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Le Blog d'Elisabeth Poulain

WBW5 > Les Habits des Vins d'Expression > L'Homme > La Vigne > La Terre

24 Février 2009, 16:36pm

Publié par Elisabeth Poulain

= Le monde à travers la bouteille de vin, le Cycle des Vins d’Expression, le Signe de l’Homme, la Culture de la Vigne, le Travail de la Terre = Albert Denis, Anne Pellé, Guy Bossard, Les Vignerons de Saumur, Les Vignerons de la Noëlle, Chantal Wil & Jean Tatin, Pierre Jacques Druet, J.M. & T. Puzelat,

 

La culture de la Vigne

Qui cultive la vigne, le viticulteur ou le vigneron ? Le viticulteur se définit comme étant celui qui cultive la vigne (vitis en latin) pour la production de vin, le vigneron celui qui cultive la vigne et fait du vin. Le point commun est que les deux cultivent la vigne dans le but de faire du vin, le vigneron par différence ‘fait du vin en plus (Petit Larousse). Sur les étiquettes, il existe une grande variété de situations. Les étiquettes utilisent beaucoup de dénominations qui toutes apportent une nuance : propriétaire-récoltant, propriétaire-éleveur, propriétaire-vigneron, propriétaire-viticulteur, viticulteur, vigneron, vigneron-encaveur… selon que l’accent est mis sur la propriété, le travail ou l’élevage.

 

104. Albert Denis, vigneron au Domaine de la Renaudie, figure en photo sur un Touraine. On le voit courbé au dessus de ses vignes en photo. C’est un hommage de Bruno Denis, son petit-fils ainsi que de Patricia Denis, œnologue, la femme de Denis.   

 

Le lien avec la vigne.

Être propriétaire ne suffit pas. C’est par l’implication dans le long parcours qui va de la parcelle de vigne au vin dans le verre prêt à déguster que va se fonder la légitimité de celui qui incarne le vin : plus l’engagement est proche de l’amont, plus la légitimité est grande. Il faut savoir être présent dans les vignes, dans le chai et après pour représenter le vin. La succession de tâches qui s’impose au vigneron à la fois variées, différentes et adaptées à chaque cas, tout en étant répétitives, a toujours fasciné les générations passées. « Les Très Riches Heures du Duc de Berry », le manuscrit enluminé du Moyen-âge, contiennent un calendrier basé sur les mois de l’année répertoriant pour chaque moment les travaux des champs, les activités diverses et les prières à faire aux différentes heures de la journée. Les trois Frères Limbourg, miniaturistes flamands du début du 15ème siècle qui en sont les créateurs, avaient choisi le château de Saumur pour illustrer les travaux de la vigne pour le mois de septembre. Le plus remarquable est que ces artistes avaient valorisé les travailleurs de la terre, tout comme aujourd’hui certains vignerons ou certaines coopératives.

 

Dans la seconde moitié du 20ème siècle

Seuls quelques vignerons ont précieusement gardé des figurations du travail dans les vignes ou lors des vendanges.

 

105. C’est le cas d’Anne Pellé qui a choisi comme signature un très beau dessin de vendanges des années 1930: deux porteurs de profil inversé font face à des rangées de vigne s’élevant sur le côté, comme le V de la Victoire. L’abondance est marquée par la présence de très nombreuses grappes encore sur le pied alors que les hottes sont déjà pleines à déborder. Ce dessin signe les vins du Domaine Henry Pellé, en particulier le Menetou-Salon Morogues et 106. un Sancerre 2002.

 

107. L’hommage aux vendangeurs et porteurs de hottes se poursuit en utilisant des gravures anciennes avec un Cabernet de Guy Bossard du Domaine de l’Ecu

108. et un Muscadet Sèvre et Maine sur lie, Cuvée Guy Bossard.

 

Près de six siècles après les Frères Limbourg

Des hommes et des femmes de la vigne sont mis à l’honneur mais cette fois-ci grâce à des photographies anciennes par Alliance Loire sur une initiative de La Cave des Vignerons de Saumur. L’objectif est de signer le vin par ceux-là même qui dans les générations précédentes ont soigné la vigne. Cet hommage est aussi une belle façon de montrer que, par le passé, on savait déjà où étaient situées les bonnes parcelles.

 

109. La Cave des Vignerons de Saumur, Gamme des Lieux-dits, Les Villaises, avec un Saumur Champigny, montre un homme adossé à un fût, dans sa carriole tirée par un cheval.

 

110. Les Vignerons de la Noëlle à Ancenis ont choisi Les Champs Jumeaux comme lieu-dit pour leur Coteaux d’Ancenis Chenin avec ce commentaire « le terroir de poudingues apporte douceur et notes florales» La photographie montre des femmes avec une fillette en premier plan devant une cuve remplie de raisins et un homme au béret en arrière.

 

Peu de représentation du vigneron

Parmi les raisons avancées par des vignerons pour ne pas se mettre en avant, on peut citer une modestie naturelle à s’effacer derrière le vin ou le domaine, qui le plus souvent ne porte pas le nom de la personne ou un autre prénom, mais son père, sa mère, son grand-père, sa grand-mère, le beau-père, la belle-mère, le fondateur, un associé… Une grande majorité des distributeurs préfère aussi ne pas avoir la photographie du vigneron, soit parce que ce n’est pas un usage répandu, soit parce que les clients ne le demandent pas. Par contre, ils sont sensibles au fait que le vigneron vienne présenter et représenter ses vins aux clients connaisseurs. Le vin doit avoir un géniteur et le domaine un ambassadeur.

 

111. Pour un Quincy, Chantal Wilk et Jean Tatin ont choisi de mettre en lumière, le petit fouleur de raisin qui se trouve dans l’église de Brinay proche de leur domaine des Ballandors.

 

112. C’est ce qu’écrit Pierre-Jacques Druet à Benais pour ‘Les Cent Boisselées’ un Bourgueil, qu’il a « cultivé, récolté, vinifié, élevée et mis en bouteilles » pour montrer la continuité des taches faites par le géniteur du vin.

 

Le travail de la terre

Le positionnement du vigneron pour travailler sa terre

Utilise-t-il des produits chimiques ? Est-il membre d’un groupement, travaille-t-il en bio en étant certifié ou non ? La réponse est négative dans la plupart des cas. La question est tellement importante qu’elle scinde le monde du vin en autant de groupes qui se parlent peu. Une raison en faveur de dire la façon dont on travaille le sol, quel qu’il soit, est l’impact psychologique extrêmement fort de la synergie existant entre une plante vivante, comme la vigne, avec un sol vivant travaillé, afin que de leurs forces conjointes naissent un produit vivant, le  vin. 

 

- Certains, peu nombreux, choisissent de montrer le travail de la terre plutôt que de dire.

113. Jean-Marie et Thierry Puzelat, pour un Touraine ‘Le Brin de Chèvre’ ont reproduit un dessin rupestre saharien d’un homme guidant la charrue tirée par deux bœufs pour mettre en lumière la valeur universelle du travail de la terre dès l’antiquité.

 

- D’autres préfèrent se montrer, qui au volant de son tracteur, qui avec son chien partant travailler dans les vignes, qui conduisant son cheval lors des labours. Tracteur, chien et cheval sont des prolongements du vigneron. Ce sont Victor Lebreton pour un Sauvignon, Vincent Lebreton pour un Grolleau et Olivier Cousin pour un Chardonnay.

 

L’information concernant le travail de la terre

Elle figure rarement sur l’étiquette, pour une question de mot très souvent. D’un côté le vocabulaire n’a pas créé de terme acceptable pour désigner ceux qui utilisent des produits chimiques. D’un autre côté, le terme de vin biologique n’existe pas car seule la façon de travailler la vigne est codifiée. Les raisins peuvent être ‘bios’ mais pas le vin. D’autres raisons s’ajoutent à cette complexité. Comme la difficulté de créer des réseaux de distribution spécifique ou le fait que la classification en ‘bio’ n’est pas toujours favorable au vin tant il peut y avoir d’interprétation de la partition. Une   façon partielle est d’apposer un label garanti par un organisme indépendant (Ecocert, Qualité France…) qui atteste de l’origine biologique du travail dans la parcelle mais encore faut-il que le vigneron accepte le contrôle et le paiement de la redevance et continue le travail qualitatif au chai.

 

Le dire ou pas ? 

Une dernière raison qui est certainement plus importante que toutes les autres réunies repose sur le fait qu’on puisse être l’ennemi de produits chimiques de synthèse et être amené certaines années à en utiliser à très faible dose, de l’ordre de 10 fois moins que la pratique courante par exemple. Alors le dire ou pas ? Certains estiment la proportion de vignerons engagés dans cette nouvelle philosophie face à la terre, à la vigne et au vin s’élève à près de 70% ! La guerre des chiffres fait rage tant l’absence de certitudes est forte. La demande croissante en faveur de vins naturels – c’est la dénomination préférée par de nombreux vignerons- par les marchés export en Europe du Nord, en Allemagne et au Japon ne suffit pas à inciter tous ces vignerons à communiquer sur ce point sur la bouteille. Par contre l’acheteur professionnel et le distributeur en sont évidemment informés puisque c’est une caractéristique essentielle du vin, quoique seconde, la première étant que le vin soit ‘bon’.

 

En parler sur la bouteille

C’est un  des caractères forts d’identification des vins d’Expression mais ce n’est une condition ni nécessaire ni suffisante. C’est dire que tous les cas de figures existent. Il n’est donc pas simple de répondre parce qu’il faut distinguer la façon d’en parler, l’endroit où sera apposée la mention ou l’information. Pour exemple et sans aucune volonté d’exhaustivité : 

 

. Dans le clan des non sur l’étiquette, pour exemple parce que c’est le cas majoritaire :

- A. Michel Brégeon pour ses Muscadet,  Guy Bossard du Domaine de l’Ecu pour ses Muscadet, Pierre Soulez du Domaine de Chamboureau pour ses Savennières, Didier Dagueneau pour ses vins de Pouilly

 

. Dans le clan des « oui » sur l’étiquette, avec la mention « vin issu de raisins de l’agriculture biologique, certifié par Ecocert, Qualité France… » ou le sigle de Demeter :

- Jo Landron du Domaine de la Louvetrie, Alexis Sauvion du Château de la Fessardière, Mark Angeli de la Ferme de la Sansonnière, avec le sigle de Demeter sur le côté droit de l’étiquette…

                       

. Dans le clan des oui sur la contre-étiquette:

- Nicolas Joly, le plus pédagogue des vignerons : « ce vin provient de raisins jaunes foncés, liés à des rendements très faibles (autour de 30 hectos/hectare) et à des vendanges en 5 tries pour obtenir une maturité optimale./ Plus qu’un goût de fruit éphémère, nous cherchons surtout à exprimer par cette maturité la minéralité très complexe de nos terroirs./ Le Vignoble a choisi l’agriculture en biodynamie depuis 1980 et a exclu depuis cette date tous produits chimiques de synthèse, engrais chimiques, désherbants, etc, qui limitent l’expression de l’AOC./ Les qualités aromatiques du vin, sa complexité, son potentiel de vieillissement sont liés à ce choix et à la qualité exceptionnelle du lieu./En cave le travail est minimal : soutirage, batonnage et exclusion de toutes technologies (relevurage, aromatiques ou non, osmose, etc)./ Le vin est légèrement souffré et doit être carafé. / Servir à 14° environ. / Un léger dépôt est un signe de qualité. »

 

Autres pratiques en cours.

Une démarche globale avec certification, Terra Vitis, est mis en place sous l’égide des Chambres d’agriculture pour favoriser le développement d’une viticulture respectueuse de l’environnement du cep à la bouteille. La contre-étiquette de certains vignerons explique la philosophie.

- C’est le cas d’un Coteaux du Layon, le Grand Clos, du Domaine Leduc-Frouin qui reproduit en outre le logo de Terra Vitis : « Observer, Respecter pour Produire. » 

 

Les démarches collectives d’identification des terroirs en vue d’une reconnaissance des AOC communales    

Elles montrent que l’évolution est en marche pour valoriser le lien entre l’homme et la terre. Plusieurs programmes assortis d’un cahier des charges rigoureux sont en cours en Pays nantais, mais sans qu’il soit question de travailler en bio : Clisson, Château Thébaud, Gorges… La contre-étiquette est commune aux volontaires qui s’engagent à respecter une démarche qualitative « fruit d’un travail rigoureux tant à la vigne qu’à la cave… » : Outre A. Michel Brégeon avec le Gorgeois, Bruno et Marie-Françoise Cormerais à Clisson, d’autres vignerons se sont engagés dans ces démarches volontaires de groupe, comme Joël Charpentier du Château de la Guipière à Vallet ou Clair Moreau du Domaine du même nom à Château Thébaud…

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