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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Main et regard de céramiste et d'artiste, Anne-Marie Donaint-Bonnave

9 Avril 2009, 18:06pm

Publié par Elisabeth Poulain

Cette artiste a deux prénoms, deux noms et au moins deux professions artistiques. Deux au moins parce que dans ce domaine, elle pourrait en revendiquer d’autres comme formatrice et scénographe. Anna-Marie Donaint-Bonave adore transmettre et regrouper autour d’elle des publics très différents pour leur découvrir des savoirs à partager ou à faire s’exprimer avec la main. Aller à la rencontre des autres artistes est aussi une des premières démarche qu’elle a faite à son arrivée à Angers en Anjou, venant de Lille. Elle a recherché les artistes ouverts comme elle et veulent partager et échanger. Anne-Marie est une rassembleuse solitaire. Depuis, elle continue sa route. Elle revient de Villeneuve d'Ascq (Lille) où elle est allée inaugurer sa dernière exposition  "Carnets de Bol"autour de ses derniers travaux de terre, pastel et acrylique.

 

Les carnets de terre

Imaginez des carnets à spirales, format 10 x 18, dont vous pourriez détacher chaque feuillet de terre. La forme est obtenue par l’utilisation d’un cadre ; chaque feuillet possède 15 trous sur une des largeurs, pour reproduire le style des feuilles papier et pouvoir ensuite être accroché au mur avec ficelle et cordes à linge.

 

Le feuillet, réalisé dans ces feuilles d'argile mine,  est cuit très rapidement à basse température (+ ou - 1000°) et subit ensuite un enfumage, des caches et des argiles de couleurs différentes. Chaque page est donc une création originale, l’œuvre d’un instant court qui s’inscrit en même temps dans une série longue d'une petite centaine par expo. Juste avant la solidification en phase de refroidissement, quand la pâte est encore modelable, Anne-Marie passe le bombée d’une cuillère ou une agate sur la surface de façon à avoir un lissé doux à la main. Une fois l’argile refroidie, elle enduit légèrement la surface de  cire d’abeille de façon à protéger le feuillet, renforcer les couleurs et obtenir un satiné perceptible à l’œil et à la main.

 

Les bols

« Cette série s’inscrit dans une démarche que j’ai commencée il y a plusieurs années. Quand j’étais encore étudiante à Paris en Arts appliqués, j’ai fait une découverte qui m’a profondément marquée. C’était au Musée Guimet, j’ai vu des bols, ces concentré de volumes et de pleins qui s’inscrivent dans la main, avec des courbes qui répondent à d’autres courbes. J’ai eu un déclic et c’est certainement une des raisons qui m’ont fait travailler la terre. A l’époque, je ne connaissais pas toutes les symboliques de ce contenant (voir le bol tibétain). Cela me le rend encore plus sympathique aujourd’hui.

 

Le bol est quelque chose de très fort. En français, il ne porte aucune signification négative. On dit qu’on est cruche quand ça ne va pas  ou qu’on a du bol quand on a de la chance.  Le bol est quelque chose qui rassemble, il fédère les gens. Il est déjà en lui une clé de rencontres. Des gens par exemple m’ont donné des textes, on m’a apporté des dessins de bol de façon spontanée.  C’est comme ça que j’ai demandé aux artistes avec lesquels je partage quelque chose, de bien vouloir me faire des bols. J’en ai une centaine maintenant ».

 

L’exposition de Villeneuve d’Ascq

A un moment, elle a craint, comme tout artiste, de s’enfermer dans son bol en cédant à une certaine facilité de l’habitude. Il lui a semblé qu’il ne lui fallait pas se polariser dessus. Et puis très vite, elle compris qu’il ne sert à rien de s’interdire. Le bol est un de ses fils rouges. S’il est présent et se continue à se dérouler, pourquoi arrêter. Il ne l’empêche pas de faire autre chose.

 

A Villeneuve d’Ascq, la céramiste a lancé l’opération dessine moi un bol’ en se disant que ce serait un bon test pour voir si les visiteurs étaient aussi sensibles qu’elle à ce mythe. La réponse est oui. C’est ce que lui a annoncé le médiateur culturel quand elle lui a demandé comment ça se passait. Comme la salle est grande (120 m2, 3,50m sous plafond), des câbles ont été tirés de part et d’autre, sur lesquels les dessins de bol des visiteurs adultes et enfants sont suspendus. Ils sont déjà pleins, il a fallu tendre 3 câbles de plus.

 

La technique du raku pour les bols

Les bols qu’elle façonne et cuit sont issus de la technique du raku. « C’est un mode de cuisson céramique rapide qui a été inventé au 6ème siècle lors de la codification de la cérémonie du thé au Japon. On rentre les pièces avec des pinces dans la four à chaud. Après 40 minutes à une température à 950°, on défourne  la pièce incandescente et on l'enferme avec de la sciure, du foin ou du papier journal qui dégagent du carbone en s’enflammant. La terre va absorber ce noir. C’est une technique minimaliste et qui donnent des résultats rapides intéressants au contraire de la cuisson dans de grands fours qui nécessitent beaucoup de technicité ». C’est la raison pour laquelle Anne Marie Donaint-Bonave organise des stages de raku à Villevêque près d’Angers.  

Celle des terres polies enfumées pour les carnets

C’est une technique encore plus minimaliste que celle du raku. « Après avoir beaucoup utilisé les grands fours, j’ai voulu revenir à plus de simplicité, on peut même dire à dire du basique. Il me fallait de la spontanéité pour alléger la technique. C’est ce que j’ai utilisé pour les carnets. C’est un peu ce que ferait un grand cuisinier avec un oeuf au plat. La terre polie enfumée est un croisement d’une grande liberté, de travail au pinceau pour les noirs et de l’aisance technique du céramiste ».

 

Que ce soit dans cette voie de la céramique ou dans celle de la peinture, Anne-Marie Donaint-Bonave aime à mêler les genres et à brouiller les cartes. Elle ne voudrait pas être cataloguée dans une seule technique, ni un seul art. ce serait pour elle une perte de sens et de vitalité. On le lui reproche au nom de la visibilité de l’artiste. Pour elle, la création est forcément issue d’un chaudron bouillonnant. On n’est pas céramiste pour rien et l’art de la rencontre de la terre et du feu, elle maîtrise. C’est aussi certainement pourquoi, elle cherche d’autres voies d’expression, en jouant cette fois-ci les effets de transparence.

 

La recherche de la transparence

Une des œuvres maîtresses qu’elle a exposée à Angers lors des visites de son atelier a pour titre « vent léger ». C’est un diptyque de grandes dimensions (170 x 43cm x 2) aux harmonies fines, aux lignes en mouvement avec un effet profondeur curieux. Comme il y a deux panneaux, Anne-Marie a cherché aussi à avoir deux surfaces, une dessous, celle du tableau peint à l’acrylique sur une toile de transat rayée, et une autre au dessus constituée par un voile léger, que l’on imagine soulevée délicatement par un « vent léger ». C’est le titre de cette œuvre qui se situe dans le cadre d’une recherche de la transparence et d’un travail sur l’espace.

 

L’espace est un autre fil rouge de cette artiste qui revendique sa capacité à ne pas se laisser brider dans un seul genre, un seul art, un seul style. Elle ne veut pas être catégorisée ni être enfermée dans une seule définition. Elle qui sait travailler des petits bols à la taille des deux  mains réunies dans le geste d’offrande, elle aime quand elle a ses pineaux à la main faire de grandes toiles à la présence forte. Ses bols font alors 100 x 100cm. Cette fois, c’est la couleur qui éclate, un rouge comme celui qui est issu d’un brasier.

 

La danse

Et on se surprend à penser qu’il y plusieurs points communs entre la boule d’argile pétrie qui devient bol, la boule mise à plat qui est feuillet où laisser son empreinte, une boule devenue carnet qui une fois repliée devient un tube creux , la toile qui reproduit le feu à l’origine de la création, le vent qui fait bouger les toiles de la création et la transparence qui  jour à compléter la pesanteur du bol en main, sans oublier les tiges de fer sur lesquels Anna-Marie Donaint-Bonnave a enfilé des tubes d’argile, comme autant de bambous noirs au-dessus  desquels volent des dessins de bols suspendus à des câbles par des pinces à linge.

 

A Villeneuve d'Ascq, pour structurer l’espace dédié à l’expo, Anne-Marie, la scénographe, a placé des grandes tiges de métal pour soutenir des cylindres d'argile cette fois-ci noircis, comme autant de réponses à ce qui se passe sur les murs. Des formes rondes, vides, qui s’empilent pour former des bambous d’argile, qui parlent à des feuillets posés au mur dans l’attente de la réaction des visiteurs, qui vont dessiner des bols. Il y en a déjà près de 300 à flotter dans l'air.   

 

Pour suivre le chemin

. à voir le site d’Anne-marie Donnaint-Bonave : www.donaintbonave.com

. L’exposition de « Carnets de Bol » est visible jusqu’au 24 avril 2009 à la Galerie de l’Atelier 2 à l’Espace Francine Masselis, ferme Saint Sauveur, Avenue du Bois, Villeneuve d’Ascq, 03 20 05 48 91

www.atelier-2.com

. Anne-Marie Donaint-Bonave est présente à une importante expo de livres à Chartes "Délires de Jivres "jusqu'au 4 mai.
Photos AMBD  

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