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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le monde selon Jean-Pierre Robinot, vigneron, négociant, Chahaîgnes, Paris, France

7 Novembre 2008, 11:32am

Publié par Elisabeth Poulain

Il est de ces hommes qui sont profondément de quelque part et qui justement à cause de cela ont toujours le voyage en tête, le goût de l’aventure et de la rencontre avec les autres. Cela fait plusieurs années maintenant que je connais Jean-Pierre. Nous nous sommes rencontrés au Ier salon du Livre qui s’est tenu au Château de Poncé sur Loir, lui pour faire connaître ses vins de vigneron et ses vins de négociant. Moi pour présenter « Le vin aussi est affaire de femmes ». Le monde a changé, pas lui. Il garde au fond des yeux et dans son sourire une forte dose d’espièglerie et de tendresse humaine. C’est un homme profondément engagé et chaleureux.


Il a rencontré le vin à 22 ans, en dégustant un Cheval Blanc 1964. Depuis lors, sa vie ne peut plus se concevoir sans progresser dans ce monde très sélectif et exigeant. A 17 ans, il quitte son village de Chahaignes dans la Sarthe et la plomberie pour laquelle il n’a que peu d’appétence à l’apprentissage. Direction Paris. Il emploie le mot de « monter à Paris », comme on escalade une montagne. C’est bien ce qui s’est passé. Sans aide, sans appui d’aucune sorte avec un impératif, survivre et au fond de lui, cet espoir fort de trouver son moteur de vie. Cinq ans lui ont été nécessaires pour cela et depuis son engagement dans le vin n’a pas cessé. 
 

Sa passion pour le vin s’est concrétisé par la création d’un restaurant-bar à vins, qui lui a permis d’entreprendre cette longue marche du vin, en même temps qu’il apprenait à définir les vins qu’il aime. Tout en les faisant découvrir aux Parisiens qui aiment tant le vin qu’ils en parlent encore plus qu’ils n’en boivent, qui aiment se rencontrer un verre à la main, debout à un bar ou assis à une table de bistrot. Pour cette triple aventure, il a choisi le XI arrondissement à une époque où ce Paris de l’Est avait profondément gardé sa typicité populaire, rue Richard Lenoir. C’est là qu’il a posé son Ier restaurant-bar à vins qu’il a vendu pour en ouvrir un second à Montmartre, encore un quartier emblématique d’un Paris vivant, turbulent qui aime les mixités de toutes sortes. Son nom : « Les Vignes de l’Ange Vin ».  

Il y a le jeu de mot bien sûr, sur le vin de l’ange (comme je l’ai vu sur une traduction automatique d’angalis en fraçais), ce qui reste après le passage des anges qui prennent leur part* et l’angevin qu’il est presque. Lui est complètement Vallée du Loir et pas Vallée de la Loire. Mais comme il est profondément tolérant, il veut bien annexer l’identité Loire et se revendiquer angevin si c’est pour le bien du vin. Il y a plus que le jeu de mot. Il aime profondément les vins de Loire. Avec ce second restaurant-bar à vins, il a encore franchi un pas. Cette fois-ci, la vigne apparaît, avant le vin ou plus justement pour annoncer le vin. 
 

Gérer et tenir un bar-restaurant est plus qu’un métier. C’est un engagement de vie, au contact étroit des clients qui font les modes et les défont tout aussi vite. Dans le cas d’un bar à vins, la sélection des vins est primordiale. Il faut qu’ils aient une personnalité que le patron puisse  percevoir et savoir faire partager. Son choix l’a porté très vite vers les vins qui ont une personnalité, comme les vins de Loire mais pas seulement, dont il apprécie l’étonnante diversité et la capacité des vignerons à rechercher l'expression du terroir dans sa plus grande diversité. Mais cela ne lui suffisait pas. dés le début, il a naturellement partagé l’aventure du vin qui est porté par le dire, l’échange et les mots.  
 

Jean-Pierre Robinot a alors approfondi sa connaissance des vins au contact des hommes qui le font,  les  vignerons et de ceux qui en parlent et les font connaître, les passionnés et les journalistes du vin. C’est ainsi qu’il a croisé la route de Michel Douaz, de Michel Bettane…et participé à de belles aventures. Avec ce dernier et quelques autres, il a fondé en 1983 Le Rouge et le Blanc vendu sur abonnement. Chaque appellation est goûtée en toute indépendance, en recherchant l’authenticité de ce qu’il appelle les vrais vins, les vins naturels : « mieux vaut un vin naturel avec un défaut qu’un vin lisse, sans défaut même s’il est de bonne qualité ».  

Puis est venue une nouvelle étape dans sa route du vin. La volonté de posséder ses propres terres pour y planter sa vigne et de faire son vin à sa façon, c’est à dire sans souffre ou presque, en laissant le jus de la vigne jouer sa partition du vin à sa façon et le temps qu’il faut.  Pour cela, ce désormais vrai parisien est revenu au village, qu’il avait quitté avec joie dans l’espoir de connaître la vraie vie. A Chahaignes, il a pris 2 à 3 ans pour  trouver des friches en coteaux qui lui convenaient. Certaines avaient été laissées à l’état de nature depuis plus 100 ans. Son Ier millésime date de 2002. Dans sa première année, il a tout repris à la base et ré-appris. Il a maintenant une dizaine d’hectares en aire d’appellation Coteaux du Loir. Il exploite maintenant 6,5 ha, en Coteaux du Loir Jasnières. Le nom de son domaine, Les vignes de l’ange vin bien sûr.  

Son choix est clair et sa confiance dans ses vins très forte. L’agriculture qu’il met en œuvre est biologique, sans utilisation de désherbant ; les terres sont labourées, les plants de vigne  traitées avec des produis biologiques et des infusion de plantes. Les vendanges se font à maturité sur du raisin sains ; elles  sont évidemment manuelles pour ne pas abîmer le raisin ; la vinification se fait avec des levures naturelles, le plus souvent sans souffre ou si peu. La mise en barrique dans des galeries de tuffeau fait le reste, le temps qu’il faut.  C’est là, la grande force de Jean-Pierre, sa capacité à se mettre en symbiose avec son vin, à son écoute, en collant son oreille pour entendre le fin glou-glou de la fermentation. Il compte au minimum de 12 à 18 mois pour les Chenin élevés sur lie en fût de chêne et 12 pour les Pineau d’Aunis (rouge). 
 

Et puis, presque naturellement, Jean-Pierre Robinot a créé une autre entreprise, de négoce cette fois. Il achète du raisin à des vignerons qu’il connaît et qui travaillent dans le même sens que lui, pour avoir une carte de vins plus large, en y ajoutant des vins de Loire pour garder une logique de terroir, le domaine étant dédie aux vins du Loir. Cette fois-ci le nom choisi sort de l’univers classique : c’est L’Opéra des Vins, pour mettre en valeur la musique de chaque vin et l’harmonie qui se dégage de l’ensemble de la palette. A cette carte de négociant-vinificateur, surtout des vins de table à la forte personnalité, comme Lumière de Silex, Symphonie du temps, les Années folles en rosé ou le très récent Concerto d’Oniss, Tokyo la nuit.  

Pour ce vin, l’artiste JPR a réalisé une étiquette d’un autre style que pour les deux autres. Les vins de l’Ange Vin sont en style art déco, les vins d’Opéra sont des traits de peinture grasse éclatante et le concerto d’Oniss un travail sur le mouvement et la nuit d’une grande inventivité maîtrisée. 

L'export est sa nouvelle aventure.  Et c
omme le dit, Bertrand Celse de Wine Terroirs: Great Visit and Wines, Jean-Pierre, Thank you.            

 

Pour suivre le chemin

* La part des anges est la partie du vin, qui s’exprime en %, du vin qui s’évapore dans une cuve au contact de l’air. C’est un phénomène naturel. 
. Les vignes de l’Ange Vin, le Présidial, 72340 Chahaignes, 02 43 44 92 20, 06 21 53 37 17,
lesvignesdel’angevin@orange.fr, http://lesvignesdel’angevin.vinsnaturels.fr

. La revue Le Rouge et le Blanc est la seule revue qui s’enorgueillit  d’être libre de toute publicité et sponsoring, à voir sur www.lerougeetleblanc.com 
. Lire le formidable récit des dégustations faite par Bertrand Celse en 2006 sur son site www.wineterroirs.com/2006/07/robinot.html. C 'est superbe. Actuellement en photo sur le site de ce french photographer and writer, une photo de Pierre Breton face à un Nicolas Joly hilare, tous deux un gros cigares à la main. Ils ont l'air bien et heureux.    

 

. Photos EP, la Iè prise au Salon des Vins de Loire 2008, Jean Pierre et sa femme, avec une présentation "bistrot" de ses vins, que le maestro venait de mettre en forme, à sa façon.

 

 

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