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Le Blog d'Elisabeth Poulain

WBW8 > Les Habits du Vin d'Expression > La Campagne > Le Bois

8 Mars 2009, 11:42am

Publié par Elisabeth Poulain

Il est des paysages célèbres comme ceux de Sancerre comme nous l’avons vu dans le précédent billet sur les paysages sur l‘étiquette. Il en est d’autres de moins connus ou qui se limitent à un élément symbolique comme l’arbre le plus souvent. C’est ce que nous allons voir maintenant.   

 

La campagne

L’essence d’une campagne dénudée est difficile à faire ressortir. La donne change dès lors qu’il est possible de faire s’exprimer une des caractéristiques de celle-ci.

140. Certains vignerons choisissent de prendre du recul par rapport au village en nimbant les éléments symboliques du paysage, la vigne, le village et l’église, de la brume du petit matin. Il en ressort une atmosphère onirique remarquable pour le Chenin blanc de Vincent Orion, Domaine de La Barbinière, qui a travaillé sur la base d’une peinture d’Alexandre Lamotte, peintre vendéen de Vouvant.

 

141. Le paysage de François Plouzeau à Razines dans l’ancien vignoble de Richelieu au Domaine de la Garrelière pour ses Touraine Sauvignon et Cabernet Franc étonne par son ampleur et sa précision. Ces collines en pente longue à amplitude faible se déroulent de gauche à droite sans barrière ni obstacle, en symbole d’ouverture, de calme et de force.

 

142. Il est des paysages intimistes si précieux que le dessinateur les croque dans son carnet de voyage : tel est le nom d’un Saumur-Champigny ‘La Combe aux Fées’ de Lena Filliatreau.

 

Le ciblage d’un élément du paysage

Le paysage large, ample est peu utilisé par les vignerons pour plusieurs raisons. Une des plus évidentes est la difficulté de trouver un artiste qui ait cette capacité de voir large, en s’ouvrant vers l’extérieur. Une autre raison semble être d’ordre psychologique. Le vigneron a plutôt tendance à se tourner vers lui-même et se voir de l’extérieur pour inciter le spectateur à regarder dans sa direction, vers lui. C’est l’application du principe d’identification entre le vin et le vigneron. Le vigneron est son vin, le vin parle du vigneron, le vigneron est le mieux placer pour parler de son vin. Par pudeur, le vigneron n’aime trop pas se montrer. Pour parler de lui, il préfèrera détourner le regard vers sa maison, le château, le chai ou un détail architectural. C’est la raison pour laquelle, les portraits des vignerons figurent rarement sur les étiquettes. 

 

La taille de l’étiquette joue aussi en faveur de la focalisation sur un élément ou un détail du paysage : plutôt le plant de vigne que la rangée de vigne, plutôt une rangée que la parcelle totale, un mur du clos que le clos entier. C’est l’application de l’adage latin « pars pro toto », la partie pour le tout, qui offre de multiples avantages. Il a un effet loupe qui convient bien à des connaisseurs toujours en recherche du détail qui fait la différence. Le choix du détail est en soi un indice de culture supplémentaire. Il en va ainsi pour le repérage sur une façade d’une minuscule fleur de lys qui témoigne d’une influence royale (comme pour les vins du Château de l’Aulée sur leurs étiquettes) un peu à la manière de la coquille Saint-Jacques pour les pèlerins de Compostelle (vins du Domaine du Pèlerin). Il permet aussi un accès plus facile pour le néophyte débordé par la masse d’informations à voir. Cette tendance à la miniaturisation des signaux va de pair avec la diminution de la taille de l’étiquette et la volonté de plus communiquer.

 

L’alliance avec le bois

La forêt est difficile à visualiser. Par contre le bois, celui qui est proche de chez soi et qui n’effraie pas, est plus souvent présent à cause des lieux-dits, cette véritable mine d’or ou plutôt d’informations pour la communication du vin.

143. Le bruit du vent dans les branches offre de beaux noms de cuvée, ‘Le Chant du Bois’, sur fond de feuilles de lotus, pour un Anjou-Villages de Yves Guégniard, Domaine de la Bergerie à Champ sur Layon. Seule la couleur du vin est utilisée, sans lien avec le nom de la cuvée.

 

144. Certaines parcelles portent le nom d’un bois. C’est le cas pour la ‘Cuvée du Bois Bouquet’, un Pinot noir du Domaine de la Barbinière où l’on voit quelques arbres en bouquet entourant le socle d’un moulin en Vendée  dans une atmosphère mystérieuse.

                                                                                   

145. Christophe Baudry et Jean-Martin Dutour ont deux Chinon, Coteau des Chenanceaux et Coteau des Chénaies, pour lesquels, ils communiquent par deux chênes pour le premier et par seize chênes dans le second. Leur Chinon Domaine de la Perrière, Vieilles Vignes,  est orné de deux sapins. Dans ces deux cas, l’attention se porte sur la couleur du papier kraft, la sobriété contemporaine de la typographie et le dessin ‘style architecte’ des arbres.   

 

L’arbre est très souvent utilisé en raison de son pouvoir symbolique que nous retrouverons dans le Signe du Temps (Signe 6). Il a cette capacité à pouvoir s’exprimer dans tous les Signes que nous allons rencontrer. Le chêne est l’arbre préféré des vignerons. Il est élevé au rang de mythe et pas seulement pour l’usage qui en est fait en barrique pour l’élevage du vin. C’est la marque de la divinité, symbole de la force, la puissance physique et de sagesse spirituelle. Robur en latin désigne le chêne et la force. Pour les Celtes, il marque l’hospitalité.





 




146. Il peut prendre le nom d’un saint, comme ‘Le Chêne Saint-Etienne’ pour un Sancerre d’Henri Bourgeois, avec l’arbre en relief.

 










 

147. C'est aussi celui qui est planté dans la cour devant la mison pour bénéficier de son ombrage l'été ou commer totem protecteur. Jean-François Deniau, Domaine du Vivier, avec une vinification de Michel Gendrier, a placé, au centre de l’étiquette de son Cheverny et sous le blason, un chêne majestueux qui domine la longère.

 

148. En hommage toujours au chêne et à sa ramure protectrice, Eric Chevalier a choisi de  représenter le vieil arbre de plus de 250 ans, qui n’a pas résisté à la tempête de 1999, pour un Fié Gris, Domaine de l’Aujardière. Michelle Vétélé, sommelier, est la propriétaire de la parcelle et Eric Chevalier, œnologue, est le vigneron.

 

149. Le Chinon de  Charles Joguet porte un grand chêne vert pour le Clos du même nom.

 



Plus fréquemment, ce sont les lieux-dits
qui sont utilisés pour un domaine ou une cuvée. Dans les campagnes on leur donne parfois le nom du propriétaire du champ -le chêne devenu homme- et plus tard celui d’un domaine :

- Estelle Girault,  Domaine du Chêne Allaire à Neuville du Poitou, a sélectionné une feuille stylisée de chêne au trait en or à chaud, pour son Cabernet.

- les Grands Chênes pour un Saumur des Vignobles Louis Luneau,

- les Trois Chênes pour un Touraine de Vincent Ricard,

- les Chênes ronds pour le Quincy de Joseph Mellot sur une étiquette ovale.

 

D’autres arbres sont utilisés, comme l’olivier associé à la paix et à l’espérance, dans le mythe biblique quand il s’agit d’un rameau d’olivier porté par une colombe. Le cèdre représente, la force et la pérennité et a la faculté d’exprimer la spiritualité.


150. Pour ses Touraine, Les Devants de la Bonnelière, Marc Plouzeau a choisi le cèdre qui veille depuis plusieurs centaines d’années sur le château. Pour le Cabernet Franc, le cèdre est légèrement rouge clair saumoné.

 

La matière ‘bois’

Le bois, cette fois-ci, est aussi présent dans les étiquettes, non sous la forme d’une forêt ou d’un arbre mais dans sa matière,

- en sélectionnant une étiquette incurvée en bois de peuplier pour un Muscadet Sèvre et Maine sur lie d’Yves Provost,

- en donnant en plus un nom de cuvée-bois à une étiquette en bois de petite taille, Ebène pour un Saumur-Champigny du Domaine Fouet. L’étiquette est en bois veiné foncé et l’écriture en argent à chaud,

- par la couleur rouille et la forme ovale de l’étiquette pour l’Ardile, un Saumur élevé en fût par Franck et Ingrid Bimont du Domaine des Guyons.

D'autres arbres portent d'autres symboles, comme l'olivier associé à la paix et à l'espérance, dans la symbolique biblique quand il s'agit d'un rameau d'olivier porté par une colombe. Le cèdre, quant à lui, représente la force et la pérennité. Il a aussi la faculté de représenter la spritualité. 

150. Pour ses Touraine, Les Devants de la Bonnellière, Marc Plouzeau a choisi le cèdre qui veille depuis plusieurs centaines d'années sur le château. Pour le Cabernet Franc, le cèdre est légèrement rouge clair saumonné. 

Le bois
Il est aussi présent sur l'étiquette, non sous la forme d'un bois ou d'un arbre, mais par sa matière: 
- en sélectionnant une étiquette incurvée en peuplier pour un Muscadet Sèvre et maine sur lie d'Yves Provost, 
- en donnant un nom de cuvée-bois à une étiquette de petite taille, Ebène, pour un Saumur-Champigny du Domaine Fouet, 
-  par la couleur rouille et la forma ovale de l'étiquette pour l'Ardile, un saumur élevé en fût par Franck et Ingrid Bimont du Domaine des Guyons.   

  

Transition du Signe de L’Homme (1) vers le Signe de Terre (2)

La richesse de ce Signe premier qui englobe l’homme, la vigne et le paysage en fait le Signe majeur du pouvoir d’expression par la bouteille. C’est l’homme qui fait le vin et qui s’exprime par le vin. Sans lui, il n’y a rien. Entre le vin d’exception, boisson des Dieux réservé à quelques initiés et le vin de séduction, c'est-à-dire entre le très haut et une banalisation telle que le vin prend le risque de perdre son identité, il y a le vin exprimant une personnalité. C’est celui-là qui est porteur d’ouverture et de sens. Et ce sont les quadras d’âge ou de cœur qui ont redécouvert à leur façon cette vérité essentielle qui se poursuit avec le Signe de Terre.

 

 

Dialogue imaginaire entre Eli, l’auteur sérieux forcément, et Isi, son double impertinent et rieur.

Isi : Tu ne crois pas que tu exagères un peu !

Eli : Pas du tout, au contraire. Il n’y a que le sens qui donne vie à ce qui nous entoure ; sinon ce ne sont plus que des objets ou des boissons inertes, qui nous amusent dans un premier temps et nous oppressent ensuite, en nous faisant perdre notre spiritualité. C’est dur de refuser la tentation du toujours plus : plus d’abondance, plus de rentabilité, plus de laisser-faire parce que « les autres le font bien ». Il faut de la rigueur, de la réflexion, avoir une haute idée de soi et des autres.

Isi : Ça ne colle pas à l’image du vin.

Eli : Mais si, au contraire parce que les plus belles satisfactions viennent de tout ce qu’on a fait avant pour avancer, sans se perdre. Et en plus, tu rencontres des gens habités par la passion et c’est d’autant meilleur.

Isi : la suite, la suite…

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