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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Dimanche matin au village de Denée en Anjou, France

4 Mai 2008, 17:56pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Pourquoi le dimanche, parce que c’est un jour où on se retrouve, soi avec soi, en famille et avec les amis. Le matin, parce que c’est le moment où la lumière est la plus belle, fraîche, claire et forte. C’est aussi par différence avec l’après-midi un moment ou le village est vivant. Pourquoi Denée ? Parce que ce village a une longue histoire gauloise, perchée sur un éperon rocheux qui lui permettait de se protéger au moins dans sa partie nord, face à la vallée du Louet. De cette époque datent des remparts qui étonnent en un tel lieu. Il fallait bien résister à l’envahisseur anglais au XIIIè siècle, les bigots parce qu’ils disaient toujours ‘By God’. Il ne suffit pas d’avoir un nom ‘denée’ qui vient du ‘chêne’ en gaulois (Dann) pour en avoir la force. C’est aujourd’hui un village proche d’Angers, qui n’est qu’à quelques kilomètres. Les cyclistes angevins viennent y fortifier leur jarret pour la semaine à venir. Quelle que soit la façon d’aborder le village, il faut y monter et ça se mérite quand on est un sportif.     

   

C’est à ça que je pensais avant d’arriver à Denée quand je me suis trouvée coincée derrière un peloton de cyclistes hommes de tous âges, tous avec le plus beau maillot de leur club, celui du dimanche, à papoter groupés entre eux tout en pédalant sur cette petite route sage serpentant au milieu des vignes. A’arrivée au village, vous comprenez vite que Denée se déguste à pied, sinon vous ne verrez rien. A partir de ce moment, il vous faut trouver une place de parking. C’est chose faite quand vous découvrez aperçu une jolie place, la place Muller, du nom d’un docteur, maire du village,  devant un bâtiment manifestement ancien qui s’avère être la façade, la plus ancienne, plein sud, de la mairie. C’est là que vous voyez votre première glycine violette en pleine floraison. Il y en aura beaucoup d’autres au cours de la ballade, certaines courant classiquement le long d’une façade ou d’un mur de jardin, d’autres servant de ciel entre deux bâtiments et une utilisée à titre de claustra ajouré pour séparer la terrasse en bordure du chemin du jardin potager derrière. Toutes violettes sauf une blanche qui avait du mal à se mettre en valeur sur le ciel bleu clair. Avec un ciel d’orage, cela aurait été superbe. 

   

Faisant fi du plan que vous avez à la main, vous allez au gré de vos envies là où vos yeux vous guident. C’est toujours ce que j’ai fait, avoir une connaissance minimale préalable quand je le peux, sinon elle vient après, et partir ensuite à la découverte sans le plan, en humant l’air du temps et du moment. La carte n’est pas le territoire. C’est très vrai. J’ai donc regardé où étaient et où allaient les gens. Les premiers Denéens que j’ai vus faisaient la queue devant chez Issac le boulanger, pour acheter le traditionnel gâteau du dimanche ou plus sûrement la baguette de pain. Trois hommes, étaient assis à une terrasse de café au soleil, à l’entrée de la Grand Rue qui n’a de grand que son nom. C‘est donc là que je suis allée, en suivant un groupe de personnes âgées qui se dirigeaient en fait vers l’Eglise. A voir leur allure, ils étaient visiblement en retard. Ils sont entrés dans l’église par le milieu sud de la nef, c’est la seule partie accessible. Impossible d’en faire le tour, l’église est construite au bord de la paroi rocheuse et tant la façade ouest et le chevet à l’Est sont bordées par des propriétés privées. Le plus beau point de vue pour admirer l’église est donc curieusement situé en bas en suivant le chemin ‘hors les murs’. 

   

L’envie de voir derrière ou devant l’église, selon la façon de voir les choses, m’a amené à tourner à gauche et j’ai trouvé un chemin de pierres très pentu, le chemin de la Foirouse, qui descend vers la vallée. Il est situé hors des remparts. C’est pour ça qu’il s’appelle comme ça. Rien à voir avec foireux, mais avec foreign, l’étranger, les fameux Anglais, comme vous l’avez deviné. Actuellement, sa raison d’être est de permettre au passant de voir dans le lointain l’église de Savennières de l’autre côté de la Loire. L’église qui est proche se cache et celle qui est lointaine se voit. 

   

C’est alors que j’ai découvert ces fameux remparts qui font l’objet de travaux de réhabilitation. A dire vrai, une autre raison m’a poussé là. Une cacophonie comme je n’en ai jamais entendu. Un bruit de fanfares animales, c’était la seule chose dont j’étais sûre. En descendant, j’ai fait le lien entre l’eau d’une grande mare et le bruit. Des grenouilles, des milliers  de grenouilles, plus certainement. La mare que j’ai vue d’en haut n’était qu’un pré inondé et de l’autre coté du chemin en bas, toute la prairie était sous l’eau. C’était magnifique. Chaussures mouillées, quel souci ? Aucun par contre, de belles photos de deux grands chênes et l’envie un autre jour de revenir pour aller voir plus loin le bord du Louet vers l’Ouest. Malheureusement de là, on ne peut joindre l’Aubance, une petite rivière affluente du Louet qui elle-même rejoint la Loire. Tout ça pour vous dire que Denée et l’eau, c’est une affaire qui marche. Du haut du Chemin de la Foirousse, vous devriez voir les trois, Aubance, Louet et Loire, si vous pouviez voir en creux.   

L’Aubance n’a qu’une trentaine de kilomètres de long. Ce n’est pas suffisant pour que la France, que dis-je le monde la connaisse et pourtant, si. Les Côteaux de l’Aubance sont connus, ce sont des vins liquoreux qui portent ce nom. Et les grenouilles cessent-elles leur tintamarre la nuit ? La réponse est NON. C’est ce que m’a expliqué  un Denéen qui habite une maison en bordure d’un autre sentier plus à l’est qui remonte au village : « les grenouilles mâles continuent jour et nuit, 24h sur 24 à lancer leurs appels  sexuels. Au moins les grenouilles ont-elles le bon goût de manger les larves de moustique ». Et la question que je n’ai pas eu le temps de poser est : y-a-t-il  beaucoup de moustiques parce qu’il y a beaucoup de grenouilles ? Ou l’inverse ? Ou n’y a-t-il aucun lien ? Ca, ça m’étonnerait. C’est comme les escargots. Ah bon ? 

   

Oui. Du côté ouest du village par rapport au Chemin de la Foirouse, un jardinier est venu surveiller ses plantations de jeunes laitues dans son jardin potager clos de murs. Car me dit-il, les laisser 48 heures sans venir voir si tout va bien est impossible. Une fois je n’étais pas venu le week end, à mon retour, les escargots avaient tout mangé. Il restait la tige centrale, un désespoir de jardinier ». C’est vrai qu’à voir cette belle noire bien grasse, on imagine bien le plaisir des escargots à monter à l’assaut des salades en victime. 


Retour au centre du village, à la recherche des glycines et des vieux murs qui cachent les belles demeures qui figurent sur mon plan. Là, nouvel objectif, acheter Ouest-France Dimanche que j’ai trouvé au café avec terrasse. Pas de difficulté, c’est le seul. A l’intérieur deux hommes à discuter de tiercé. J’ai pris un café au soleil à la table d’à coté des trois hommes du début de la promenade qui sont maintenant cinq. Tout comme le café qui s’est rempli quand j’ai rapporté ma tasse. Aucune femme, mais où sont-elles donc, à part celle qui sert au café et une vendeuse à la boulangerie où j’ai acheté un délicieux croissant? J’en ai vu une faire du vélo de dame, pas de course. Mais au moins elle se promenait comme moi. J’en ai vu une autre aussi, dans le jardin d’une maison qui surplombe la vallée, elle embrassait son gros chien loup avec beaucoup d’amour et n’avait pas assez de sympathie à donner à une passante qui avait l’audace d’entrer dans la ruelle, pour voir ce qu’il y a au bout
. Manifestement elle, avec son gros chien qu’elle a laissé aboyer contre moi. C’est aussi ça la vie de village. 

   

Comment j’ai terminé mon tour à Denée ? Vous l’avez déjà deviné, en achetant du vin bien sûr. J’ai failli ne pas y arriver. Assise à la terrasse, j’ai découvert que derrière moi, il y avait un Proxi, tellement bien fermé pour cause d’air conditionné que je n’avais pas vu qu’il était ouvert au départ de la promenade. C’est là que j’ai trouvé un Cabernet d’Anjou, l’R d’Anjou du Domaine Richou à Mozé sur Louet, un village voisin. 

   

Vous savez aussi pourquoi Denée, parce que Marcel Hasquin, le peintre, originaire de Denée en Belgique a épousé une femme originaire de Denée en France. Il a fait don d’un triptyque et de deux tableaux à l’église. C’est lui qui m’a donné envie de venir. Il faudra que je revienne un autre jour pour voir ses œuvres, mais pas le dimanche matin bien sûr. 

Pour suivre le chemin
       - le site de la mairie de Denée/Anjou etcelui de Denée/Ardennes belges

-        mon billet sur Marcel Hasquin intitulé : Chococube, Hasquin à Mortains, Vin, D   Day, Boutros Boutros Ghali du 14.06.2007, sur ce blog

-   Photos EP, voir aussi l'album photo 'La Loire de toute beauté'  

 

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