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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Jacques Tati, François Rabelais et moi

10 Mai 2009, 11:07am

Publié par Elisabeth Poulain

J’aurais bien aimé écrire Jacques, François et moi. Le problème est que j’aurais été la seule à comprendre. Donc, je fais comme il faut, mais toujours avec l’objectif clairement avoué de brouiller les pistes.

 

Jacques Tati, vous le connaissez. On vient abondamment de parler de lui, pour une bonne et mauvaise raison. La bonne a été de rappeler que cet homme grand était déjà, avant beaucoup d’autres, un visionnaire humaniste éclairé et complètement inclassable. Pas un homme parfait, comme on l’entend aujourd’hui. Mais un être en avance sur son temps, qui voyait des choses que nous ne voyions pas avant. Vivant aussi autrement. Rouler en solex était déjà plus qu’un pied de nez à la bonne société. Un bourgeois n’utilisait pas ce moyen de locomotion, un homme non plus. On laissait ça aux jeunes filles.  La mauvaise raison a été de transformer une photo de lui, au style décalé et classe, si ‘british’, pour faire jouer le buzz médiatique pour une expo et renforcer la paranoïa dés lors qu’il y a atteinte à la culture française.  Grâce au tam-tam, vous connaissez maintenant tous la nouvelle bobine de Jacques. Il a un moulin à vent en rhodoïd dans le bec au lieu de sa pipe. Un fada, quoi.

 

Tout ça pour, soi-disant, observer la réglementation européenne applicable au tabac. L’UE n’en a jamais demandé autant. Rappelons que la loi ne peut être rétroactive. Une photo, datée d’une époque antérieure à la parution de la réglementation, ne peut être bidouillée pour faire de la com, en plus soi-disant pour observer la loi. C’est une atteinte à l’image et donc à la personne en vertu de la propriété intellectuelle.

 

Heureusement que ce principe de non-rétroactivité existe. Il faut s’en féliciter. C’est un des gardiens de la solidité de notre système juridique. Si non, en restant dans le domaine de la culture, il faudrait fermer une grande partie du Louvre, faire des autodafés de livres d’art qui montrent le nu, restreindre l’accès de la Bibliothèque nationale au public parce qu’il y a des livres qui parlent d’ivresse, réécrire l’histoire...

 

Olla, François ? Est-ce que tu te sens visé ? Toi qui a beaucoup vanté le plaisir de boire, un peu, plus ou franchement plus que de raison raisonnable, surtout à nos normes actuelles. Je m’interroge gravement. Peut-on dire impunément : buvez toujours, mourrez jamais, ou en langue rabelaisienne : Beuvez tousjours, Vous ne meurrez jamais, comme je le lis au-dessus et en-dessous de ton portrait sur la bouteille de Chinon de Jean-Maurice Raffault, récoltant à la Croix, Savigny en Véron. On comprend bien ce que tu veux dire. Mais crois-tu que ce soit raisonnable de prôner l’ivresse, à ton âge ? Je te rappelle que tu as… Attends que je calcule. Ca va être difficile, surtout quand on ne connaît pas ta date de naissance, entre 1483 et 1494. Au mieux, tu avais 51 ans quand tu as écrit Gargantua. Si non, plus. Tu te rends compte, tu es pourtant donné en exemple aux collégiens pour leur montrer la vitalité de la rupture d’avec le long Moyen-Age, l’époque où on brûlait les sorcières et chassait tous ceux qui étaient différents. 

 

Et moi là-dedans ? Le seul point commun est mon admiration pour eux. Tous deux sont inclassables. L’un, François, est une des sommités de la littérature française, un grand humaniste de la Renaissance. Il fut tour à tour ou en même temps étudiant, franciscain, bénédictin, médecin, curé, écrivain, philosophe, jongleur verbal, jouisseur et grand buveur. Un formidable exemple d’une plénitude humaine impossible à enfermer dans une case. Une vie difficile aussi, en prenant beaucoup de risques.  Les carriéristes existaient aussi en ces temps là ! L’autre, Jacques a su voir dans la société française des caractères si profonds qu’ils sont devenus maintenant emblématiques de notre identité. Ce cinéaste, d’origine française, russe, néerlandaise, italienne, a d’abord été encadreur, puis tour à tour ou en même temps acteur, cinéaste, producteur, sociologue, jongleur d’images… Il prenait tous les risques, sans attendre le succès, toujours mieux apprécié à l’étranger, en particulier en pays anglo-saxons, qu’en France.              

 

Pour suivre le chemin

Lire l'excellent article de Pierre Assouline sur son blog:
passouline.blog.lemonde.fr/2009/04/13/tati-nom-dune-pipe/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Tati

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Rabelais01.jpg
Photos, Blog Pierre Assouline pour Tati, Wikipedia pour le portrait de Rabelais, EP pour l'étiquette 

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