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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Vin + information + création de valeur

30 Septembre 2008, 09:14am

Publié par Elisabeth Poulain

Avec l’information, le vin partage l’amour des mots, qui ont  la capacité à
-        être prononcés, écrits, commentés, discutés, chantés... Chaque jour apporte de nouveaux débats, de nouvelles discussions enflammées entre ceux qui aiment ou qui n’aiment pas, entre les découvreurs et les suiveurs, les novateurs et les traditionnalistes ;
-        se transmettre de toutes les façons imaginables et plus, par le bouche à oreille, la rumeur, ce qu’on appelle le buzz maintenant, amplifiées par les médias, les autres moyens de communication, le Net & co ;
-        à évoluer dans le temps. Chaque époque a sa façon de parler la langue du vin ; 
-        à franchir l’espace. On connaît mieux par exemple les vins bios français dans les grandes villes au Japon qu’en France, alors qu’ils ne représentent que 2% des surfaces du vignoble français.
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Tout dans le vin peut donner lieu à formation de mots et à information. A chaque fois, l’imaginaire du vin s’enrichit grâce aux discussions qui s’engagent, aux commentaires faits lors des dégustations ou des très fameuses verticales de grands noms, au partage et à l’échange des expressions du vin en mots. Le tout crée une information informelle, vive et changeante, qui s’enrichit à chaque moment de cette valeur de valeur véhiculée par les mots du vin. 
 

Cette bulle de mots, d’images, de sensations, de couleurs, de saveurs et de partage virevolte autour de la bouteille, comme un cocon protecteur en mouvement. Sa vitalité arrive à modifier la perception du vin même, comme si cette bulle faisait intégralement corps avec le vin. C’est pourquoi je parle de porosité des frontières entre les mots des amateurs ou des journalistes du vin, de tous ceux qui trouvent avec le Net une nouvelle façon de partager et de faire le tam-tam autour de leurs échanges, entre eux et avec d’autres qui ne sont pas présents. Sans ces mots du vin échangés par les amateurs et ces journalistes passionnés, la magie du vin ne serait pas aussi vivante. Mais il y a plus.  

Les expériences faites en aveugle montrent qu’il est très difficile – même à des connaisseurs- de distinguer le vin par sa couleur, de reconnaître les domaines parmi les plus connus, de savoir comment le vin a été vinifié ou mise en bouteille, avec bouchon ou vis... C’est la façon du vin d’échapper à tous ceux qui veulent le cadrer, l’encadrer, le freiner ou le normaliser.  Sa nature profonde est  fondée sur la liberté, l’évolution dans le temps et la transmission dans l’espace.  


Il est des mots techniques du vin pour faire rentrer le vin dans des process définis par des cahiers des charges. Il en est d’autres, les mots juridiques, qui voudraient normaliser, encadrer, rassurer enfin, afin, et c’est vraiment un paradoxe, que soit définie par exemple la publicité dans le vin, à la demande même de la profession. C’est le combat lancé par Vin & Société. 
 

Mais la publicité change plus vite que change la société. Sa nature est de toujours être en avance d’un soupir sur l’évolution de celle-ci. Elle a pour nature de surfer sur les tendances, au point de créer ces tendances. Comme les mots du vin, ceux de la publicité créent de la valeur en dessinant les contours de nouveaux univers, pas seulement de consommation  dans l’univers marchand, mais aussi et surtout de l’imaginaire, de la sensibilité et de la mémoire qui se transmettent dans l’espace et le temps, en s’imbriquant dans tous les modes de vie, dans toutes les cultures, où que ce soit dans le monde. Le vin est le premier « produit » mondial. Il sert de passeport partout. Il y a une langue mondiale du vin. 
 

Limiter la publicité à la vente est une idée totalement dépassée parce que cela équivaudrait à figer un concept toujours en mouvement et en évolution. La publicité se situe à la rencontre entre la stratégie des entreprises du vin, l’imaginaire aussi bien des amateurs du vin et la culture populaire aussi bien que savante. 
 

Du côté de l’entreprise, elle s’inscrit maintenant clairement dans l’univers infini des relations publiques et de la communication de l’entreprise. Il n’est pas possible de séparer ce qui est matériel - l’achat d’une bouteille de vin - de l’imaginaire suscitée par la publicité ou les relations publiques, qui utilisent les mots même du vigneron, en intégrant sa propre représentation mentale du vin et ses valeurs philosophiques, dans une création continue qui associe l’art et la création à la transmission d’une information, sans que l’on sache où commence l’une et ou commence les autres. Où sont les frontières entre les mots qui transmettent, au service d’un nom de vigneron ou de domaine, les valeurs, le poids de l’histoire et de la culture, la création confiée à des artistes,  en allant à la rencontre des hommes et des femmes d’aujourd’hui ? 


Le paradoxe, et le monde du vin en est friand, est que cette communication sur et par le vin s’est conçue et développée au fil du temps en France, depuis des siècles et qu’elle est maintenant copiée et adaptée au monde du luxe, partout dans le monde et pour tous les produits. 
 


Nommons en quelques traits dans le désordre:
. l’achat d’un domaine quand on a déjà tout ou beaucoup, pour devenir créateur, en faisant goûter « son »vin,
. l’appartenance à un clan, à un club très fermé, à un univers, avec ses codes, ses usages, ses hiérarchies, ses coteries, ses jeux de ‘je t’aime/moi non plus’,
. la rareté de posséder/déguster des grands millésimes, l’impossibilité de les dupliquer ou de revenir en arrière,  

. la vinification vue comme une œuvre d’art aléatoire, toujours mystérieuse, non renouvelable,

. le prestige de la terre lourde d’un passé de plusieurs siècles, ou à créer,

. l’attirance de toute une intelligentsia fascinée par le vin, qui se déplace pour voir/toucher/échanger avec le vigneron au domaine, chez lui dans son "jus", 
. la personnalité du vigneron, son charisme, sa capacité à incarner un mythe,
. sa solitude d’artiste-créateur et l’envie qu’il suscite à son passage,

. la prise énorme de risques par ces explorateurs-créateurs- sculpteurs du vin,

 

. le brassage humain, social, intellectuel, couplé avec le partage d’une émotion, d’un moment…

 

Pour suivre le chemin

Je vais vous surprendre. Il m’est venu la curiosité d’aller sur le site du Sénat, très accessible et très prévenant puisqu’on peut, après s’être inscrit,  être tenu au courant des travaux à venir. Ce que j’ai évidemment fait pour le vin. Nos amis les sénateurs ont écrit de bien belles phrases sur la question qui nous occupe dans leur proposition de loi du 6 mai 2008 .

Ils parlent de ce media incontournable que constitue aujourd’hui l’Internet, de liberté d’information des journalistes et de liberté d’expression des intellectuels et des artistes, aussi d’absurdité (si on suivait la décision  des juges du TGI de Paris de 2007) d’évoquer un vin lors de la présentation culinaire, et ce alors que la France souhaite inscrire sa gastronomie au patrimoine mondial de l’Unesco.

 

www.senat.fr  

 

 

  

 

 

 

 

                 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

                 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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