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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Regard d'un homme vrai, Steinlen, peintre de la vie, la rue, la guerre

3 Juillet 2009, 16:07pm

Publié par Elisabeth Poulain

Un homme engagé

Théophile Alexandre Steinlen, dit Steinlen, a été un peintre pleinement engagé dans son époque (1859-1923). Né à Lausanne, il est venu à 23 ans à Paris, alors considérée comme une

 

 

des capitales de l’art. Il s’installe à Montmartre où il a vite fait d’abandonner sa vision bourgeoise de la vie en société et du monde de l’art. Né dans une famille originaire d’Allemagne, il comptait un grand-père enseignant en dessin à Vevey et un oncle qui fut l’élève de Charles Gleyre.

 

Sa vie d’artiste, au service de ses idées humanistes et politiques

D’abord étudiant en théologie pendant 2 ans à la Faculté de Lausanne, il choisit en 1879 le chemin de l’art, d’une façon déjà iconoclaste. Pour entrer en art, qui va former son engagement de vie, il se forme au dessin d’ornement industriel à Mulhouse, dans l’Alsace allemande, un haut lieu de l’industrie lourde.  2 ans plus tard, cette fois-ci marié, il rejoint à Montmartre la bande du Chat noir, le célèbre cabaret dirigé par Rodolphe Salis.

 

A Montmartre

C’est pour promouvoir ‘La Tournée du Chat noir’, que Steinlen réalise la plus célèbre de ses affiches, une lithographie en deux couleurs, rouge et noire, éditée en 1896 sur papier brun. Affichiste, un métier très contemporain, à la rencontre entre création d’art, publicité et promotion commerciale, sera une des facettes d’un homme qui toute sa vie dira ce qu’il pense, de la satire politique, la critique sociale, d’un monde dur aux miséreux, comme le dit une chanson d’ Edith Piaf. A Montmartre, il travailla en particulier avec Toulouse-Lautrec.

 

 

Le graphisme, le dessin, le pastel  

Il fut aussi illustrateur du Mirliton, la revue d’Aristide Bruant qui reprit et modifia le nom du Chat noir. Il réalisa une centaine de dessins. Pour le Gil Blas Illustré, il fit plus de 700 dessins pour illustrer des textes d’écrivains. Toujours en alerte, il a dans sa poche un carnet sur lequel il prend quelques notes, sa mémoire visuel faisant le reste. De retour chez lui, il crée des croquis de rue. Par exemple il fait paraître en 1901 ‘Cent dessins en couleurs’, encre de chine et crayons de couleur, un véritable travail d’ethnographe, selon le critique Alcide Bonneau, ainsi qu' un chercheur plein de tendresse pour ces travailleurs, avec toujours un regard un peu décalé, un grand sens de la composition et du mouvement.

 

La vie, la rue, les chats, les chiens

Il sait aussi intuitivement trouver des titres qui sont des trouvailles. Le  recueil de croquis s’appelle par exemple ‘Dans la vie’, par une ellipse où ce qu’il voit dans la rue est ce qu’il perçoit de la vie. En 1901, c’était un choix politique fort. Tout lui fait dessin, comme on dit ‘tout lui fait ventre’. Il dessine des livres pour enfants, se voit en chat ronronnant enveloppé en lui-même. Son monogramme s’inspire d’un graphisme de chat, mâtiné d’influence orientale. Comme un

 

 

 

certain nombre d'artistes, il est fasciné par le chat, qui regarde, guette et griffe. Mais c’est surtout le chien qui, dans la rue, représente le petit peuple qui discute après le turbin, avant de revenir à la maison. Dans ‘Les Quatre Pattes’, ce sont eux les véritables héros. Ils sont neuf dans le froid de la nuit à montrer la solitude de la nuit l’hiver. 

 

« Il faut agir. Le monde ne va pas ainsi qu’il devrait aller… »  

Alors  Steinlen va à l’important. Il collabore avec ‘Le Chambard socialiste’ un hebdo socialo-anarchiste. Il s’engage politiquement et sur le plan artistique. Sa première exposition personnelle (1894) comprend plus de 300 œuvres à la Galerie de la Bodinière à Paris.  La citation de Steinlen  date de 1898, l’année du « J’accuse de Zola » en première page de l’Aurore (300 000 exemplaires vendus).

 

La France, la Suède et Picasso

Il obtient la nationalité française en 1901 et fait cette année-là, son seul grand voyage à l’étranger. Quant à Picasso, c’est lui qui vient à sa rencontre lors de sa première venue à Paris. Les choses s’accélèrent. Le monde de l’art explose ; chaque année voit un nouveau chef d’œuvre, de nouvelles tendances, de nouveaux noms surgir : Les demoiselles d’Avignon 1907, Le Cubisme1908, Ière aquarelle abstraite Kandinky 1910, Malevitch 1913 avec le Carré noir sur fond blanc, Roue de bicyclette, un ready-made de Marcel Duchamp … 

 

1914, c’est la guerre

    

 

Steinlen affiche ouvertement sa haine de la guerre. Son profond pacifisme se traduit en centaine de dessins montrant la réalité de ce charnier qui fit dix millions de morts et causa des souffrances sans nom dans la population civile. En 1916, comme le peintre est trop âgé pour s’engager, il part au front et va voir la troupe épuisée, la réalité de mort, de faim, de froid dans les tranchées. Montrer pour dénoncer ce massacre. Il fit des milliers de dessins qui parurent dans la presse.   

 

1923

Steinlen meurt  d’une crise cardiaque.

 

Pour suivre le chemin

. J’ai eu la chance de découvrir, par hasard, l’exposition « Steinlen, l’oeil de la rue », au Musée d’Ixelles (Bruxelles). Cette très importante exposition qui montre des pièces rares, a été organisée conjointement avec le Musée cantonal de Lausanne (Suisse) et l’Atelier et les archives Steinlen. Une découverte majeure pour moi. 

. Voir
- Infos Ixelles n° 78, 01/05 > 31/05/09,  

- la plaquette de l’Expo n° 4 d’où sont extraites les principales informations,

- aussi Wikipedia, qui citent d’autres sources
- et surtout lisez l'Assiette au Beurre du 14.07.1901 dont tous les dessins ont été réalisés par l'artiste sur
http://www.assietteaubeurre.org/14juill/14juill_f1.htm
      

               

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