Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

WBW9 > Les Habits des Vins d'Expression > Le Signe de Terre

13 Mars 2009, 11:02am

Publié par Elisabeth Poulain

>  L’ancrage dans la terre


Petit rappel 

Nous sommes dans le Signe de Terre, qui suit le Signe de l’Homme. Tous deux appartiennent au Cycle fondamental des vins d’Expression. Dans le chapitre précédent, j’ai choisi de  montrer comment certains vignerons expriment leur personnalité dans leurs vins, tout en étant le plus souvent des gardiens du concept de terroir qui est une des bases du système français d’appellation. Contrairement à beaucoup, je n’oppose pas la vision française des vins à la conception dite du ‘Nouveau Monde’. Il est une troisième voie qui réunit des vignerons qui savent imprimer leur individualité et leur fort degré d’exigence dans un système réglementaire très contraint. Ils sont des ‘locomotives’ en terme de qualité dans une appellation.

 

Sans l’homme, partout dans le monde, la vigne aurait continué à produire des petites baies appréciées des renards. C’est lui qui par ses facultés d’observation et de travail opiniâtre au fil des saisons a su transformer le jus de raisin en vin et le vin en une boisson digne des Dieux. C’est du moins ce qu’on pense depuis l’aube des temps. Rien que ça !    

 

Pourquoi parler de la terre après l’homme ? Pourquoi en faire un signe distinct ?

Parce que c’est dans la terre que l’homme s’ancre comme la vigne pour puiser sa vitalité et sa typicité. Le Signe de Terreest si fort qu’il désigne tout à la fois notre planète, notre richesse, notre environnement, notre mère… C’est elle qui nous donne notre identité de terrien. Notre histoire est fondée sur ce Signe patrimonial à l’extrême. Les générations d’une même famille qui se succèdent au même endroit ne disent pas autre chose. Quand le lien à la terre fait défaut, il manque quelque chose. C’est le sens de la question ‘ d’où êtes vous’ ? Surtout quand on est vigneron de « père en fils » depuis des générations mais aussi quand on choisit de s’installer. Un vin sans terre est aussi inimaginable qu’un homme ou une femme sans père ni mère. A cet ancrage dans la terre, il faut associer ses partenaires que sont l’eau, le ciel et la lumière, ces quatre éléments qui font de la vigne et du vin, une plante et une boisson incomparables, les plus chargées en symbolisme que l’on puisse imaginer. Ces 4 partenaires feront l’objet des billets suivants.  

                       

L’ancrage dans la terre

Le lien est fondamental tout autant que le travail d’un vigneron pour faire du vin. Il a fallu laisser faire le temps pour que se développent de nouvelles façons de procéder plus respectueuses de la terre, des plants, du raisin et des hommes. Comme nous venons de le voie, ces novations portent des noms variés mais qui ont au moins en commun la défense du patrimoine « Terre », sa capacité à se régénérer et à produire du raisin sain, en magnifiant le résultat. Les deux dernières décades ont permis en outre de connaître scientifiquement la nature des terroirs. Des vignerons ont à cœur de rendre hommage à cet élément essentiel par nature en mettant en lumière certaines composantes des sols qui se prêtent plus à la visualisation que d’autres, la roche en particulier. Le mouvement a été lancé par des vignerons engagés parmi les plus grands. Le vin est le sang de la terre.

 

201. Didier Dagueneau le montre d’une façon incroyablement forte. Il communique au premier degré avec son Pur Sang, un Blanc Fumé de Pouilly, en montrant le pelage sous lequel palpite une veine gorgée de sang. 

 

La visualisation de la roche

 

202. C’est aussi ce grand vigneron qui a donné à son Pouilly-Fumé Silex la forme épurée d’une pointe de flèche taillée à l’époque préhistorique.  

 

203. Guy Bossard du Domaine de l’Ecu, avec un Muscadet S&M sur lie,  Expression de Gneiss, montre la roche de chaque côté de l’étiquette haut-gauche et bas-droit ; les mentions sont prises en tenaille entre les deux roches.

 

204. Victor et Vincent Lebreton du Domaine de Montgilet reformatent la roche en encadré pour Les Trois Schistes, un Coteaux de l’Aubance.

 

205. François Chidaine a coupé le haut de son étiquette verticale en biais pour visualiser Les Choisilles, un Montlouis sur Loire.

 












206. Amphibolite Nature a la tête d’un loup au Domaine de la Louvetrie de Jo Landron qui a nommé son Muscadet S&M sur lie ainsi parce que l’amphibole est l’un des constituants du granite et nature pour dire que la vinification se fait sans chaptalisation.

 

La sélection d’un des constituants du sol

Il est possible aussi de donner un nom de cuvée lié à un des constituants du sol pour éveiller l’imaginaire.

 

 



207. Pour son Turonien Vouvray sec, Alexandre Monmousseau, Château Gaudrelle, a sélectionné une ammonite. Il s’agit d’un coquillage fossile de l’ère secondaire à coquille cloisonnée et enroulée sur elle-même dont le nom vient du latin Corne d’Amon. Ce coquillage est caractéristique de la craie blanche du Turonien.

 




208. Les élèves du Lycée viticole de Montreuil-Bellay ont dessiné leurs étiquettes en forme d’ammonite pour leur Saumur ‘Cuvée des Hauts de Caterne’ à étiquette bleue (Cabernet franc, donc rouge). C’est un choix doublement pertinent : le sol de Montreuil-Bellay en contient et le lycée s’inscrit dans un parc en forme d’ammonite reproduite sur l’étiquette avec ses allées !

 

D’autres pistes sont explorées pour indiquer, non pas la nature du sol, mais sa datation dans le cycle de formation de la croûte terrestre. Il suffit parfois de donner l’emplacement précis du plant de vigne pour indiquer un vin différent.

 


209. C’est le pari géologique réussi de Jacky Blot,
Domaine de la Butte, avec son Bourgueil ‘Haut de la Butte’ (en craie jaune du Turonien supérieur), son ‘Mi-Pente’ (en craie micacée du Turonien moyen) et le ‘Pied de la Butte’  (en craie blanche du Turonien inférieur). Trois vins parce qu’il y trois sols différents, c’est possible quand la parcelle exceptionnelle couvre douze hectares d’un seul tenant en coteau plein sud.          

 

L’ancrage par le nom

Le choix entre le nom du vigneron, le nom de domaine imposé ou choisi n’est pas neutre et apporte des indications sur l’ancrage. Une étude faisant le lien entre le nom des vignerons apporterait certainement de nombreux éléments intéressants, comme c’est le cas avec Madame Laroche du Domaine aux Moines Roche aux Moines à Savennières


Il est possible aussi de visualiser le lien qui existe entre l’homme et sa terre dans une démarche forcément globale qui oblige à tout prendre par le début. 
 

 

                                                               
210. Thierry Germain du Domaine des Roches Neuves nomme une de ses cuvées de Saumur-Champigny ‘Terres Chaudes’, Champigny venant de campo et ignis, le champ et le feu en latin

 

211. Un des Saumur  de ce vigneron l’Insolite’ fait ressortir par une graphie très contemporaine le SOL du Domaine, en jouant de trois couleurs de terre pour figurer la tour constituée par les éléments constitutifs de la cuvée et montrer  le lien avec la chaleur du soleil. 

 

Le nom de domaine

Il est porteur de sens, même si  les vignerons sont le plus souvent tenus par le nom déjà donné :

- la Roche Renard pour le domaine d’Isabelle et Philippe Denis pour un Muscadet Sèvre et Maine sur lie, qui fait référence à une des composantes du sol aux reflets fauves et non pas à l’animal le plus craint des poules du poulailler devenu l’emblème du domaine,

 

- le Domaine des Rochelles de Jean-Yves et Anita Lebreton, en aire d’appellation Coteaux de l’Aubance, Anjou-Villages Brissac,

- le Château de la Roche pour le domaine de Louis-Jean Sylvos en appellation Touraine,

- le Domaine des Cailloux, pour un Touraine-Mesland de Jean-François Gabillet 

 

212. ou la couleur de la roche pour le Clos Roche Blanche de Catherine Roussel et Didier Barrouillet pour un Touraine la Closerie,

 

Le nom de la parcelle

La façon la plus courante de parler de la terre est d’utiliser le nom de la parcelle comme nom de cuvée. C’est la logique de la réglementation de l’appellation qui joue. La vente en direct au chai a accentué le phénomène pour élargir la gamme des vins à offrir à la vente. C’est aussi une façon de faire ressortir la typicité de chaque vin. Les exemples sont si nombreux qu’il serait impossible de tous les citer. On peut par contre les classer d’une façon très pragmatique selon que le lieu-dit évoque la nature du sol ou un autre trait caractéristique, avec une distinction selon que le sens est perceptible ou non à ceux qui ne sont pas originaire du lieu. Quelques exemples de parcelles indicatives sur la nature du sol :

 

213. un Muscadet Sèvre et Maine sur lie des Vignerons de La Noëlle, porte le nom du lieu-dit ‘Butte de La Roche’, avec ce commentaire « le terroir sableux sur roche magmatique apporte intensité, fraîcheur et élégance »,

 

- Les Sables pour un Savennières du Domaine des Baumard,

- La Roche pour un vin de Table du Domaine des Griottes,

 


214. ‘Champ de la Pierre’ pour un Anjou Gamay du Domaine Richou, sur une étiquette stylisée qui relève  maintenant la signature graphique de la maison.

 

215. ‘Ardoisier’ est un Méthode traditionnelle rouge du Domaine de Montgilet des Frères Lebreton qui communique par sa couleur gris-ardoise,

 

216. Terre de Fumée est le nom du Sauvignon blanc en Coteaux du Giennois d’Henri Bourgeois, avec une carte de l’aire d’appellation accrochée à la Loire au-dessus de Sancerre et de Pouilly et l’indication Terroir de Silex 2005 de l’autre.

 

Pour suivre le chemin

Voir les 8 billets précédents. A suivre le prochain billet dédié au lien avec l'eau, toujours dans le Signe de Terre qui forme le chapitre 2 du Monde à travers la bouteille de vin.    

Commenter cet article