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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La pollution de la Loire = un phénomène globallisime = la glopollution

4 Juin 2009, 15:36pm

Publié par Elisabeth Poulain

J’entends déjà certains me dire que j’aurais pu me satisfaire de global, qui par définition englobe le tout. Mais il m’aurait manqué l’idée que cette globalité est aussi au moins importante que la pollution elle-même. C’est la raison pour laquelle je parle de glopollution, un terme que je viens d’inventer. Quand je dis que la Loire est un bel exemple de pollution globalisime,  c’est vrai à plusieurs degrés. La Loire est belle, c’est vrai, sa pollution aussi ou plutôt sa dimension de modèle reproductible dans le domaine des pollutions aussi. En Loire, chacun sait que la pollution existe, on la voit parfois, on la sent de temps en temps. On l’oublie souvent. Et surtout on n’aime pas trop en parler comme si, cela faisait mauvais genre ou comme si ce n’était pas sympa pour la Loire elle-même, ses habitants ou la Région. On l’occulte toujours quand on pense vacances, culture et sandre au beurre blanc. Curieux phénomène mental d’invisibilité à volonté.  

La diffusion d’un fait isolé de pollution

De temps en temps aussi se produisent des faits qui parfois donnent lieu à des informations qui se diffusent via la presse et qui, pour certaines d’entre elles, vont être repris en boucle par les différents médias. Mais pas tous les faits, ni toutes les infos, seulement certains et certaines et le plus souvent toujours les mêmes.  

Le cas Total

Prenez l’exemple de la pollution de l’estuaire de la Loire et des deux rives, la droite surtout et la gauche un peu, à la hauteur de la raffinerie de Donges, appartenant à Total, à la suite d’une fausse manœuvre lors d’une opération de nettoyage. Le fait est non-contestable, l’information  a été très rapide et la fréquence de la diffusion de l’information absolument incroyable. Toute la France et plus savait que l’eau de l’estuaire de la Loire était polluée.

 

L’information était renforcée par la présence de photos de la raffinerie. Les photos doublent ou plus encore la force de cette info, comme si la nappe de fioul était quasiment aussi grande que la superficie de la raffinerie multipliée par la hauteur de toutes ses tours cumulées. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu des photos de cette échappée involontaire de fioul. Et là déjà, on peut se poser des questions sur le traitement de l’information. A un moment où tout un chacun a un appareil numérique et peut diffuser des photos, où il existe des photographes professionnels qui peuvent louer dans l’heure des avions légers pour prendre des clichés, cela étonne vraiment. Par contre, la boucle entre la Loire, son estuaire, l’eau, le fioul, Donges, Total d’un côté et la pollution de l’autre était faite.          

 

La pollution de l’eau

Remarquons aussi que seule l’eau a été visée par l’information diffusée. La terre des rives et les fameuses* vasières qui sont des viviers qui recèlent des trésors pour la bio-diversité n’ont pas été englobées par le dire sur cette pollution, comme si poser l’équation «  fioul + eau =  pollution » était acceptable, mais pas celle qui toucherait la terre des rives. Ca, on n’en parle pas. C’est vraiment curieux.

 

La pollution de la terre

Et pourtant, faites donc l’essai sur une mini-surface de terre et voyez combien de temps il va falloir à la terre pour se régénérer. Je peux vous donner la réponse : si longtemps, que la seule solution utilisée actuellement par les experts de la dépollution pour nettoyer des sites industriels pollués pendant des décades est d’enlever cette terre contaminée et de la brûler. (Une question : que fait-on des cendres ?  J’espère seulement qu’on n’en fait pas un substratum pour l’édification des routes). Donc on enlève la couche polluée et on la remplace par de la bonne terre fraîche qu’on pollue à nouveau. Well, c’est tellement énorme que cela en devient ubuesque.

 

Maintenant replacez cet exemple au niveau d’un pays ou de la partie la plus dense d’un pays. C’est le cas du Delta aux Pays Bas, qui fait partie avec le Japon des deux pays au monde qui connaissent le ratio nombre d’habitants/kilomètre carré les plus forts. La terre y est si pourrie par les activités humaines (logements + industries polluantes + circulation + rejets de toutes sortes) qu’il faut l’enlever et y poser à la place de la terre (propre). 

 

La vision de l’eau

Revenons à nos moutons et retrouvons la Loire. Ce grand fleuve charrie de l’eau, tout le monde le sait. Il constitue aussi le plus grand bassin versant de la France (1/5). Pour sa chance, il ne traverse pas les régions les plus économiquement actives du pays. Voyez la finesse avec laquelle ces choses là sont dites. En tant que fleuve, il draine non seulement l’eau de pluie mais toutes les eaux fluviales et les eaux souterraines. Tout ce qui se déverse dans le fleuve y provoque une réaction. Il est aussi le réceptacle de tout ce qui est répandu sur la terre quelque qu’en soit l’origine, naturelle ou humaine, bonne ou nuisible. Il recueille aussi directement et indirectement tout ce qui est envoyé dans l’air.

 

Or le lit d’un fleuve n’est pas un simple tuyau étanche dans lequel coule de l’eau qui se retrouverait plus propre à la sortie qu’elle n’était à l’entrée ou en un point quelconque de son parcours. On garde en tête une idée de l’eau qui nettoie toute la saleté. Un peu d’eau et la saleté s’en va. Et puis l’eau, ça bouge, ça ne reste pas. Elle est là et part vers la mer, le grand nettoyeur s’il en est. L’eau d’un fleuve fait corps avec son socle, ses rives et son environnement proche et plus lointain. Toute action ou omission sur – dans - autour du fleuve, directement ou indirectement, dans l’eau - la terre - l’air se répercute sur - dans - par le fleuve. Tout agit et réagit en se cumulant en synergie positive parfois, négative au de-là d’une certaine dose, même quand cela n’est pas toxique au départ. 

 

C’est dire  que l’estuaire de la Loire recueille non seulement l’eau de ses affluents mais aussi toutes les pollutions qui s’y regroupent, qu’elles proviennent des rejets des industries, des autres activités économiques, de la circulation, de la navigation, des habitations…   

 

Les informations sur les pollutions en provenance de l’estuaire de la Loire

Il y a donc celle directe de l’eau par du fuel dans le cas cité, à laquelle il faut ajouter celles de l’air et celles de la terre. La question de savoir s’il y a pollution ou non dépend évidemment de l’information donnée. Quand il n’y en a aucune, trois  explications viennent  à l’idée : soit il n’y en a pas, soit il y en a, soit c’est autre chose. Penser que l’absence d’information vaut non-pollution ou absolution pour pollution ne paraît pas possible.   Listons donc quelques connexions :

 

. pour l’eau de la Loire:

-    Total cité mais non cité pour la terre des rives,

-        aucun rejet cité en provenance de Loire Atlantique, ni pour les villes – Nantes  est la 6è ville de France forte de 300 000 habitants -, ni pour les entreprises industrielles, ni les activités économiques,

-        rien à signaler pour EDF qui utilise l’eau de la Loire pour fabriquer de l’électricité,

-        aucun rejet signalé pour les gros navires qui remontent la Loire pour accoster à Cordemais (EDF) ou à Nantes (Port de Nantes),

-        rien pour les rejets d’eau usée,  

-        rien pour les affluents directs, ni pour les marais qui subissent de fortes pressions immobilières en proximité …  

 

. pour l’air en relation avec l’eau,

-        curieusement personne n’en a parlé alors que l’info était disponible sur le site de la

      DRIRE (émission d’un nuage de dioxyde de soufre au port de Saint- Nazaire  en novembre 2008),

-        rien sur les fumées résultant du brûlage du charbon par EDF pour créer de l’électricité (le charbon est utilisé pour 50%, le reste vient du nucléaire qui rejette de l’eau chaude en Loire),

-        rien pour les autres activités industrielles et économiques (7 sites Seveso en Loire Atlantique) 

-        rien de cité au titre des villes,

-        rien au titre de la circulation et des transports automobiles, forts entre Nantes et Saint-Nazaire La Baule

 

. pour la terre en relation avec l’eau

-        C’est le vide abyssal, comme si tous les intrants agricoles n’existaient pas dans l’estuaire ou comme si la terre n’était pas polluée par les activités humaines, à commencer  par la pollution de la terre par l’air, le CO2 des voitures, camions…

-        On ne mentionne pas non plus le dragage incessant de la Loire, qui est une action

      mécanique extrêmement violente et doublement perturbante.  Les vases qui sont

      extraites sont essentiellement constituées d’argile qui a la capacité à stocker des

      particules physico-chimiques issues en particulier des différentes pollutions. Le 

      dragage incessant provoque le phénomène du bouchon vaseux qui opacifie l’eau,

      freine la diffusion de la lumière dans l’eau et stocke en les concentrant les pollutions.

 

Question : à votre avis que fait-on des résidus du dragage. Qui en veut ? = Personne

Donc pour s’en débarrasser, la solution trouvée par les fameux experts est de reverser ces vases gênantes au large en mer à quelques kilomètres de l’entrée de l’estuaire.  Well, ne faut-il pas alors poser une autre question : sous l’effet du mouvement incessant de l’eau et des interactions entre la mer et le fleuve, n’est-on pas en train de polluer à son tour notre pauvre mer, en la considérant toujours et encore comme une poubelle.  En attendant cette vase pas très propre ne doit pas faire du bien aux fonds marins et peut être revenir dans l’embouchure. Qui sait ? 

 

Glopollution, oh oui mais il n’y a pas que ça !

 

Pour suivre le chemin

. Pollution Total du 16 mars 2008, par rejet de 400 tonnes de fuel lors de la fissuration d’un conduit ; voir ntamment

http://www.meretmarine.com/article.cfm?id=107244 avec une photo de navires à quai et l’indication que ces bateaux ne sont pas impliqués dans le sinistre ;

http://lachaineverte.fr.msn.com/actualites/article.aspx?cp-documentid=7933176

http://www.lexpress.fr/actualite/environnement/total-pollution-au-fuel-dans-la-loire_633315.html où il est précisé que la valeur résiduelle restée en Loire a été de 10 m3 environ et qu’une première fuite a eu lieu le 16 mars, 2 jours avant.

* Je parle des fameuses vasières parce qu’elles ont fait l’objet d’une analyse fine de la part du GIP Loire Estuaire : « Elles abritent jusqu’à 10 000 vers, crustacés et mollusques par mètre carré » 02 51 72 93 65, gip@loire-estuaire.org, www.loire-estuaire.org  

. Voir toute la série des billets que j’ai  consacrée au développement durable de l’estuaire associé à l’industrialisation, ainsi que le rapport du CESR sur ce blog et en particulier le billet n° 1

1 Le développement durable, l'estuaire de la Loire 2008 entre problématiques et prospectives  

. Le groupe de citoyens chargé par la Région de donner son avis sur cette thématique, dont j’ai fait partie, s’est exprimé fortement et clairement contre la poursuite de la pollution et tout particulièrement contre l’accès du Port de Nantes aux navires de haute mer parce qu’ils nécessitent ce fameux dragage continuel et dispendieux. Notre proposition a été de recommander le déchargement des marchandises ou des conteneurs à Saint-Nazaire et à leur chargement à bord de barges ou de feeders comme cela se passe de plus en plus dans les ports d’Europe du Nord.

. Un prochain billet traitera du saucissonnage de la Loire, qui nuit à la prise en compte du développement durable et de la réduction réelle de la pollution.

. Photos EP  pour la vue de l'estuaire à partir du pont de Saint-Nazaire, du port et de la raffinerie et d'une vasière qui a du mal à mériter son nom et Cristelle Coicaud pour le dévasage d'un bras de la Loire à Rézé.   

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