Partager l'article ! Les délices de la réglementation du ramassage de l'escargot (2): C’est Bernard Pichetto, expert en veille documentaire, dont je vous ai déj ...
C’est Bernard Pichetto, expert en veille documentaire, dont je vous ai déjà parlé dans des billets précédents, qui vient de me donner l’information concernant la réglementation du ramassage de l’escargot. C’est un arrêté du 24.04.1979 qui en fixe les conditions. C’est tellement subtil que j’ai éclaté de rire. J’aime beaucoup la finesse et la précision du style juridique qui est porté à la hauteur d’un art.
Je ne blague pas quand je dis que j’aime ça. C’est une façon de s’exprimer que je savoure : trouver les mots pour dire ce qu’il faut comprendre, tout disant ce qu’il faut exclure, dans des situations administratives très complexes, en concertation en 1979 entre deux ministères, à cinq niveaux hiérarchiques différents d’application, dans tous les départements français et encore sans compter la réglementation européenne. Tout ça pour qui, pour l'escargot sauvage, un mollusque invertébré non domestique, ni cultivé.
Pour savourer la complexité de cette construction administrative qui date, il faut commencer par être un peu cultivé, sans jeu de mot, et connaître suffisamment de sciences naturelles pour arriver à distinguer un escargot d’un autre. Parce que la chose n’est pas évidente. Vous allez voir avec ce test de connaissance en 8 étapes.
Ceux qui par exemple ne savent pas différencier un Helix pomatia, d’un Helix aspersa ou d’un Zonites
algirus peuvent se dispenser de partir en forêt ou dans les près. Ce n’est même pas la peine. Ils n’ont pas la connaissance minimale requise. Simplement parce que je suis sympa, je vous
donne la traduction : le Ier désigne celui que j’appelle le ‘gros’ de Bourgogne qui figure en photo dans mon précédent billet, le seconde le petit gris,
le préféré de Bernard Pichetto et le troisième l’escargot
peson.
Elle consiste à s’exercer avec d’une part des photographies de qualité (si non on ne voit rien) et à partir ensuite dans la nature pour les voir de près. Vous savez bien combien une photo est trompeuse. C’est comme pour nos stars préférées qui ne vieillissent jamais alors que nous si. Diable comment est-ce possible ? Il y a le lifting bien sûr, il y a aussi ces coups de pinceaux magiques qui enlèvent rides et petits boutons à l’écran. Pour les escargots, c’est pareil, sauf pour le lifting. Pour la belle photo, on peut choisir le plus beau, le mettre en scène, lui faire briller la coquille, envoyer un petit rayon de couleur jaune ou rouge pour lui donner bonne mine, lui enlever une bave disgracieuse… Vous voyez ce que je veux dire.
Là sur le terrain, vous allez voir combien vous allez être content d’avoir dépensé quelques euros pour avoir ces photos avec vous. Trouver des spécimens est difficile au moment où vous le voulez. Supposons que les Dieux soient avec vous. Tout à coup, en voici trois alignés dans l’ordre cité par l’arrêté. Ah oui, parce que sinon ça ne vaut pas. Que se passe-t-il alors ?
Vous sortez votre centimètre enrouleur afin de mesurer le diamètre de l’escargot, sans que votre main tremble ou fasse glisser la coquille sous l’effet de la bave. La difficulté scientifique commence. Que faire quand la coquille n’est pas parfaitement concentrique ? Ou quand votre centimètre n’est pas de première qualité. Il faut recommencer l’opération. C’est bon quand les résultats concordent.
Je fais court : en dessous de 3 cm, il n’y a aucun espoir. Vous devez reposer délicatement l’animal. Vous ne pouvez pas le
prendre avec vous, ni le donner (cession à titre gratuit) ni le vendre bien sûr (cession à titre onéreux), quel que soit le moment dans l’année. Vous êtes dans le cas d’une interdiction qui ne
souffre pas d’exception apparemment pour le Helix pomatia et le Zonites algirus. Ceci pour favoriser la reproduction de l’espèce. C’est comme pour les poissons à la pêche au
chalut : les pêcheurs doivent rejeter à la mer les poissons d’un gabarit trop petit. La différence est l’escargot est vivant quand vous le posez
délicatement alors que le petit poisson est écrasé par le poids des autres. Passons.
Il y a une exception à cette interdiction pour le Hélix pomatia qui se présente
sous deux contraintes : du 01.04 au 30.06, vous n’avez pas non plus le droit d’en ramasser même si le diamètre est égal ou supérieur à 3 cm. C’est clair. Donc, c’est – ou + 3, selon l’espèce
et le moment de l’année.
Etape n° 5
Il n’échappe à votre sagacité que le Helix aspersa n’a pas été cité au regard de la dimension de la coquille. Ca se corse. L’arrêté précise en effet que le ramassage de l’Helix aspersa, attention, à coquille non bordée est interdit à toutes périodes et quel que soit son diamètre. Si je traduis bien, cela veut dire que le ramassage de cette dernière espèce est strictement interdite.
Question à M. le Rédacteur : existe-t-il de l’Helis aspersa à coquille bordée ? Si oui, que se passe-t-il ? En bonne logique, son ramassage devrait être autorisé.
Il faut maintenant que je vous donne l’intitulé de l’arrêté de 1979: arrêté fixant la liste des escargots dont le ramassage et la cession à titre gratuit ou onéreux peuvent être interdits ou autorisés. Vous lisez bien, c’est d’abord une possibilité d’interdiction ou d’autorisation. Ce que je viens de vous énumérer en 5 étapes ne concerne en fait seulement que la réglementation applicable au niveau national qui est d’application obligatoire.
Le préfet peut, uniquement pour les trois catégories d’escargots précédemment cités, intervenir dans l’espace réglementaire qui reste, c’est-à-dire:
. fixer l’étendue du territoire concerné,
. décider des périodes d’applications de l’arrêté,
. préciser les conditions d’exercice
. et la qualité des personnes qui bénéficient de l’autorisation.
Une autre conséquence de cet intitulé vraiment bizarre est de lier ramassage et cession, ce qui sous-entendrait que
l'auto-consommation, voire l'auto-production serait peut être possible, ce qui semble contraire à l'objectif de l'arrêté. Il est vraiment nécessaire de vous renseigner très précisément avant de partir en expédition. Il vous faut, en plus des photos et du centimètre, avoir en poche l’arrêté préfectoral du département où vous voulez aller vous balader. Vous comprenez pourquoi il vaut mieux partir l’idée que le ramassage de l’escargot est interdit et permis ensuite par exception pour certaines espèces à certains moments de l’année,
saut exception. Et ce n’est pas fini.
Etape n° 7
Il reste à trouver maintenant à vérifier que cette réglementation française est bien conforme aux grands accords signés par la France et à la réglementation européenne applicable à la protection de l’escargot.. C’est une étape indispensable comme le montre l’affaire du pique-prune, du nom d’un petit scarabée dont la présence en forêt de Bercé a permis de geler pendant des années puis de dévier le tracé de l’autoroute près de Langeais sur la Loire.
1979, c’est bien loin au niveau réglementaire. Pour s’en assurer, il suffit d’aller faire un tour en Belgique auprès de l’Observatoire de la Faune, de la Flore et des Habitats, qui vous donne de très belles fiches, concernant par exemple notre copain toujours cité en Ier, le Helix pomatia. Vous l’avez deviné, la réglementation internationale et européenne est passée par là et protège nos trois loustics.
Devant vous, vous ne voyez plus trois stupides escargots baveux, ni trois bouchées savoureuses à condition de mettre beaucoup d’ingrédients culinaires, mais trois grands protégés par des grands actes juridiques. J’ai nommé en Ier la Convention de Berne (1982) pour maintenir à un niveau satisfaisant de la population d’escargots et en 2 la Directive européenne de 1992 beaucoup moins poétique et plus technocratique. On y parle en effet d’espèce communautaire dont le prélèvement dans la nature et l’exploitation sont susceptibles de faire l’objet de mesures de gestion. Ca sent bien son petit coté développement durable.
Et donc notre réglementation à nous?
Etape n° 8
Ca ne va pas être facile. Il y a bien un arrêté du 24 avril 2007 conforme à la réglementation européenne mais il concerne tous les mollusques nommément cités dans l’arrêté mais pas ceux visés par le texte de 1979. La réglementation est donc à venir. A quand l’actualisation de l’arrêté de 1979 conforme à la réglementation européenne? Bizarre quand même que les mollusques les plus recherchés parce qu’on les mange sont apparemment aussi moins protégés que d’autres.
Maintenant vous savez aussi qu’il vous faudra, en plus des photos, du centimètre souple et de l’arrêté préfectoral de votre département, emporter dorénavant votre ordi avec vous pour être en phase avec l’évolution de la réglementation. Au cas où vous seriez contrôlé bien sûr et parce que surtout vous êtes très DD (= développement durable bien sûr) !
Pour suivre le
chemin
. Bernard Pichetto, expert en veille alimentaire et amateur de petit-gris :
Arrêté du 24 avril 1979 fixant la liste des escargots dont le ramassage et la cession à titre gratuit ou onéreux peuvent être
interdits ou autorisés.
http://inpn.mnhn.fr/docs/textes_regl/moll79.pdf
issu de : http://inpn.mnhn.fr/isb/servlet/ISBServlet?action=Protection&typeAction=1&pageReturn=listProtections.jsp&niveau=national
. Arrêté du
23.04.2007 fixant la liste des mollusques protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection sur www.droit.org/jo
. Fiche écologique résumée de l’Observatoire de la Faune, de la Flore et des Habitats, à voir sur
biodiversite.wallonie.be/cgi/sibw.esp.ecol.pl?TAXON=Helix_pomatia -
. La fiche cite l’arrêté (belge) du 21.02.1984 interdit, outre la capture – un terme que nous n’avions pas rencontré jusqu’ici (voir billet prédédent)- le transport de l’escargot de Bourgogne et du Petit-Gris, sauf à des fins pédagogiques (pas plus de 10 escargots) et à condition que les escargots soient remis vivants in situ, là où ils ont été prélevés. C’est joli, non ! Notre ami enseignant sanctionné par la SNCF récemment aurait pu s’inspirer de cet exemple réglementaire, pour attendrir le préposé de la SNCF.
. Lire aussi le précédent billet sur ce blog intitulé Non, on ne chasse pas l’escargot !
. Photo Wikipedia et EP
. Réponse de Bernard Pichetto à la question des escargots bordés et non-bordés:
L'une des premières choses qu'apprend
un(e) jeune charentais(e) (vivant dans une famille de bons vivants !) est de reconnaître les 'bordés' des 'non-bordés'. Ce terme signifie simplement que le bord de l'ouverture de ladite bestiole
est pourvu d'un bourrelet ou non. Si c'est le cas, cela est visible à l'oeil et sensible au toucher, doux et arrondi. Si ce n'est pas le cas, l'ouverture est fragile, 'tranchante' et parait
non-terminée. En ce cas, on lui laisse la vie sauve ! Il eut été mieux que le terme 'bordé' soit défini dans l'arrêté que vous avez intelligemment décortiqué...
Pour terminer, du temps où je vivais en Charente, je m'étais fixé la règle simple de ne ramasser les escargots, dans le jardin, qu'une fois tous les trois ans (une sorte d'héliciculture triennale
!).
Cela permet une saine gestion de la population et surtout la certitude d'obtenir des individus de nettement plus belle taille, le petit-gris pouvant devenir aussi gros qu'un Bourgogne moyen !