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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Stratégies différenciées de ramassage des feuilles mortes

12 Octobre 2008, 19:06pm

Publié par Elisabeth Poulain

Vous avez évidemment compris qu’il s’agit de donner quelques aperçus sur les différentes stratégies mises en place, sans concertation, entre des voisins concernant les feuilles mortes sur l'espace public. Je suis sûre déjà aussi que la fin de cette phrase d’introduction vous titille. J’aurais pu dire par exemple que ces stratégies concernent directement le ramassage des feuilles tombées au sol, comme dans mon titre. Cela n’aurait été que partiellement adapté, parce qu’on n’est pas obligé de ramasser les feuilles. On peut en faire des petits tas, bien ronds et les plus coniques possible, pour éviter une trop grande emprise au vent. On peut les caler dans un coin, en attendant…, en attendant que la ville les enlève ou que le vent les emporte autre part que devant chez soi. Ou en attendant que le voisin comprenne ce message même pas subliminal et les enlève, lui.  

 

Ce sont quelques-unes de ces réactions que je vais vous raconter. Au départ, il se pose d’abord une question de frontières. J’en vois déjà deux au moins:
. entre chez vous et l’extérieur, c’est la distinction entre le dedans/dehors, très importante, entre le domaine privé-intime et le dehors-public,
. entre voisins en ce qui concerne les abords des jardins, à l’extérieur sur le domaine public.

 

Face à ces questions très quotidiennes de voisinage, différentes stratégies s’appliquent de façon non concertée dans presque  100% des cas. Le seul cas que je connaisse de concertation vise le stationnement des voitures. Rien ne concerne la question du traitement des abords et celle de leur entretien par l’extérieur.

 

Ier cas de figure. C’est l’exemple le plus courant avec deux voisins, ayant une clôture en ligne, le mur de l’un se poursuivant en continu par le mur de l’autre. Face à cette frontière horizontale, la frontière perpendiculaire se fera à la liaison entre le mur intérieur de séparation entre les deux propriétés avec le mur extérieur. Ca se complique si le mur intérieur est en oblique. La frontière extérieure est-elle toujours perpendiculaire ou poursuit-elle l’oblique ? Réponse : ça dépend. 

II cas de figure. Dans une allée étroite qui concerne trois voisins et qui se termine par un portail d’entrée au fond,
. qui est concerné par les FM ? Réponse : les 3 ;
. qui balaie ? Réponse : c’est extrêmement subtil. Le voisin ayant son muret face à l’Ouest (O), balaie jusqu’à son poste extérieur de gaz et d’électricité, mais pas plus loin. Le voisin possédant le portail (P) qui lui permet d’accéder en voiture à son garage, balaie tout le début de l’allée. Que fait alors le voisin possédant le muret face à l’Est (E)? Que balaie-t-il, puisque tout ou presque semble balayé ? En réalité, il balaie l'espace qui lui est "propre", celui qui est seulement en face de chez lui.  
 
 

Arrive alors une autre donnée. D’où viennent ces feuilles ? Question importante s’il en est. Il m’étonne d’ailleurs que vous ne l’ayez pas encore posé avant. Les feuilles des bouleaux très légères  sont facilement dispersées par le vent, qui tournicote avec plaisir dans cette ‘ruelle’. Réponse, elles viennent de E, justement le voisin qui ne balaie pas ou moins que ce que ses voisins aimeraient qu'il fasse. 
 

Comment la difficulté, qui pourrait nuire aux bonnes relations de voisinage entre O, P et E, est-elle résolue ? La problématique FM est en outre plus sensible pour les voisins O et P qui n’ont pas planté d’arbres à feuilles, justement pour ne pas avoir de problèmes de ramassage de feuilles, alors que pour E, les FM font partie intégrante du cycle de la nature et ne causent pas de souci particulier.
 

En d’autres termes, comment font O  et P pour dire à E que les feuilles mortes se ramassent (effectivement et pas seulement dans la chanson) à la (petite) pelle ? la réponse est vraiment une jolie démarche, qui se fait en fluidité et sans calage particulier.  


La solution. O fait un petit tas de feuilles près de son compteur. P ne touche pas au tas de O, balaie tout, en faisant de longues lignes de feuilles le long des deux murets qui se font face. Il utilise la technique en manuel du soufflage en machine, mais lui fait ça avec son balai. Il repousse les feuilles dans la petite végétation plantée extérieurement le long de l’allée des deux côtés par E.

 

Et E, face à ces signes parfaitement compréhensibles de langage non verbal, enlève le petit tas conique près de chez O et va rechercher les feuilles cachées dans les plantes des deux côtés par P. Cette fois-ci les feuilles quittent pour de bon l’allée et vont enrichir un des tas de compost qu’affectionne E dans son jardin.  Tout le monde est content. Chacun a travaillé à sa façon et pour l’abord de sa maison et pour ses voisins. 

Pour suivre le chemin

. La question de la réglementation  oblige chacun à balayer devant chez soi en phase avec les services municipaux. Dans le cas que je vous décris, l’allée n’est pas  un endroit qu’affectionne particulièrement la grosse machine aspirante de la ville. On en revient donc à la situation que je vous ai décrite.

     

. Aux Etats-Unis, dans certains endroits, le samedi matin est consacrée aux travaux que chacun doit faire pour la communauté. Pas question de "se défiler" ou d’envoyer son jardinier à sa place pour nettoyer les espaces communs. C’est aussi le cas dans la démarche d’ O + P + E mise en application avec beaucoup de subtilité et de souplesse, puisque chacun travaille, ou pas, quand il le veut et comme il le veut. 

. Photos Elisabeth Poulain, feuilles de fusain en train de tomber et de petits tas en attente d'enlèvement par E.              

 

 

 

 

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