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Le Blog d'Elisabeth Poulain

En France, en matière de pub/info, 1789 n'est jamais bien loin (2)

20 Octobre 2008, 10:37am

Publié par Elisabeth Poulain

Surtout en temps de crise! A croire que la révolution s’est déroulée hier. L’Ancien Régime, aussi. Cette fois-ci, on est à Versailles dans la Galerie des Glaces avec les membres de la Cour du Roi. Versailles nous offre le sentiment d’appartenance à l’élite et à l’art de vivre si raffiné 'à la française'. Versailles, c’est aussi 1789, qui marque le début d’une période mouvementée et sanglante dont l’étincelle est due à la révolte des gueux, des sans titre, des sans terre & des sans pain.

 

La crise actuelle offre un bon exemple de la persistance de ces deux faces de 1789 dans nos esprits dans notre république d’aujourd’hui, comme on parlait avant de la Noblesse face au Tiers Etat, le seul à ne pas avoir de nom dans le royaume (le second était le clergé).

 

C’est ce à quoi je pensais en lisant la presse. D’abord la pub pour commencer. Sur une ½ page des Echos (13.10.08), la meilleure et la plus chère, celle de la page de droite en bas, voici une pub qui se présente sous l’aspect d’une photo d’une grille grande ouverte face à un vrai grand château. Un paysan de dos est là, à hauteur de la grille ; il tient sa faucille à long manche dans la main droite, la fourche à deux dents dans la gauche. Il lève les bras, comme en signe de victoire. On l’imagine avancer seul vers le château.  

 

D’abord on ne comprend pas cette pub. Surgit alors une image, celle des pauvres venus de Paris  se rendant en masse au château de Versailles, leur fourche à la main, pour demander du pain. Le plus hallucinant de cette publicité est la qualité de l’annonceur : c’est PriceWaterhouseCoopers, un grand groupe de conseil. Le titre de cette publicité : « Difficile de faire la révolution tout seul » et le début du commentaire : « Tout seul, on peut avoir une idée révolutionnaire, mais pas forcément la mettre en œuvre… ». Cette publicité est pour moi un très bon exemple de ce qu’il ne faut pas faire, à savoir utiliser les symboles de la lutte des classes pour faire du double ou triple degré.

 

A revoir Les Echos et Le Monde de mars 2008 et d’après, on s’aperçoit que plusieurs articles par jour étaient déjà consacrés aux troubles financiers qui agitent notre monde. Déjà aussi les publicitaires avaient recours au thème de l’Ancien Régime dans sa double face de luxe ostentatoire face à la violence populaire (qui coupe les têtes) lors des crises. La pub porte cette fois-ci sur un compact grand angle de Samsung NV24HD parue dans le Monde (14.06.08).

 

Sous le titre « Imaginez votre vie en grand angle », vous voyez une jeune femme aux cheveux blonds chevaucher fièrement son cheval. Elle a un port royal et pose en travers de l’allée qui mène au château. Nous sommes donc déjà dans le parc. L’allée est environ 3 fois plus large que le cheval. Seul hic et il est de taille, ce cheval n’a plus ni tête, ni queue. Ca trouble si fortement l’œil qu’on revient sur la photo pour voir si on bien vu. On découvre alors que  ce leurre de cheval  n’a plus que  2 pattes sur les 4 qui lui sont nécessaires.

 

L’esprit commence naturellement à associer
. le château + le cheval à la tête coupée,
. la femme aux cheveux longs + le cheval à la queue coupée,
. le cheval mutilé atrocement + le parc à la française avec des buis taillés dans l’allée qui mène à ce château du XVIIIè siècle. Je me demande alors quelle est l’image positive attendue par la marque japonaise avec un tel concept publicitaire, qui est en plus contredit par la photo. L’allée est en effet 3 fois plus large au moins que le cheval même s’il avait tout ce qu’il faut pour être un vrai cheval.

 

Reste l’info. C’est l’édito de Vitisphère dans sa E-lettre le 7 octobre dernier.  C’est le titre qui m’a interpellé tout d’abord : « Franchement, c’est pas le moment. »  C’est un vrai cri du cœur ; votre première réaction quand vous êtes en train de chercher un nouveau logement, que vous cherchez du travail et que tout devient encore plus compliqué, comme s’il fallait la crise en plus.

 

En ce qui concerne la filière viti-vinicole, l’éditorialiste de Vitisphère liste les principaux projets gouvernementaux alors que  le travail d’après vendange n’est pas fini et que la récolte est faible : la hausse des taxes, l’interdiction de la publicité pour le vin sur Internet, la limitation des dégustations gratuite ou de la vente de vins dans certains lieux…Il termine en rappelant au gouvernement que si ces textes concernant les taxes, la pub et la promotion sortent, « c’est toute la famille vigneronne qui se révoltera. » Cette fois-ci, ce n’est plus 1789 qui est visé.  

 

Pour suivre le chemin

. Difficile de faire la révolution tout seul, www.pwc.fr

. Imaginez votre vie en grand angle, www.samsung.com/nv24hd

. E-lettre n° 318, elettre@vitisphere.com     www.vitisphere.com    

 

            

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