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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Chair, cheveux, plumes, poils, fourrure...et quoi ensuite?

13 Février 2009, 10:36am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est la question que je me pose à feuilleter Citizen K International, Hiver 08/09. Il faut dire que ça dépote, dans le sens premier du terme. Quand vous enlevez une plante de son pot, vous la dépotez. Quand vous enlevez sa robe à une belle fille, que reste-t-il ? Ah la jolie question philosophique. Que trouvez-vous ? On ne peut même pas dire dessous, puisqu’il n’y a plus ou presque plus de dessus. C’est la question que la célèbre pub avait mis en lumière au siècle précédent. Souvenez-vous du « j’enlève le haut » à une époque où voir une jeune femme en deux pièces était encore un choc visuel. Quand elle nous annonça qu’elle allait enlever le bas 15 jours après, la France suspendit son souffle. Allait-on vraiment voir ce qui ne pouvait se dévoiler.

 

Outre cette fascinante question du haut et du bas, se pose cette fois celle du dessus-dessous qui est au cœur de la problématique de la mode. Il y a maintenant la gravissime problématique du à travers, si ce n’est dedans grâce par exemple aux évidements de la dentelle qui permettent de voir à travers. Voir le sein de la pub Ligne Roset vêtu de l’ombre d’un soutien gorge tout en dentelle page 312.  

 

Pour l’instant, restons-en à nos moutons. Je sais que j’exagère mais vous êtes bien d’accord avec moi que leur toison est synonyme de douce chaleur dans laquelle on a envie de plonger sa main. Pour cela, il faudrait qu’il y ait beaucoup de boucles. Ce n’est pas toujours le cas. J’y vais. Je me lance.

 

Imaginez un modèle d’âge indéterminé, entre jeune-jeune ou très-très-jeune, impossible de savoir. Elle est vêtue d’une robe courte à plis plats « en soie chair enduite » signée Calvin Klein. Ses grands cheveux roux frisottés légèrement au milieu lui cachent le haut. Sa peau blanche est un peu plus claire que la chair enduite, la bouche rouge est ouverte. Vous avez remarqué qu’on parle de sa chair et non de sa peau. On retrouve la nana plusieurs fois, avec la bouche encore plus ouverte et des yeux encore plus vides. Kappauf, le concepteur créateur du magazine, a beau avoir choisi d’autres modèles, avec cheveux blonds longs plats, ou tous bouclés, le résultat est moins frappant. Jusqu’au moment où on arrive aux pages 230 et 231 ; revoilà notre Lutin roux habillé cette fois-ci d’une « combinaison intégrale en jersey beige et (un) gilet épaulé en cheveux », ses propres cheveux cachant presque entièrement les poils plus foncés du gilet. Ah le choc, d’autant plus que la mignonne poursuit sa régression orale, sa main de jersey beige entre dans sa bouche et ses yeux vides sont brillants cette fois-ci.       

A gauche, une Mouton aux cheveux frisottés porte une « robe-manteau épaulée en jersey de coton et soie, corps en marabout beige, ceinture et escarpins en patchwork de cuir et python .» Le côté bête, en somme, du genre « retrouvons l’animalité qui est en nous » mais oui, pourquoi pas. Quelques pages après, la Mouton  porte une robe longue en crêpe de soie chair rebrodée de marabout, une création Sonia Rykiel.

 

Récapitulons, La chair, c’est OK, les cheveux oui plus qu’un peu, les plumes, c’est bon. Il manque les poils. Ah, ça y est mais chez les hommes seulement. Ceux des avant-bras appartiennent à un athlète, Altor Ocio, Defender, Athletic Bilbao, avec un blouson bras nus ; pourquoi pas quand on porte un gros pull à col roulé très haut (Pub Dirk Bikkembergs, Sport Couture). Il a aussi une moustache. Ca fait un score de deux. Il manquait un tendron pour ré-équilibrer cette vision trop virile de l’homme d’aujourd’hui. Toujours pour la maison Dirk Bikkembergs, voici un costume de jersey de coton gris porté à même la peau, avec quelques poils autour du nombril. 3 poils, c’est bon.


Les puristes pourraient me dire qu’il manque la fourrure, la vraie en manteau ou veste. Pas de souci, j’ai. Dans les pages qui suivent Altor Ocio, la publicité Fendi a choisi  une jeune femme avec une superbe veste en fourrure grise, noire et blanche travaillée en bandes horizontales (
FENDI.COM
). Impossible de vous dire, la bête que la nana porte sur son dos, mes connaissances s’arrêtent là. Si ce n’est que le modèle femme a une coiffure en casque qui évoque les années 60/70. Elle n’a pas de sourire accrochée aux lèvres, mais au moins elle ferme la bouche.

On se surprend alors à avoir une petite pensée émue pour Brigitte Bardot partie en guerre pour protéger l’animal contre ces méchantes bêtes que sont les ...

  

Pour suivre le chemin

. Citizen K International, 1 EUR

. Impossible de vous montrer les pubs et les créations de Kappauf, vous comprenez bien pourquoi. Je suis donc obligée de biaiser.

. Photos EP, Litho-Collection Emmaüs,  Mohair, Poil de brosse à laver             

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