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Le Blog d'Elisabeth Poulain

C'est la crise? Non, Sire, c'est la guerre, avec Citizen K!

16 Juillet 2009, 12:09pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Je ne résiste pas. Ce titre vous rappelle bien quelque chose ? Louis XVI regarde la foule des Parisiens massée devant le château pour exiger du pain. Le roi interroge un de ses confidents et lui demande si ce sont des émeutes et la réponse tombe : Non, Sire ! C’est la révolution. Vous avez remarqué ma délicatesse, je ne mets pas de guillemets d’abord parce que je pense que la citation est apocryphe, tellement cela montre bien l’aveuglement de ce pauvre Louis XVI face à la misère de son peuple. Il est une autre raison, c’est que je me souviens de l’idée mais pas forcément des termes exacts. Donc prudence.

 

Quoi qu’il en soit, les créateurs publicitaires vous annoncent ce qui vous attend ou plutôt où nous en sommes. Non pas, sommes-nous encore dans la crise, en plein trou ou en train de remonter, maintenant, demain, dans un an… Pas du tout. Eux le savent et ils le disent en vous le montrant et pour vous annoncer la nouvelle, ils choisissent évidemment la femme, cette porteuse de mauvaise nouvelle.

 

C’est simple,

Que faut-il faire pour passer de la crise à la guerre ?

Simple, comme un coup de peigne, pas comme un coup de fil, comme un coup de peigne. Il suffit d’aller chez le coiffeur et vous faire faire une mise en plis ‘façon 1940’. Mais oui, quelle joyeuse époque, le début d’un quinquennat un brin mouvementé, qui a laissé de telles cicatrices qu’on a encore de la peine à en parler ouvertement, entre ceux qui…et les autres.  J’arrête, on ne rigole pas avec cette période, d’autant que tous les comptes n’ont pas été arrêtés et ne le seront jamais.

 

Donc, revenons à nos moutons. De quoi commence-t-on à manquer en ce début de guerre ? De tissus, de cuir, de lainages pour les vêtements, de maquillage pour le visage, tout ce qui est indispensable à la femme qui veut séduire, quelle que soit l’époque. Dans ces cas là, deux pistes s’ouvrent à vous : faire confiance aux professionnels de la mode et recourir à l’ingéniosité qui sommeille en toute Parisienne. Désolée, je suis, à l’égard des provinciales avec un petit ‘p’. Mais « Paris ist immer Pariss ». Passons, c’est de très mauvais goût et en plus, c’était plus tard, pas en 1940.

 

Pour l’ingéniosité,

Garder les fond de thé, il y en avait encore en 1940, pour se brunir les jambes et tracer avec un crayon noir ou marron une ligne partant de la cheville vers le haut de la cuisse pour simuler la couture des bas, qui ne se trouvaient plus sur le marché. C’était paraît-il terriblement érotique.

 

Pour les professionnels

L’important était de changer le look pour renforcer la féminité. Si le vêtement perd un peu de son importance, que reste-t-il ? Le visage avec d’abord les cheveux, les yeux et toujours le rouge des lèvres. Donc à nouvelle époque, nouveau visage, avec une telle réussite qu’on en parle encore et qu’on y reprend goût.

 

Les ingrédients

Les cheveux sont bruns ou noirs de préférence, mis en forme avec de gros rouleaux, de façon  à vous faire faire une grosses banane devant sur le haut du crâne et de grosses boucles lourdes en bas. Tant pis pour les cheveux blonds, filasses, sans tenue…Les objectifs : renforcer le visage et dominer d’autant plus qu’avec vos talons à semelles compensées de 10 cm de haut -les talons,  pas les semelles, pas encore – vous dominez l’homme qui vous accompagne de 15 bons cm. C’est important de savoir ce qu’on veut dans la vie. L’égalité et puis quoi encore, la domination, évidemment s’impose. Pourquoi 15 cm et pas plus ? Vous pouvez mais ça devient difficile, 10cm pour les chaussures et 5 pour la banane. Essayez de vous tenir droite et de prendre un air hiératique et méprisant. Un must dans notre société un brin décadente.

   

Ensuite les sourcils épilés finement et retravaillé au crayon pour vous donner un air de vraie lionne ‘mangeuse d’hommes’. Pas une qui fait semblant évidemment. En dessous, les yeux sont si charbonneux que vous n’y voyiez plus rien. C’est fait exprès, pour qu’on ne vous repère pas pendant le black out en pure application du principe selon lequel si vous n’y voyiez plus à cause de tout ce noir, les autres non plus.  C’est un principe universel qu’on applique dés son plus jeune âge : pour vous cacher, il suffit de mettre sa main devant les yeux.

 

La bouche maintenant : fini le rouge à lèvres rose, mandarine, bonbon, maintenant c’est du saignant, un rouge sang qui noircit en s’oxydant, avec des lèvres très dessinées, ourlées, des lèvres de tueuse. C’est vrai, il le faut le dire. C’est la guerre. Il ne s’agirait pas de se tromper d’époque et de clamer avec les moutons : les femmes à la maison. Non, c’est la guerre, il faut sortir l’artillerie et être prête à dégainer.


J'allais oublier le teint; il est blafard bien sûr. Quoi de plus séducteur!
 

Un conseil, des conseils

Pour aller au bureau, emporter d’autres chaussures, de celles qu’on met pour marcher. Ca existe encore ? Et oui. Pour la banane, ça va être difficile aussi de garder cette architecture de cheveux impeccable toute la journée. Mais je vous fais confiance, vous allez bien trouver quelque chose pour remplacer ce volume manquant, un serre-tête à porter bas sur la tête en poil d’ourse noire, par exemple. Les sourcils et les yeux, itou. Vous avez une imagination sans limite.

 

Quant à 1940 que vous n’avez pas connu et moi non plus - j'étais trop petite, mais pas ma mère que vous voyez avec mon père en 1946 - là aussi je peux me fier à vous : vous allez détourner cela à votre façon et vous rendre là où on ne vous attend pas.

 

Par contre n’oubliez pas, il a fallu attendre 6 ans après 1940 pour avoir enfin le droit de voter. Alors on prévoit quoi pour 2015 ? A vous de jouer.       

   

Pour suivre le chemin

. Lisez Citizen K International, Eté 2009, où toute la collection du Cahier Mode, Super Woman, est présentée  avec des mannequins style Années 40, pour New York, Londres, Milan, Paris,

= Création, Kappauf. Photos, Sol Sanchez. Stylisme, Benoît Béthume. Texte, Laurent Dombrowicz. Ce texte qui commence comme cela :

«  Quoique majoritairement sous influence EIGTHIES mâtinés FORTIES, l’offre des couturiers pour la saison prochaine met en selle une femme de pouvoir »…

= C'est de la sociologie pure associée à la création artistique et publicitaire.  

. Ière photo, Citizen K, la seconde montre le célèbre mannequin Dita von Teese (source Marie Claire), dernière photo, mes parents en 1946 au lac de Saint Cucufa à Garches (92), ma mère porte cette coiffure!    

 

  

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