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Le Blog d'Elisabeth Poulain

8 DD Développement Durable, entre sable et vase, Loire versus Océan

20 Novembre 2008, 16:49pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une illustration en questions/réponses de la problématique qui oppose le dessus-dessous dans le lit de la Loire :

. Au dessus, que voit-on ? De l’eau mais une eau dont la couleur varie, non seulement à cause du reflet du ciel sur le miroir de l’eau mais à cause du dessous.

. Qu’y a-t-il dessous, si ce n’est de l’eau ? De l’eau oui, qui contient en outre plus ou moins de sable et plus ou moins de vase et de matières en suspension. 

. Et en dessous de cette eau, que trouve-t-on ? Le socle du lit du fleuve. Comme il y a plusieurs lits qui ne sont pas tous en fonction au même moment, la réponse n’est pas simple.

. Dans le cas du chenal principal, pour cadrer la réflexion, que se passe-t-il ? Cette fois-ci, on démarre. On est au cœur du problème.

 

L’eau du fleuve s’écoule d’Est en Ouest. L’estuaire de la Loire se termine apparemment à Saint-Nazaire en rive droite et Saint-Brévin en rive gauche quand les terres disparaissent pour laisser place à la mer. Sauf que ce n’est pas si simple. Il ne peut y avoir de véritables frontières entre la mer et la terre. L’estuaire est une rencontre entre deux masses liquides, constituées par un fleuve, la Loire et la mer, l’Océan atlantique. Chaque mouvement de l’une entraîne une réaction de l’autre, ceci toutes les 12 heures dans une phase de 24 heures, qui s’inscrit dans un calendrier lunaire qui détermine les hauteurs des marées dont les grandes attirent en foule les pêcheurs à pied.

 

A tout moment, le mouvement  entre les eaux douces et les eaux salées se modifie, en créant des tourbillons latéraux, centraux, des infiltrations, des glissades… Chaque action menée par l’homme sur la terre et le fleuve entraîne des réactions dont seules certaines sont prévisibles parce qu’elles sont espérées. C’est la raison pour laquelle, on n’a cessé depuis des décades au cours des siècles passés, de vouloir régulariser le cours du fleuve, le canaliser, le dévier pour qu’il gêne moins, le creuser pour permettre aux gros bateaux d’arriver à Nantes, le doubler par un canal contrôlé…

 

Tout a été essayé, pas seulement en Loire. Aucun port situé à l’intérieur des terres ne supporte de laisser le dernier mot à la mer. Cette lutte de territoire et donc de pouvoir confère une dimension guerrière à la rencontre. Dans les faits, toutes les interventions lourdes à un endroit quelconque d’un fleuve ont des  répercussions  impossibles à prévoir à un instant ‘t +’. C’est bien pour cela que la première démarche du développement durable est d’instituer des observatoires et que la seconde est de communiquer sur les résultats pour donner aux chercheurs et aux autres une information de qualité validée.

 

Que voit-on, à la lecture des mesures et des veilles menées sur la Loire ?  Tracer un chenal plus droit pour que les bateaux chargés puissent remonter plus vite oblige à creuser directement le lit du fleuve. L’onde de marée constituée d’eau salée faisant le reste, le navire arrive au Port au Bois par exemple ou au Port aux céréales de Nantes. Le courant d’eau douce, qui pousse vers la mer en sens contraire de l’onde de marée, est bloqué un temps plus long et en amont de ce qui se passait avant le creusement. La frontière entre l’eau douce et l’eau salée s’est déplacée à l’intérieur des terres. Lors du choc frontal entre ces deux énormes volumes d’eau, les eaux se cherchent, se frottent,  tourbillonnent et soulèvent tout ce qui est en suspension dans le lit du fleuve. C’est ce qu’on appelle le bouchon turbide ou le bouchon vaseux qui donne à l’estuaire cette couleur d’huître qui va du vert clair laiteux à parfois un ocre clair  veiné de vert mousseux. Puis elles se calment, en attendant le cycle suivant.

 

Ce choc horizontal entre la vase et le sable se double de modifications des rives du fleuve lui-même. Les  frontières latérales du fleuve et de tous ses avatars (bras secondaires, boires…) ont été modifiées toujours pour une bonne cause : gagner de l’espace, de la terre pour des usages d’habitations ou économiques. Ces modifications contribuent à renforcer le choc et accentuent les courants.

 

L’eau, quelle soit douce ou salée cette fois-ci, ne peut plus ou moins s’épandre comme bon lui semble. Globalement en France, tous les 10 ans, l’équivalent d’un département disparaît en raison de l’utilisation du béton et de l’asphalte. Si la bétonnisation est un terme usitée, l’asphaltisation l’est très peu. Ses effets en terme de captation d’espace et d’impossibilité pour l’eau de s’écouler sont au moins aussi importants. Du coup, les débordements d’un fleuve aussi irrégulier qu’est la Loire devraient engendrer mathématiquement des risques accrus d’inondation et ceci sans parler du réchauffement climatique. En fait ce risque d’inondation pour l’instant n’est pas le plus menaçant. Il en est un autre plus urgent. C’est qu’à force de creuser et de pomper de plus en plus d’eau , le lit du fleuve a terriblement baissé. Cette baisse de niveau modifie tout le système hydraulique  du bassin versant de la Loire (1/5 du territoire de la France) et menace tout particulièrement les grands ouvrages comme les ponts et les digues, sur toute la Loire et pas seulement dans l’Estuaire.  

 

A ce stade là, on en arrive à ce qui se passe du fait du creusement du socle profond pour faire passer les bateaux. Le creusement se fait de façon irrégulière en fonction de la dureté du socle. Il se crée alors de façon invisible cette fois-ci à l’oeil des fosses transversales dans le lit du fleuve, qui sont retravaillées, re-comblées, re-vidées à chaque mouvement de marée. Cette action dans la 3è dimension provoque des mouvements encore plus violents au cœur du fleuve lui-même. L’argile se libère, s’agglomère avec des débris végétaux et animaux de toutes sortes et crée de la vase. Cette vase se dépose partout où des prélèvements de sable trop importants ont modifié l’équilibre naturel entre les eaux, le courant, les sédiments en suspension et le socle dur.

 

Que fait-on alors ? La santé du fleuve passe par le retour du sable ou plutôt par la décision de laisser son sable à la Loire. Quant à la vase, le problème est traité de façon mécanique pour l’instant. Elle est tout simplement enlevée au tracto-pelle et…rejetée. Où ? En mer. C’est en mer maintenant aussi qu’on prélève le sable dont la construction a notamment besoin. C’est aussi une des raisons qui me font dire que l’estuaire maintenant va beaucoup plus loin que la ligne Saint-Nazaire-Saint-Brévin.

 

Des décisions importantes viennent d’être prises par le GIP Estuaire de la Loire :

. remettre en état les vasières qui couraient le long du fleuve et qui sont d’une richesse irremplaçable en terme de capital de la bio-diversité et de préservation des éco-systèmes,

. recréer des épis en diagonales à partir des rives du fleuve pour freiner l’eau douce dans son mouvement vers la mer,  

. combler les fosses qui sont les cicatrices de mutilations profondes du fleuve.

 

Alors la valse de la vase et du sable continuera au cœur de l’Estuaire de la Loire mais d’une façon peut être moins traumatisante pour le fleuve, ses habitants de toutes sortes et ce que nous avons à cœur de transmettre aux générations futures.  

Pour suivre le chemin

. Je vous encourage à aller sur Google Earth. Vous partez de l’Hôtel de Région des Pays de Loire et vous descendez le fleuve jusqu’à la mer, un formidable voyage « live », avant de le faire « pour de vrai .»

 

. Quelques chiffres extraits de la plaquette de GIP Estuaire : 450 millions de m3 de sable extrait en 100 ans de la mer à la Maine, 180 Mm3 de vase extraits en dragages normaux  d’entretien au cours de la période 1981-2001 (chiffres PANSN)

 

. Un exemple actuel de chantier de dévasage, celui du Port de Pornic qui est encombré de vase. C’est Ouest-France (12.11.08) qui compte l’histoire : 43 000 m3 à enlever, l’extraction se fait tous les jours à la marée haute, 7 jours sur 7, même la nuit s’il le faut, jusqu’au 31.03.2009, sur financement du Conseil général 44. La vase est rejetée ensuite au début de la Baie de Bourgneuf, en face de Préfailles. Cette fois-ci, c’est la frontière terrestre de l’estuaire qui gagne sur la mer. Ce mouvement vers la mer se double d’un autre mouvement en sens contraire, celui de l’extraction du sable au large du phare des Piliers, pas à côté quand même. Un chassé-croisé pour le moins étonnant au regard du développement durable.               

 

. Photos récentes de Loire prises à Trentemoult par Christelle Coicaud qui fait partie du Groupe Estuaire dans le Panel Citoyens des Assises de la Région des Pays de Loire, avec mes remerciements.

 

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