Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Les exportations françaises de vin, entre chiffres et interprétations

9 Mars 2009, 18:33pm

Publié par Elisabeth Poulain

Plusieurs lectures sont toujours possibles lorsque sortent les statistiques du commerce extérieur français. C’est vraiment l’histoire du verre à moitié vide qui sert toujours.  Quelques modes opératoires se dégagent sur les façons d’accrocher le lecteur  en jouant surtout les cartes négatives, tout en relativisant tout.     

 

Ière façon, donner un titre négatif

C’est le cas des Echos (19.02.2009) dans son supplément Entreprises & Marchés : « Vins : première érosion des exportations depuis 2005 ». C’est vrai, le recul est de 0,3%. Diable, effectivement qu’aurait dit la journaliste si le recul avait triplé ? On aurait parlé d’effondrement ? Disons à sa décharge que ce n’est pas forcément elle qui donne le titre final.

 

2è façon : faire ressortir le négatif dans la balance

La journaliste poursuit en précisant que les ventes de vin en dehors des frontières ont certes augmentées de 4,7% en valeur mais baissées de 10,5% en volume.

 

3è façon : s’y perdre entre valeur et volume

On apprend que les ventes sont très différenciées par grand bassin, avec des prix très élevés pour Bordeaux. Après on ne sait plus. Les vins de table auraient progressé de 7%. Ces deux bons résultats contribuent évidemment à changer les moyennes. Surtout quand vous lisez la suite : gros recul (c’est moi qui emploie ce terme) pour la Bourgogne –11,7%, Beaujolais –9,4%, Val de Loire, -9,3%     

 

4è façon : se désoler de ne pas voir les records se poursuivre indéfiniment

Il suffit de comparer la situation actuelle avec l’année la plus haute pour montrer combien les chiffres les plus récents ne  sont pas bons : « il (le Champagne) n’a pas établi de nouveaux records l’an dernier». C’est ce qui s’est passé, le Champagne avait connu ces dernières années des hausses impressionnantes.

 

5è façon : contrebalancer toute information

Toute information doit pouvoir être lue de plusieurs façons différentes : 1 = les exportations diminuent, 2 A plus de X milliards d’euros (votre esprit dit beaucoup),  elles subissent un léger recul (un mot négatif, le recul, mais léger, c’est à dire faible, donc ça atténue) de 0,3% (oui, c’est vrai), après une hausse (c’est bon) record (hyper-bon).

 

6è façon : ne pas donner trop d’infos sur la source

Pour faire durer l’information plus longtemps, ne pas donner de datation précise sur l’info utilisée et parler plutôt de l’an dernier plutôt que de dire 2008. Ne pas citer la source (le rapport de la FEVS) et  donner seulement deux fois la parole à l’interviewé, Claude de Jouvencel, président de le FEVS,

. la Ière fois pour lui laisser dire que le vin et les spiritueux représentent 182 Airbus (= 2è rang des exportations),

. la 2è fois que cela va aller mal en 2009: « la nette dégradation de nos résultats sur le dernier trimestre 2008 ne fait que préfigurer la situation attendue sur 2009 ».   

 

La question

A l’énoncé de tant d’infos contradictoires et/ou complémentaires,  que retenez-vous ? Tout dépend de ce que vous cherchez et voulez prouver. Vouloir interpréter des moyennes de moyennes ne vous apportera rien, si ce n‘est à mal commencer votre journée. D’ailleurs c’est la journaliste elle-même qui vous le dit ; elle parle « d’évolutions différentes selon les produits (= vins), voire trompeuses ». Non, les chiffres ne trompent que ceux qui le veulent bien. Par contre dire que les évolutions sont contrastées, ce serait mieux. C’est bien pour ça, que ce genre de présentation aussi condensée est globalement inutilisable par une entreprise qui cherche à se lancer ou à se développer à l’export. Tout dépend de savoir quels sont ses atouts, sa stratégie et les opportunités que lui ouvrent les marchés en ces temps de déstabilisation. La réponse dépend de la question.

Commenter cet article

Iris 11/03/2009 09:46

Bien vu, Elisabeth. Je suis ces articles aussi avec un agacement montant. Ils sont égalés par l'autre sujet fétiche de la presse ces derniers mois, qui rélatent dans un style très proche les dernières "études et recherches" sur les méfaits des boissons alcolisées, presque toujours raméné au "verre de vin" et copieusement illustrés de photos du petit ballon de rouge. Là, même confusion sur les sources et les chiffres et même pratique, d'interpréter des données statistiques  dans le but d'un titre accrocheur, qui attire par le "danger", qu'il évoque.

Elisabeth Poulain 11/03/2009 10:13


Salut Iris,
Ca fait plaisir d'avoir de vos nouvelles. Ce genre d'articles sur les stats du commerce extérieur m'agace aussi prodigieusement. Jusqu'ici, je n'en parlais pas parce qu'il y a trop de choses
qui m'énervent. Mais je me suis rendue compte qu'il faut dénoncer ce type d'iinfos, sans contexte d'évolution, sans contexte d'enytreprise, sans contexte de prix et de distribution...
En fait c'est de la fausse information non pas en soi mais telle qu'elle est présentée dans la presse. Elle fait sens évidement pour la Fédération des Vins et Spiritueux.