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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Culte du corps, Culture du plaisir et Prise de poids

30 Août 2008, 11:08am

Publié par Elisabeth Poulain

Le culte du corps. Il nous vient en ligne directe de notre héritage gréco-romain. Il n’est que d’emmener un enfant au musée du Louvre pour s’étonner avec lui de tous ces hommes et femmes jeunes nu-e-s que la littérature nous décrit comme constituant la quintessence de la beauté humaine. Les Jeux olympiques de 1936 ont réactualisé cette vision. Ceux d’aujourd’hui  renforcent cet idéal de beauté construit et conçu pour que l’effort se dissimule derrière la grâce et la simplicité. On parle de beauté du geste, de ligne, d’harmonie. On cache l’effort, la sueur, les larmes et les accidents, si ce n’est quand cela se passe en direct pour y associer l’émotion face à la beauté élevée à la hauteur d’un mythe. La douleur du corps et les mutations des esprits à qui il est demandé des efforts inouïs pour quelques minutes ou quelques secondes de réussite n’est pas visible. Seul sera sublimé le résultat pour ceux qui regardent à la télévision. 

 

 Depuis lors, le concept de la beauté a beaucoup varié au fil des temps et des cultures. Actuellement, cet hommage culturel si présent et si fort se double depuis plus d’un demi-siècle d’une culture consumériste et jeuniste du corps.  Celui-ci devient un attribut du pouvoir et de la position sociale. Chaque jour, le monde de la beauté s’enrichit de nouveaux produits, teintures, lotions, crèmes, gouttes, comprimés, adaptés à chaque âge de la vie, chaque morphologie, type de peau…afin de prévenir, d’amoindrir ou de supprimer ce qui n’est pas conforme à l’idéal type. Il y a une réponse chimique ou chirurgicale à tout « défaut », voire à toute question qui se pose. 

 

Dans le même temps, la réponse apportée est à la fois simple, rapide voire immédiate et subtile : 
. simple puisqu’à chaque question ou circonstance de vie, il y a un produit ou un service en réponse, du type « vous êtes fatiguée, faîtes-vous plaisir »,
. rapide parce qu’il suffit d’avaler quelque chose, rapide aussi parfois quant au résultat promis,
. subtile parce nous y recourrons tous, quelque soit notre singularité, notre typicité à un moment ou à un autre, quelque soit notre culture ou notre origine géographique.  

 

Quelques exemples pour illustrer ces propos. Voyez ces enfants, qui ont moins d’années que de doigts dans une seule main,  qui sont invités les uns chez les autres à chaque anniversaire de l’un d’eux, en apportant à chaque fois des sucreries et gâteaux. Il y a même maintenant des plateaux spéciaux décorés avec différents types de douceurs ( à base de guimauve souvent) de toutes sortes, joliment colorées dans des teintes douces et présentées de façon appétissante. Le concept : on n’a qu’un seul anniversaire par âge. C’est vrai, on a une seule fois 5 ans dans sa vie. Il n’est pas question de se priver. Quel mot,  quand le jeu se renouvelle 20 fois ou plus dans l’année scolaire ! A cela vous ajoutez les cadeaux sucrés des membres de la famille, les grands-parents en particulier, plus ce que les enfants découvrent très vite en allant les uns chez les autres et par la télévision.   

 

Quelle que soit sa forme, la réponse est toujours une promesse, de plus de plaisir le plus souvent ou de moins d’effort ou de contrainte. Les résultats sont immédiats. L’esprit devient appétent à l’euphorie du sucre, à la culture du plaisir et au plaisir fort et immédiat.  Les risques de dépendance et de déséquilibre pondéral s’installent. Et cela c’est uniquement pour le sucre visible des sucreries. Quand s’y ajoutent les sucres invisibles, les graisses et le sel, vous assistez à la naissance d’un risque mondial majeur.  

 

L’OMS tire la sonnette d’alarme depuis des années sur ces ennemis invisibles qui minent les sociétés de l’intérieur. La prise de conscience est tardive. Quelques efforts des Pouvoirs publics apparaissent maintenant, avec des téléscopages étonnants que montrent ces pubs pour des sucreries par exemple, avec en dessous la mention légale « mangez moins sucré, moins salé et moins gras ».  

 

Personne n’est évidemment dupe quant à l’efficacité de ce rappel  que les ¾ des consommateurs ne comprennent pas et qui s’adressent selon eux aux autres. La raison de sa présence est simplement juridique. Grâce à elle, c’est désormais le mangeur averti qui a la responsabilité de gérer son poids. S’il est en dépassement par rapport  à la norme, il doit assumer et supporter le regard des autres.  

 

Cette montagne de ces douceurs sucrées,  salées et  riches en graisse qui captent les arômes rend notre société violente et intolérante.  Aux Etats-Unis, on parle de junk food pour montrer la dévalorisation qui s’attache à ce type d’aliment, alors même que les entreprises qui les produisent sont au top des majors les plus performantes. Il y a apparemment moins de racisme  dans nos sociétés plus démocratiques. En parallèle, se créent de nouvelles segmentations sociales. Il n’y a plus seulement les beaux et les autres, les jeunes et les autres, les riches bien habillés et les autres.  Il y celle qui consiste à stigmatiser gros et grosses ! En France, le sur-poids est maintenant clairement attaché à la pauvreté, comme aux Etats-Unis. 

 

J’ai choisi le cas des enfants d’âge scolaire pour montrer le lien entre le plaisir très intime de manger et l’appartenance à un groupe. On parle maintenant ouvertement de l’obésité des enfants aux Etats-Unis, en Chine et  en Méditerranée. Mais cela est vrai pour chacun d’entre nous. La question du surpoids, qui est stigmatisée comme une déviance par rapport à la norme, est  présente partout, pour tout le monde dés lors que le niveau de vie s’élève et que les gens ont le choix d’avoir, enfin, accès aux  douceurs quotidiennes de vie.  

 

C’est là où cette question devient compliquée. Si je reviens à la mention légale française, elle a au moins cet immense mérite d’associer dans une même phrase le sucre, le sel et le gras. Chacun de ces constituants apporte quelque chose et agit en synergie les uns avec les autres :
-        le sucre est la Ière saveur perçue et re-demandé immédiatement par le bébé ; il a une puissante valeur de réconfort. Il est aussi le dernier nutriment que l’on prend en fin de vie ;
-        le sel est un renforçateur de goût, c’est pourquoi il s’en trouve partout dans les gâteaux par exemple ;
-        la graisse capte les arômes et adoucit n’importe quel plat, surtout quand il est cuit.  

 

La question devient encore plus complexe quand se cumulent les petits plaisirs quotidiens de vie et  les faciliteurs de vie. Par faciliteur, j’entends tout matériel permettant de réduire le temps de préparation ou de nettoyage des activités indispensables à la vie :  four, aspirateur, lave-vaisselle, lave-linge, ascenseur, voiture…Ces faciliteurs présents dans tous les foyers diminuent la charge physique demandée au corps et libèrent du temps, disponible notamment pour les petits plaisirs de la vie. Ils jouent maintenant en plus en synergie avec la télévision et l’informatique qui nous offrent l’accès à d’autres mondes et d’autres types de vie en créant un nouveau type de culture, qui survalorise le culte d’un corps idéalisé et de moins en moins 'physique' tout en mondialisant celui du plaisir et du sport de performance ou de forme.   

 

A la fin du XIXè siècle, quand on était gros, c’était qu’on était riche et puissant. Les pauvres, eux, étaient , secs et maigres. On en voit toujours sur des dessins humoristiques qui tendent la main vers des gros repus bien habillés qui parlent de l'avenir du monde. Peut être y-a-t-il un lien entre les deux visions: dans l'une on mangeait bien, même les jours 'maigres' à coup de dispenses, s'il le fallait, et plus qu'à sa faim, dans l'autre on espérait des jours meilleurs et en attendant on ne se prive pas aujourd'hui de ces petits plaisirs de la vie.   

A écouter les gens, on est surpris du pouvoir de la transmission des difficultés de vie des générations éloignées.   
      

Pour suivre le chemin
. Le test du moins x 3
Pour vous en convaincre, essayez un menu sans sel, sans graisse et sans sucre. J’ai fait le test un jour avec des membres de la famille que je n’avais pas vus depuis longtemps. Les enfants avaient pâté et baguette, pâtes-ketchup-fromage râpé et gâteau. Leurs parents ont eu, comme nous, crudités avec un filet de citron et filet d’huile d’olives, poisson vapeur et haricots verts vapeur aussi et salade de fruits. Les enfants ont trouvé qu’ils avaient mangé normalement, leurs parents ont juré qu’on ne les y reprendrait plus ! 

 

. L’article sur Junk Food est à compléter sur Wikipedia

. Voir Super Size Me sur Internet Movie Database
   

. Photos EP, la Ière est prise sur une pub de Roset -me semble-t-il- d'il y a quelques années pour un siège qui figurait en partie droite, la bouche était à gauche. Le tout formait une publicité détonnante, avec un siège en forme de bouche! La 2è représente l'abondance de notre société aux yeux, par exemple, d'Européens ruraux de l'Est de l'UE.

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