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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le bestiaire du vin > L'âne > 1

7 Juillet 2009, 09:43am

Publié par Elisabeth Poulain

Traduction

C’est le Ier billet d’une série qui s’intitule le bestiaire du vin et l’âne est celui qui débute la série. Pas parce son nom débute par un ‘a’ mais parce que cela fait cinq mois maintenant que je pense à lui. Moi qui pense être une rapide, je m’étonne parfois de prendre tant de temps. Pour paraphraser le baron de Coubertin, je dirais, au lieu de ‘l’important c’est de participer’, l’important c’est de le faire.

 

Saint-Martin versus Dyonisos

Pourquoi commencer par l'âne. Pas parce tout le monde va penser à l’âne  de Saint-Martin (317-397) bien sûr qui fonda l‘abbaye de Marmoutiers près de Tours, qui, si bête - l’âne - qu’il était, apprit à un grand homme intelligent dont on parle encore six siècles après, à tailler la vigne. A dire vrai, il aurait fallu que j’écrive ‘à brouter la vigne’. Mais on peut être un grand homme, un saint par surcroît, et avoir des quenottes pas terribles, celles d’un homme tout simplement. Imaginez vous essayer de manger des chardons comme si c’était un pur délice ; en fait on pourrait penser à un supplice pour être plus près de Dieu. Non, il faut arrêter le délire. D’autant plus que cette histoire est d’après les chercheurs attribuée à Dyonisos, bien avant Saint Martin qui n’en demeure pas moins le saint-patron des ânes en France.

 

Enfin l’âne vint

L’âne, alors ? Oui Madame, oui Monsieur. Un animal dont on se moque fort, comme s’il fallait dans une société des attire-bêtises ou attire-méchancetés, comme il  y a des paratonnerres pour se protéger contre la foudre. Un drôle d’animal qui focalise sur lui une grande part de ce que l’homme redoute, la traîtrise, le mauvais caractère, l’ignorance, le sexe bestial... Par ironie du sort, l’ânesse est symbole de paix et douceur -son lait est très apprécié-, mais l’âne pas du tout. Ou du moins d’une façon curieuse. C’est l’histoire que raconte Jean-Jacques Smith de Quincy. 

 

Puis la cornemuse

Avec sa femme, Maryline  Smith, ces vignerons et propriétaires du Domaine de Villalin, ont ainsi choisi de représenter leurs vins haut de gamme de Quincy avec une étiquette créée à partir d’un bois sculpté anglais du XVIIIé siècle. Le cavalier est un joueur de cornemuse monté à rebours sur l’âne. Selon ce vigneron que j’ai rencontré au Salon des Vins de Loire 2009 sur son stand, cette coutume était en usage au Moyen-Age, lors du carnaval. Des défilés d’ânes étaient organisés avec des hommes qui avaient 'fauté', en les faisant chevaucher un âne assis vers l'arrière, l'homme, pas l'âne.  C’est ce qu’on appelle la chevauchée de rebours.

 

Le carnaval

Puis le sens changea, on en profita aussi pour moquer des hommes qui avaient trompé leur femme, en signe de dérision. Le carnaval s’accompagnait par des libations qui associait l’âne au vin et à la musique comme dans toute fête. Le dessin du joueur de cornemuse montre le lien avec la musique. Ce dessin qui figure sur l’étiquette est issu d’un bois gravé ‘anglais’, sans plus de précisions sur l’origine exacte. Ce choix célébrant le lien entre le vin de Quincy, l’âne et la musique s’est imposé de lui-même  pour Maryline et Jean-Jacques Smith, les vignerons-propriétaires du Domaine de Villalin à Quincy

 

Le Grand Noir du Berry

L’âne était déjà lié à la vigne. Lors des fêtes villageoises, le vin coulait à flot et les ânes, dit-on, n’étaient pas les derniers à dédaigner le vin. Il l’est dés lors associé au vin. Pour en revenir aux vins de Quincy, pour Maryline et Jean-Jacques Smith, l'âne qui compte est bien évidemment un Grand Noir du Berry, pour découvrir le vignoble de Quincy avant de revenir au gîte attenant au domaine. C’est alors le moment de goûter les vins blancs de Quincy servis à 10-12° en apéritif ou au repas, avec des poissons, crustacés, fruits de mer, viandes blanches  et évidemment les fromages de chèvre.

 

Les Quincy de Villalin

« Le terroir argilo-siliceux, comme le déclare Jean-Jacques, donne au Sauvignon cet arôme très particulier et bien reconnaissable. Nous travaillons en vendanges manuelles et en vinification traditionnelle en utilisant uniquement des levures indigènes ». Les vignerons proposent deux cuvées en Sauvignon, « l’une est un assemblage de parcelles en rive gauche du Cher sur un sol argilo-sableux et l’autre vient de la rive droite du Cher. C’est un ‘Silex’ en raison de sa minéralité accentuée en provenance du sol de graviers et de silex grossiers ». 

 

Pour suivre le chemin des vins Quincy de Villalin et du Grand Noir du Berry

. Sur l’âne, lire « L’esprit de l’âne, Symboles, Mythes et Traditions » de René Volot, (Cheminements éditeur), qui vous montre la très riche histoire de l’âne qui, comme toujours avec les mythes peut s’interpréter de multiples façons. N’en montrer que la caricature serait dommage.

. Quant à la faute de la coutume, elle pouvait consister pour les hommes à laisser leur femme porter le pantalon ou à tromper leur femme. En effet, une gravissime faute en effet en société paysanne qui voyait ces actes comme une menace contre la solidité du village. Cette coutume valait aussi bien dans l’Antiquité qu’au cours des siècles passés en Europe, pour de nombreux motifs. En France, on la retrouve à Nevers sous Henri IV contre un collecteur d’impôts inefficace, à Lyon à l’époque de la Convention contre deux pilleurs de lieux de culte, en Savoie, en Poitou… Plus tard, ce procédé servit aussi aux mères maquerelles et à leurs pensionnaires…(Voir l’ouvrage cité précédemment)

. Outre la Grande-Bretagne ou l’Ecosse, la coutume était aussi en usage en Turquie, où l’âne est associé à Nasreddine Hodja (né en 1208…) très célèbre encore actuellement. Sa silhouette est reprise en dessin ou en statuette en hommage à la culture populaire turque faite de moquerie et de bon sens. Quand on demandait à Nasreddine pourquoi il se tenait à califourchon à rebours sur son âne, qui était son faire-valoir, Hodja répondait que ce n’était pas lui qui s’était trompé mais bien « l’âne qui va à l’envers ». (Source : id).   

 

. Admirez le grand noir sur http://aneduberry.chez-alice.fr/

. Saint-Martin, patron des ânes, voir http://home.nordnet.fr/~mfroideval/martin02.htm

 

. Domaine de Villalin, le Grand Villalin, 18120 Quincy, 02 48 51 34 98, v.quincy@wanadoo.fr, www.domaine-de-villalin.com. Sur les 8 hectares du domaine, 7 sont affectés au Sauvignon et le dernier au Pinot noir.

. Le vignoble de Quincy (220 ha) est situé dans la vallée du Cher. Il est appellation depuis 1936. On y cultivait déjà le vin en 1120 (bulle de Callixte II). le cépage sauvignon provient de l'Abbaye des femmes de Beauvoir et ce sont les moines de l'ORdre de Citeaux qui l'ont apporté, selon "Vins du Val de Loire", la brochure d'InterLoire.  
. Il est possible de louer un gîte sur place et de découvrir le vignoble avec un Grand Noir du Berry. Of course, cornemuse et origine écossaise (ou anglaise ?) obligent

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