement à mon blog. je tombe sur une page bizarre. ce doit être la chaleur! Bonne après-midi, Elisabeth