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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Mini-Cas alimentaire (1), Traçabilité, traça, tra, quoi?

29 Mai 2008, 15:56pm

Publié par Elisabeth Poulain

. Vous parlez de quoi. Parlez plus fort, je n’entends pas. Ah c’est de la traçabilité ! Dans quoi ? L’alimentaire. Jeune homme, soyez plus précis. On ne comprend rien.

 

Précis est le mot juste, qui rassure. Parce que la traçabilité est justement faite pour ça. Suivre un produit à la trace du début jusqu’à sa fin à lui, c’est à dire quand vous allez le manger et le boire.

 

. Vous allez encore nous parler de votre ventre.

. Oui, mais cette fois-ci, d’une autre façon que d’habitude ; quoi que j’ai fait un billet sur la fraude dans le vin. C’est un bon départ.

 

Le Canard enchaîné a bien relaté l’étude qui a fait mouche en révélant le nombre et la quantité de pesticides qui entrent et parfois restent dans le vin. Curieusement à mon avis, les journalistes du Canard n’en ont pas fait un plat. Soit parce que cela ne les étonne pas, soit parce qu’ils n’ont pas été au départ de l’affaire et qu’ils préfèrent chercher eux-même l’information. Je penche pour cette version. Ils ont continué l’enquête à leur façon, dans le vin bien sûr, un des produits les plus surveillés, mais aussi le pain et …suspense.  


Dans le vin, ils remarquent qu’il serait utile d’enquêter sur ce qui se passe avec le ferrocyanure de potassium, un produit hautement toxique pour lequel la Répression des Fraudes regrette l’absence réglementaire de doses maximales prescrites et de méthodes  validées d’analyse. Traçabilité ? Non, puisqu’il n’y a pas de contrôle possible. Ah !
 


Dans le pain, à l’occasion de la Fête de la boulangerie organisée par la Confédération nationale de la boulangerie et pâtisserie,  les enquêteurs du Conflit de Canard en page 5 ont eu l’idée de chercher dans le pain le nombre d’additifs autorisés : 98. On ne sait pas lesquels. La raison, la réglementation ne l’impose pas.  
 

Reste un autre produit alimentaire, moins chargé symboliquement que le pain et le vin, à la base de notre civilisation quand même, mais cher aux cœur des amis belges mangeurs de frites. Vous avez deviné, c’est la mayonnaise, dite en langage courant, la mayo.  

Eh bien qu’est-ce qu’elle a ma mayo ?

Euh, pour dire cela délicatement, je dirais qu’elle a un petit souci. Un vrai souci et sur le fond de l’affaire et sur la réaction des autorités et sur cette fameuse traçabilité.  

La mayo, vous le savez se fait avec de l’huile, de l’œuf et un peu de vinaigre, du sel…L’élément central est l’huile, m^me si vous mettez de plus en plus d’eau dans la mayo allégée. Que se passe-t-il  quand des contrôles (cette fois-ci il y en a eu mais on le verra, ce ne sont pas au départ ceux auxquelles  on pense) montrent qu’un lot de 40 000 tonnes d’huiles importées d’Ukraine contient 280 tonnes d’huiles de moteur ? Cette huile a servi en Espagne, France, Italie et aux Pays-Bas à préparer des sauces et des plats préparés. Cette fois-ci, la traçabilité a fonctionné jusqu’à l’analyse par un des acheteurs industriels du Nord de l’Europe. C’est lui qui a alerté en France le plus gros utilisateur de cette huile, le groupe auquel appartient Lesieur, acheteur aussi de l’huile. Et c’est lui qui alerte la Répression des Fraudes qui à son tour  a passé l’info à l’Union européenne.  

La mise en alerte a fonctionné avec beaucoup de lenteur : réception de l’huile fin février + un mois pour réagir et avertir le collègue français + un mois entre l’avertissement et l’alerte par le groupe français à la RP + quelques jours pour que la Commission européenne réagisse et autorise enfin discrètement le 2 mai la vente de tous les aliments contenant moins de 10% d’huile frelatée. 
  

 . Ah, alors la traçabilité, c’est ça ?

. Oui, Madame, en dessous de ce seuil de 10%, ce n’est pas toxique. En effet, il n’y a pas de risque de « toxicité aiguë ». En cas de mélange faible, le produit se mange parce qu’il se vend.

.Mais pourquoi, n’a-t-on pas enlevé les produits des rayons ? La réponse de la Commission est : « une estimation fiable n’est pas à notre disposition ». 
 
 

Il faut vraiment avoir l’esprit mal tourné, comme Le  Canard, pour sortir les calculettes et faire la relation entre un triple ratio :
. volume du produit / - de 10% d'huile frelatée,
. prix de la tonne d'huile de tournesol (1 800 USD) / prix de l'huile frelatée (peanuts),
. poids d'une personne (60 kg) / 1,2 gr maximum d'huile frelatée.

Une nouvelle ère vient de s’ouvrir : celle de la traçabilité européenne à l’épreuve des faits de la réalité. On aurait pu penser que c’en était fini des embrouilles opacifiantes. Que nenni ! A la suite de la publication de son enquête par le Canard, la RP a confirmé le lendemain le seuil d’autorisation de 10%. Quant à la Commission, elle a ensuite abaissé le seuil à 300mg par kilo d’huile contaminé. Et le pauvre consommateur ne sait toujours pas de quels produits de quelles marques. Et la Commission s’apprête à proposer l’importation en France de poulets lavés à l’eau chlorée en provenance des Etats Unis, en toute traçabilité. Vive la traçabilité !  


Pour suivre le chemin

. Le Canard  Enchaîné, 14 et 21 mai 2008

. Le Monde, 29.05.2008-05-29

. Les dessins sont l’œuvre de  Fil Zydock ; ils sont extraits de la remarquable plaquette financée par l’UE ‘Le plaisir dans l’assiette’ (mars 2001).  

Un commentaire de Bernard Ledroit, 1er juin 
En dessous de ce seuil (10%), l'huile n'aurait pas d'incidence sur la santé, ne présentant aucun risque de « toxicité aiguë ». Ce que confirme la Répression des Fraudes. C'est la Notion de "Limite Maximale de Résidus" (LMR) fixée dans ce cas à 1,2 g / personne de 60 kg. Un produit "sain, loyal et marchand " peut donc être conçu à partir d'une marchandise frelatée...

La notion de Valeur Toxicologique de Référence (VTR) est une notion comparable à la LMR avec une approche rejetant la notion de seuil pour les produits potentiellement cancérigènes ou mutagènes. Il est admis qu'une telle molécule et quelque soit sa dose peut induire un cancer ou un dérèglement irréversible de la multiplication cellulaire. C'est ainsi qu'en Belgique la LMR est fixée à zéro pour tout aliment destiné aux enfants.

La notion de LMR
dans l'assiette est une notion pernicieuse, quand elle se réfère à des seuils que l'on fixe arbitrairement, sans tenir compte du contexte culturel, social, environnemental. Il est par exemple possible de purifier administrativement une rivière en relevant un seuil de pollution. Les habitudes alimentaires peuvent varier d'un facteur de "10" pour la consommation du riz chez les adultes. Les nourrissons, enfants et femmes enceintes présentent un risque accru avec des conséquences parfois irréversibles ... 

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claire 30/05/2008 09:59

à chaque fois qu'on lit un article ou une emission tv sur la nourriture, on se demande vraiment ce que l'on peut manger.les dessins sont vraiment tres beau.biz claire