Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Pouvoir d'expression d'une bouteille de vin en photo

8 Septembre 2008, 16:49pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est la photo sélectionnée par l’association Vin & Société qui entend lutter pour que soit distinguée sur Internet ce qui constitue l’information sur le vin par différence avec la publicité en faveur du vin. V&S  demande en particulier à ce que le contenu publicitaire de l’alcool, toujours réglementé par la Loi Evin, soit bien précisé.

 

Pour illustrer son combat, l’association montre une bouteille bordelaise dont on ne voit que le haut. La photo s’arrête là où commence l’étiquette. La bouteille est entourée de 4 ou 5 ronds de fil de fer barbelé. Au coeur de cette couronne de barbelés,  on peut lire cet encart écrit en blanc sur le noir de la bouteille: « Danger, Parler de cette bouteille peut vous faire condamner ! »

 

La photo est très belle graphiquement. L’éclairage de la bouteille est particulièrement réussi. Il y a là une réalisation aboutie d’un concept fort : montrer le vin emprisonné derrière des barbelés. L’image est saisissante  et suscite immédiatement des réactions.

 

En Ière approche, que peut-on discerner ?:

 

. Les barbelés évoquent la guerre, la souffrance des prisonniers dans les camps.

. La couronne rappelle celle en épines posée, il y a plusieurs millénaires, sur la tête d’un célèbre résistant aux forces d’occupation romaine et mis à mort par eux sur une croix.

 

= Les barbelés blessent ceux qui veulent les franchir. Leur raison d’être est de barrer la route et de déchirer la peau de ceux qui passent outre.

= Ils constituent une barrière douloureuse. Quand un vin est mauvais, on dit bien qu’il râpe le gosier. Il aurait été possible par exemple de mettre sur la bouteille un panneau de sens interdit, mais évidemment avec une efficacité bien moindre.

 

. Le vin est représenté par la bouteille bordelaise droite, qui est presque toujours choisie par les photographes ou les dessinateurs pour représenter le vin ;

= ce n’est ni la bourguignonne, ni la Val de Loire ou l’Anjou, ni la flûte alsacienne

 

= Le vin n’est pas figuré par un verre qui est tout autant que la bouteille une des matérialisations visuelles du vin. C’est grâce à lui que l’on déguste le vin. La récente campagne publicitaire d’InterLoire ne s’y trompe pas. Elle montre des paysages qui flottent à la hauteur du vin dans le verre, comme une évocation onirique qui se produirait à la rencontre du vin et de l’oeil, juste avant de boire le vin. Emettons comme hypothèse que c’est la bouteille qui incarne le vin parce que c’est elle qui recueille le fruit du travail du vigneron, alors que le verre relève du service de table que possèdent les amateurs de vin. La charge symbolique est bien différente dans l’un et l’autre cas : vigneron d’un côté, maîtresse de maison dans l’autre, justement celle qui achète le vin.    

            

. La bouteille est tronquée à la hauteur de l’étiquette pour ne pas à avoir à désigner un vignoble, une appellation, un domaine ou une marque de négociant.

 

En seconde approche, une autre idée devient perceptible. Imaginez qu’il se trouve un produit dangereux dans une bouteille. Vous pouvez écrire : attention danger, parce que le produit est dangereux en soi. Ici, il est bien écrit danger, avec une phrase explicative, il est vrai.

 

Mais un lien est fait entre VIN = DANGER. Evidemment les mots expliquent la position défendue. Mais la photo va beaucoup plus loin et a son propre pouvoir d’expression : elle montre que c’est dangereux. Un enfant qui ne sait pas lire ou un étranger qui ne connaît pas le français saura qu’il ne faut pas toucher cette bouteille, sinon il va se faire mal. C’est ce lien négatif pour le vin qui va être retenu par une personne, dont le regard rencontre des milliers informations visuelles par jour.

 

Enfin en 3ème approche, se pose la question du choix des mots et de l’adéquation des photos. Entre le poids des mots et le choc des photos, la photo l’emporte. Entre deux photos, l’une peut avoir un poids détonnant et l’autre pas. La seconde photo qui illustre cette campagne de V & S montre le différentiel d’efficacité. On voit un homme à lunettes qui lit un journal. Sa bouche, celle qui goûte le vin, est cachée par le journal sur lequel figurent de grands bandeaux noirs, dont ne reste que Champagne. Ceux-ci ont trait à des informations concernant le vin en provenance de cette région jugées récemment par un tribunal comme étant en fait de la publicité pour le vin.

 

Pourquoi cette seconde photo est-elle moins efficace ? Entre une bouteille de vin et un lecteur de journal, il n’y a pas photo ! La Ière évoque le créateur et sa création, le vigneron et le vin, et la seconde montre un homme qui lit un journal-papier après avoir chaussé ses lunettes, comme dans l’affaire du tribunal à l’origine de l’affaire. Or, la mobilisation de Vin et Société est de défendre le droit à l’information et la publicité sur Internet.

 

Pour suivre le chemin

. Pour voir la photo de la bouteille, rendez-vous sur le site de

www.vitisphere.com/dossier--49888.htm

qui vous renvoie aussi sur le dossier complet de Vin & Société remis au Pouvoirs Publics en septembre 2008. 

Merci à Vitisphère qui m' autorise à publier cette photo.
.
www.vinetsociete.fr

 

. Au même moment paraît en affichage mural d’abri bus, une très belle affiche avec une bouteille bordelaise vidée dont le verre transparent est cassée à la hauteur de son « cœur ». Dans cette cassure, apparaît un très beau paysage, comme dans la communication d’InterLoire,  mais cette fois-ci pour dire que la bouteille en verre est très énergétivore. Son empreinte carbone est forte et donc mauvaise. Ceci n’est pas discutable. D’ailleurs les négociants et les responsables de domaine en tiennent compte. Ils retiennent de moins en moins les bouteilles « lourdes ».  

Par contre, ce qui étonne encore et encore, en dehors du vin, c’est la question de savoir pourquoi est-ce toujours la bouteille de vin qui est choisie. Les publicitaires et leurs commanditaires auraient pu sélectionner une bouteille d’eau, de parfum ou d’huile alimentaire.  Il y en a de très belles dans les trois cas, si belles qu’elles méritent d’être achetées pour elles-même.

Commenter cet article