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Le Blog d'Elisabeth Poulain

3 Le développement durable, l'estuaire, le démographe et l'estuarienne

31 Octobre 2008, 18:03pm

Publié par Elisabeth Poulain

L’estuaire est forcément celui de la Loire, le démographe est Hervé le Bras et l’estuarienne  Martine Staebler. Leurs périples se croisent et forment une tresse avec La Loire, chacun suivant sa route, les deux derniers toujours à courir avec le grand fleuve dans son aventure de rencontre avec la mer. Ils sont donc plusieurs dans le lit de ce fleuve pluriel qui en plus n’en finit pas de se chercher d’autres lits. 

Cela fait beaucoup pour une rencontre. Surtout si on ajoute que le démographe court d’une ville à l’autre le long du sillon de Bretagne, le Ier contrefort en arrière du fleuve le long des la rive droite qui va de Nantes à Saint-Nazaire et revient par la rive sud, après avoir survolé la côte littorale. L’estuarienne, quant à elle, se tient sur les bords du fleuve sous tous ses formes et avatars. Elle descend même sous le niveau très changeant  des basses eaux aux hautes eaux, qui suit le cycle des marées. Elle  plonge dans le lit profond du fleuve pour mieux en comprendre sa typicité qui n’a rien de naturel puisqu’elle est le fruit du travail de l’homme.  

Ma question alors est de savoir ce qui différencie le géographe de l’estuarienne. Qu’est-ce qui les réunit, qu’est-ce qui les distingue dans leur connaissance de l’estuaire. C’est au moins un Ier point de rencontre. Tous deux travaillent sur l’estuaire, l’un sur la terre et l’autre sur l’eau. En fait ce n’est pas sur l’eau que le mystère de l’estuaire réside. Ce serait plutôt sur ses bords et surtout sur son lit profond, c’es-à-dire la terre ou plus justement la vase.  

Commençons par Hervé le Bras, le démographe pour savoir qui vit et comment on vit sur les rives de l’estuaire. C’est un homme qui sait faire parler ses cartes de lissage. Entendez par là, qu’il met en valeur visuellement les évolutions de la population au cours du temps après des traitements statistiques tout autant que cartographiques et informatiques. Que nous disent ces cartes ? L’Ouest, l’estuaire de la Loire et la côte littorale de part et d’autre forment une des régions les plus attractives de France, avec le Midi bien sûr et surtout la région Languedoc-Roussillon.  
 

. « De 1975 à 1999, le développement de la population se fait en diagonale Est-Ouest en France. L’Ouest attire, l’Est surtout en partie nord se dépeuple.   

. Depuis 1999 et jusqu’en 2006, le développement des grandes villes Nantes, Angers Laval se poursuit et la Côte attire encore plus de la Vendée à Mesquer. L’attirance vers la Côte devient un phénomène national.   

. Le cycle de vie territorial découle du cycle de vie des ménages. Les jeunes couples avec des enfants s’éloignent de la ville pour bénéficier d’un foncier moins cher. Les seniors reviennent en centre ville surtout vers 75 ans pour bénéficier des services dont ils sont très demandeurs.

. Le nombre de personnes par foyer diminue.
. La fécondité est exceptionnellement forte dans les pays de Loire : 2,12% en Mayenne pour 1,57% à Limoges.
. Le vieillissement de la population est un phénomène urbain, particulièrement marqué en centre ville.
. Les retraités ont un pouvoir économique plus élevé que les jeunes couples : un retraité gagne plus qu’un actif en France.  

= Et le célèbre chercheur se refuse à faire des prospectives puisqu’elles sont basées sur des faits de maintenant. L’avenir est par nature incertain.  

C’est bien cette incertitude qui lie l’estuarienne au démographe. Martine Staebler rappelle que l’estuaire est un endroit bien particulier. Cette rencontre du fleuve et de l’océan est le plus grand estuaire de France ; le bassin versant de la Loire couvre 1/5 de la France. Le fleuve charrie 27 milliards de m3/an d’eau douce, avec des débits d’une très forte amplitude, qui font face à 150 milliards d’eau salée… 

Cet endroit si particulier est aussi le fruit d’un certain nombre d’aménagements entrepris depuis deux siècles pour chenaliser la Loire. Les bateaux peuvent ainsi remonter le fleuve jusqu’à Nantes. Pour amender les terres pour l’agriculture, on a extrait de très grandes quantités de sable en particulier pour le maraîchage, encore à la fin du siècle précédent. Que ce soit sur les rives restructurées, le chenal principal fixé, les chenaux secondaires bouchés, le lit profond creusé en profondeur, les résultats vont tous dans le même sens : ils sont terribles. Le courant est violent, l’onde de marée (la remontée de l’eau salée) atteint l’amont de Nantes, le dragage de la vase est incessant, les vasières sont obstruées, les prairies grillées … 


Les équilibres profonds du fleuve sont atteints. Un scénario de restauration est maintenant en application. En Ier lieu, l’effort porte sur le vivant en reconstituant les vasières qui sont des lieux d’une extrême  richesse (800 individus au m2) nécessaires à l’alimentation des oiseaux et des poissons. En seconde position, les monstrueuses fosses creusés par l’homme sous le lit du fleuve vont être comblées au moins en partie pour lisser les effets de l’onde de marée. Ces deux mesures sont au cœur du dispositif permettant à la Loire ‘d’apaiser’ son estuaire au moment où les pressions à venir vont toutes dans le même sens.
 

= Car l’estuaire va à nouveau subir un choc d’une amplitude sans égal du fait des effets du réchauffement climatique. Ce n’est plus un risque aléatoire, c’est maintenant une certitude. Toutes les mesures touchant à l’estuaire vont devoir intégrer cet événement sans précédent dans l’histoire. 


Que partagent en commun ces deux chercheurs ?
. La recherche sur l’assise de leurs études, la démographie pour l’un, l’estuaire pour l’autre.
. La passion de transmettre et une grande chaleur humaine.
. L’interaction entre trois acteurs que sont un espace bien particulier, l’estuaire, la prise en compte du temps qui passe et qui est à venir et l’action de l’homme.
. L’intégration du changement dans le schéma global de raisonnement.

. Avec des perceptions différentes: l'un parce qu'il est dans le changement perpétuel, l'autre aussi avec une obligation thérapeutique, qui est d'essayer de réparer autant que faire se peut,  quelques dégats du passé, pour mieux envisager l'avenir. 
 
 

Pour suivre l’estuaire
. Les rencontres avec Hervé Le Bras et Martine Staebler se sont faites dans le cadre des Assises 2008 « Panel Citoyens »  organisées par la Région pour le Groupe de travail Estuaire de la Loire le 18.10.2008.
. Hervé Le Bras est un universitaire très connu, directeur d’études à l’INED  et enseignant à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.
. Martine Staebler vient de quitter le GIP estuaire dont elle a été la directrice pendant 10 ans.
. Voir les travaux du GIP sur www.loire-estuaire.org/detail.html 

. Lire aussi sur ce blog le Ier et le 2è billets sur l’estuaire :
-        L’estuaire de la Loire entre problématiques et prospectives
-        Des auteurs et un dessinateur face à la Loire et à l’Océan

C’est pourquoi, le titre devient maintenant DD3, parce que c’est le 3è billet sur le développement durable de l’estuaire.
 
Remarque importante: le réchauffement climatique ne fait pas directement partie de nos travaux pour l'instant. Il est pour moi continuellemen sous-jacent.
 

. Photo EP Portrait de Martine Staebler à la fin de son intervention à l’Hôtel de Région. 

 

            

 

 

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