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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le nouvel ordre alimentaire mondial

27 Avril 2009, 17:40pm

Publié par Elisabeth Poulain

Cette fois-ci, il ne s’agit pas de demander à une personne ou à une famille comment elle mange. Il s’agit de déterminer les styles de vie en matière de nutrition aux Etats Unis à partir de l’offre des industriels de l’agro-alimentaire (IAA) de ce marché. Parler de ce qu’aimeraient ou devraient manger les Américains et non pas ce qu’ils mangent réellement. Il faut dire que l’étude est sérieuse. Une enquête sur les nouvelles tendances de consommation aux Etats-Unis a été faite à la demande des industriels auprès des consommateurs, dans un but d’ajustement entre l’offre et la demande.     

 

Les tendances en matière d’innovation alimentaire

Elisabeth Sloane, spécialiste dans la recherche de l’innovation alimentaire, met l’accent sur les  10 grandes tendances révélées par l’enquête :

 

  1. Dining in : revenir  manger à la maison le soir pour se préparer une nourriture plus adaptée à ses souhaits.
  2. Foodie talk : savoir parler de plats différents et différents avec d’autres, tout en découvrant d’autres cuisines du monde (méditerranée, asiatiques…) et valorisants. 
  3. Next generation beverage: goûter les nouvelles boissons (eaux pures super-oxygénées, soda sans calorie, énergisant, pour le sport…)
  4. Sense appeal : découvrir les innovations alimentaires (goût, texture, packaging, couleur)
  5. Snacking sharing : utiliser les nouveaux snackings faciles à manger à tout moment.
  6. Form and functions : prendre de plus petites portions, avec moins de calories, faciles à utiliser (surgelés, kits de cuisine, boissons énergétiques).
  7. Seriously healthy pour plus du tiers des consommateurs : manger plus de légumes et de fruits, des fibres, de protéines, de bonne graisse, des Omega 3 en particulier pour les seniors.., 
  8. Local motions pour plus du tiers des consommateurs : attacher une dimension environnementale à la nourriture de proximité, de terroir…
  9. Doing without : utiliser de plus en plus les produits sans, sans graisses, sans sucre, sans gluten…et chasser les mauvaises graisses.
  10. Kidding around : sélectionner la nourriture adaptée pour les enfants (santé +, bio, vitamines et minéraux +). C’est la plus forte des tendances.

 

A lire ces 10 tendances, que découvre-t-on ?

Manger,  ce n’est pas seulement ingérer de la nourriture, comme on met de l’essence dans une voiture.  Manger, c’est partager un moment, avec d’autres si c’est possible pour en parler ; partager un espace qui peut être public, comme c’est le cas au restaurant ou qui relève du domaine privé, ici c’est l’appartement ou la maison. Une des tendances du marché américain est cette re-découverte du chez soi pour préparer son alimentation et mieux manger. Il n’est pas dit qu’il y a un repas tel que nous le concevons, ni que les personnes se mettent à table ensemble à une certaine heure, ni qu’on prépare une recette de A à Z. Le snacking et le tout préparé sont là pour le rappeler.

 

Manger c’est aussi partir à la découverte. L’accent mis sur la recherche du nouveau est présent dans plus de la moitié des tendances: nouvelles cuisines, nouvelles boissons, innovations, portions, produits + (vitamines, minéraux, bio), produits – (graisse, sucre, gluten, allergènes). Le lien avec le partage avec des mots apparaît ici à nouveau. C’est en effet plus facile de parler à d’autres de ce qu’on mange quand on découvre de nouvelles cuisines et de nouveaux plats. On retrouve là la dimension très dynamique de l’industrie agro-alimentaire nord-américaine dans le domaine des innovations. On compte en moyenne plus de 3 000 nouvelles boissons par an. Si la cuisine ne se fait plus à la maison, il n’est pas étonnant non plus qu’elle se fasse autre part, au restaurant ou en magasin prêt à l’emploi.

 

Manger est un acte individuel qu’il appartient à chacun d’assumer. Chaque âge a ses produits (bébé, parent pour l’enfant, ado, femme enceinte, senior) et ses boissons ; chaque activité a les siens (boissons et barres pour le sport), chaque espace les siens (gobelet à boisson tout en marchand, nourriture à manger en voiture…) ; chaque instant est occupé par un produit ou une boisson (nourriture et boisson ambulatoire). La vision du + et du – est particulièrement présente. Selon l’objectif visé, il s’agit d’ajouter ou d’alléger ou de panacher. Il est aussi un choix sociétal particulièrement quand on décide d’acheter ‘local’ pour diminuer le transport et alléger la pression sur l’environnement. Du quantitatif, on passe au qualitatif avec déjà une idée de ‘terroir’. Mais on ne parle réellement de bio que pour les enfants.  

 

La facilité d’usage est un des musts de l’achat alimentaire préparé ou prêt à cuire. Cette facilité induit un certain style de vie, basée sur la possibilité de manger ce qu’on veut, au moment où l’on veut, sans avoir de temps d’attente, sans avoir les connaissances, le matériel ou l’espace disponible pour préparer cette nourriture et en l’absence d’une personne dédiée à la prise en charge de la fonction de nutrition du groupe. Sans aussi avoir besoin des autres, pour manger ensemble. Quand tout est pré-programmé pour manger seul, pourquoi voulez-vous se réunir à plusieurs. Par contre, dés lors que vous préparez le repas, l’idée de la faire aussi pour les autres vous incite à changer vos habitudes. Pour les industriels, il pourrait y avoir un risque de désaffection de la part des acheteur-e-s. Pour contrer cette tentation, ils proposent sans arrêt de nouvelles facilités d’usages pour justifier l’innovation, le packaging, la publicité, la création de valeur et l‘augmentation du prix. De quoi faire bouger le marché et damner le pion aux concurrents ! D’où aussi la nécessité de faire cette enquête avant l’ouverture du salon IFT à Chicago.         

 

L’amélioration ou le maintien de la santé est certainement le point commun de ces tendances, pour les célibataires, les couples sans enfants, les personnes vieillissantes et les parents qui veulent lutter contre l’obésité de leurs enfants. Ce sont les seuls consommateurs à être nommément cités.  A l’exception des femmes enceintes, les femmes ne le sont pas. Ce sont pourtant elles qui sont les plus soucieuses de leur ligne. Visiblement pas au point d’avoir une nourriture spécialisée pour elles. 

 

Le différentiel  

Entre la réalité de la pratique alimentaire aux Etats-Unis et l’offre des industriels

Manger aux Etats-Unis est toujours une aventure intéressante. Pour un Français, tout change, les heures, les usages, le fait de manger seul, le rôle essentiel que jouent réfrigérateur et congélateur dans une famille (on ouvre et on prend), l’absence de repas programmé ensemble, la notion même de repas, les dimensions des plats, l’importance du sucré, du doux et du pimenté, sans oublier l’importance très  grande de la communauté/classe à laquelle on appartient, de l’Etat dans lequel on se trouve, de la différence entre la campagne et la ville… La segmentation marché/produit est née aux Etats-Unis, on le constate tous les jours.

 

Etats-Unis, France = différence  ou ressemblance ?

A nos yeux de Français, comparer « les » façons américaines de manger à celles qui se dégagent de la pratique en France serait un non-sens. Les uns ont la réputation de très mal manger alors que tout dépend de l’endroit où on est, avec qui, comment…Les autres (= nous) déclarent posséder la meilleure cuisine au monde. Le problème est que les Chinois aussi, qu’il n’y a pas de plat emblématique mondial, comme l’est la pizza pour l’Italie ou le sushi pour le Japon, et que surtout aussi tout dépend de l’endroit où on est, avec qui, comment…

 

Alors comment dire que les points de ressemblance sont plus forts que les différences ?

Cela paraît vraiment difficile. Et pourtant, c’est le cas. Avec cette étude d’Elisabeth Sloan et reprise par LSA, on ne peut que constater qu’est maintenant très visible l’existence d’une nourriture mondiale existante aussi bien aux Etats-Unis qu’en France. Reprenez les 10 tendances et vous retrouvez *l’importance du dîner, le seul repas en semaine où parents et enfants se retrouvent, *la diffusion large des plats préparés surgelées de toutes les cuisines du monde, *l’essor des nouvelles boissons, *les innovations pratiques continues, *l’explosion du grignoter à tout moment, *le prêt à manger, *le local et le terroir (et pour nous le bio, plus que le local qui ne fait que démarrer), *la vogue du sans, *la vogue du plus (avec une différence, chez nous, c’est plus pour les seniors que les enfants).

 

La naissance d’un ordre alimentaire mondial

Cet ordre alimentaire nouveau a une diffusion mondiale. Ceci n’est pas un hasard. Au départ, il y a la diffusion de la recherche médicale sur les grandes pathologies des pays riches, là où il y a des parts de marché à prendre pour les ‘majors’ américaines ou à capitaux cosmopolites, implantées dans le monde entier. Celles-ci se calent sur les nouvelles demandes des marchés, qui eux-même évoluent très rapidement sous l’effet de l’action des gouvernements qui mettent en application les recommandations des organisations internationales et en particulier de l’OMS.

 

Vous prenez donc l’OMS, les organisations régionales comme l’UE, les Etats membres comme la France d’un côté, ça c’est le politique. Vous prenez aussi les innovations des grandes entreprises agro- alimentaires qui sont diffusées très largement dés lors que les marchés d’implantation de leurs filiales sont prêts à les accueillir. Suivent les décisions politiques qui modifient les réglementations; les mises sur le marché des nouveaux produits alimentaires s’accélèrent dés lors qu’il y a une demande, quitte à la créer. Entre les deux, se trouvent les consommateurs qui vivent de plus en plus à l’heure mondiale, qui est toujours l’heure américaine.

 

Et c’est ainsi que naît une nouvelle façon planétaire de se nourrir. Rappelons que pour la France, l’aventure a commencé avec l’arrivée du Coca Cola lors du débarquement des soldats américains venus nous libérer ; Mc Donald ne s’est implanté qu’en 1979 à Strasbourg. Mais à la surprise de l’état-major américain, la France est devenue un des marchés le plus solide d’Europe. N’oublions pas non plus que les meilleurs prescripteurs du Mc Do ont été les grands-parents pour faire plaisir à leurs petits enfants. Actuellement, la chaîne au clown continue à poursuivre sa progression et ne connaît pas la crise. Pour rassurer sa clientèle française, la filiale France a ajouté des salades vertes et des fruits frais. Le marché ( = nous) a répondu OK ! 

        

Pour suivre le chemin

. Sur le Dr Elisabeth Sloan, présidente de « Sloan Trends & Solutions », voir aussi le lien entre le sucré et le pimenté pour les boomers,

http://www.boston.com/news/globe/ideas/articles/2007/10/07/some_like_it_hot/

. L’enquête a été faite avant l’ouverture de la Food Expo d’IFT (Institute of Food Technologists),  qui est un grand événement annuel qui se passe à Anaheim en Californie :  www.am-fe.ift.org/             

. Vous trouvez aussi des informations dans LSA sur ce qui se passe en France:

http://www.lsa.fr/les-americains-reequilibrent-leurs-menus,14105

. En France, voir surtout le Cabinet XTC, pour Xavier Terlet Consultants, qui possède la Ire base de données mondiales dans le domaine des IAA

http://www.xtcworldinnovation.fr/default.asp?id=36

. Lire aussi « Drôles de goûts » de Bénédicte le Guérinel et Xavier Terlet, Glénat pour découvrir des produits amusants 

. Photos EP: hamburger-galettes bretonnes+ frites, nuggets de soja pub du magazine Biocontact n° 190 -avril 2009, XTC écran, la 1 de couverture de "Drôles de goûts".

 

 

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