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Le Blog d'Elisabeth Poulain

DD11 > Faire le bonheur des gens > un film de Catherine de Grissac

30 Juin 2009, 07:47am

Publié par Elisabeth Poulain

Ce billet constitue le 11è d’une série consacré au Développement durable (Sustainable Development), dans son volet social. Faire le bonheur des gens’ apparaît en guillemets dans l’annonce de la programmation du film réalisée par Catherine de Grissac.
Ce titre aurait mérité trois petits points pour suggérer la partie manquante, « malgré eux ?». Mais la réalisatrice est trop fine et préfère suggérer le questionnement sans m^me mettre un point d’interrogation. Catherine de Grissac a réalisé une série d’interviews dans le quartier de Malakof qui a fait l’objet d’une profonde rénovation en l’an 2 000. Son parcours : 20 ans éducatrice spécialisée à Nantes et l’envie de devenir réalisatrice ; ce qu’elle a fait avec ces témoignages de personnes touchées par l’opération d’envergure de renouvellement urbain qui a visé 4 200 habitants.

 

L’opération débute par des interviews entremêlées d’habitants, d’élus et des professionnels concernés. Le quartier dispose de nombreux atouts. Il borde la Loire, se trouve juste en face de l’Hôtel de Région, et est proche de la Gare et donc du Centre. 

Les habitants, le plus souvent des femmes âgées, expriment leur attachement au quartier. Au départ, ils se sentent peu concernés par cette volonté affichée d’établir un dialogue « on n’a pas grand chose à dire. C’est toujours beau sur le papier avec ces couleurs ». 

 

Pour les élus, il est urgent d’intervenir pour éviter un repli du  quartier sur lui-même. Ils rapportent des propos peu amènes sur la réputation de ce  quartier dégradé. L’office HLM confirme l’existence de 300 appartements vacants alors qu’il y a des milliers de demandes. Selon le directeur du Grand Projet, il était temps d’intervenir avant l’incendie ; il faut se donner les moyens d’agir en douceur pour établir un dialogue avec les habitants concernés. L’objectif premier est de « construire et de démolir à l’échelon de la ville » et non pas en se focalisant sur le seul quartier. D’où ces nouvelles voies de circulation pour relier le quartier au reste de la ville.

 

Et ces réactions d’habitants qui expriment leur peur devant ces nouvelles rues qui vont traverser le quartier : « on ne va plus se sentir chez nous ». Une charte du relogement est mise au point pour détailler les droits au relogement dans un autre quartier des locataires. Des difficultés surgissent. Il est parfois difficile de répondre aux souhaits de ceux qui sont touchés directement par le relogement. Les craintes de ne pas trouver aussi bien sont clairement exprimées : « il y a loin du rêve à la réalité » explique une jeune femme, (dite‘la jeune femme aux oiseaux’). Elle déclare : « ça serre le cœur. On propose à une dame de 82 ans un logement loin des commerces, avec peu de bus».

 

La réponse des officiels : « il faut laisser du temps au temps, laisser s’exprimer les inquiétudes et prévoir aide psychologique et aide matérielle ». La tension monte contre cette mixité dont on rabat les oreilles aux habitants. Un monsieur : la mixité, ça veut dire quoi ? Des Bourgeois, des Parisiens qui vont venir à notre place et nous on doit partir ? Une dame : « la vraie mixité, je vois mal les nantis venir au milieu de la masse prolétarienne. ». Une autre dame : « c’est triste quand même de détruire une tour pour mettre un rond-point. »  

 

Une responsable sociale intervient dans le débat : « la participation des habitants est un mythe. Je préfère qu’on parle d’information des habitants en leur disant la vérité ». La concertation prévue leur laisse quatre choix de relogement.  « Beaucoup râlent mais ne viennent pas aux réunions pour autant. Sur 40 personnes aux réunions, dit une dame, il y a 20 officiels ». Ils dénoncent pêle-mêle le manque de temps, le fait que le projet est bien lancé, le fait de ne servir à rien, le fatalisme de ceux qui ne savent pas se défendre, la réunionnite…

 

En réponse arrivent des commentaires du responsable du Grand Projet : « les gens n’exercent pas leurs droits ». Il développe sa vision de la démocratie locale, qui repose un état de fait pour accroître la citoyenneté. Son adjointe complète en disant qu’ « il faut rendre le projet plus compréhensible ». 

 

Les réactions de la salle
Les questions et ou commentaires de la salle sur le film qui a vivement intéressé les spectateurs serrés dans une salle du Centre Tati, quartier Belle Beille à Angers (49, Maine et Loire)

-        la résistance au changement, le fatalisme subi, le décalage entre la vision des décideurs et le ressenti d’exclusion des habitants, la peur des habitants, l’écart culturel, l’absence de médiateur culturel, beaucoup de bavardage de la part des décideurs,  

+     des gens se bougent, ce dialogue n’existait pas avant, il y a eu relogement,            

 

=   la réalisatrice apporte des précisions sur les conditions de la réalisation des interviews dont le montage a été délicat et long puisqu’elle n’intervient jamais en direct. Elle doute de la réalité de fameuse démocratie participative : les gens n’ont pas eu le mode d’emploi. Ce n’est pas de la vraie participation. Il y a toute une pédagogie de la concertation à mettre en place.  

 

La démocratie participative (DP)

Un dialogue s’instaure sur les chances de succès de la DP. Pour la majorité des participants au débat, il faut un certain nombre de conditions : 

-        la concertation doit se prévoir très en amont,

-        éviter de dire « ces gens-là »,

-        ne pas faire le bonheur des gens sans une demande de leur part,

-        il faut faire ensemble, recréer du lien social,

-        avoir une bonne connaissance des populations concernées à Malakoff: 40% de chômeurs, beaucoup n’ont pas leur carte d’électeurs, seuls 67% l’ont ,

-        l’urbanisme doit créer de la fluidité fonctionnelle, c’est la seule qui fonctionne …


CEMEA

La soirée a été organisée par cette association qui a pour objet la promotion de l’Education nouvelle. Les membres interviennent dans des champs variés : l’école, l’animation, le travail social, la petite enfance, l’accompagnement culturel. Elle organise des Cafés pédagogiques en lien avec des collectifs d’associations. La soirée  a eu lieu le 15.01.2009, en présence de l’auteur, de deux dames membres de CEMEA et d’un public qui remplissait la salle.  


Pour suivre le chemin

  http://www.film-documentaire.fr/Faire-bonheur-gens.html,film,14627

 


Malakoff, cité HLM nantaise, construite de 1967 à 1971, a une situation privilégiée en bordure de Loire et proche du centre ville. 11 tours et 5 barres courbes appelées "bananes" se partagent ce territoire enclavé entre Loire, voie urbaine et voies ferrées. En 2000, ce quartier est choisi pour bénéficier d’un Grand Projet de Ville (GPV). Objectifs : désenclaver pour relier le quartier au centre ville, démolir et réhabiliter pour requalifier l’habitat, diversifier les constructions afin de créer la mixité sociale, renouveler l’équipement urbain... Début 2004, la banane "Pays de Galles" se vide. Cette barre sera "déconstruite" : fenêtres et portes récupérées puis tout le bâtiment démonté. Les habitants de la tour "Sicile" s’apprêtent à déménager et suivront ceux de la tour "Portugal". Ce film raconte un moment de l’aménagement d’un territoire urbain d’habitat social. Comment la décision est-elle prise ? Quels en sont les enjeux ? Qu’entend-t-on par mixité sociale ? Qu’en est-il du "faire pour" et du "faire avec" ? Comment habitants, aménageurs et acteurs sociaux vivent cette transformation ?

. Ciné Femmes, à découvrir sur :  http://www.fragil.org/focus/525

 

. CEMEA: http://cemea-pdll.org/-Qui-sommes-nous-

. Le Centre Jacques Tati à Angers, Belle Beille : http://www.centrejacquestati.fr/

 

. Opération Malakoff, à voir sur http://www.nantesmetropole.fr/1147254279225/0/fiche___article/

. Malakoff aujourd’hui avec un diaporama et la carte du nouveau quartier de face duquel se construit le nouveau pont au dessus de la Loire:

http://www.nantesmetropole.fr/34870880/0/fiche___pagelibre/

Un film de Catherine de Grissac, 2004 - France - 52 minutes - DV Cam . Faire le bonheur des gens sur

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