Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le vigneron nouveau, entre jardinier et animateur du vignoble (2)

23 Août 2009, 11:50am

Publié par Elisabeth Poulain

 

C’est la nouvelle vision du vigneron dans le vent. Cet homme là a d’abord une forte légitimité de vigneron, sans laquelle il ne passe pas grand chose. Comme si cela ne suffisait pas - et cela ne suffit pas pour avoir une ‘vraie’ visibilité pour la presse et les acheteurs-, il lui faut impérativement d’autres cordes à son arc ou d’autres flèches attachées à son carcan. Il doit maintenant être en plus jardinier du vignoble et animateur du vignoble. Ce sont des nouveaux métiers socio-culturels à dimension pédagogique et ludique, accessibles en priorité à ceux qui exercent déjà leur métier de vigneron.

 

Pour les petits vignerons, il faut maintenant accrocher deux autres casquettes aux patères du local technique où sont entreposés les matériels de travail, celle de jardinier et en plus celle d’animateur culturelle et ludique, avec parfois une teinte de pédagogie pour la bonne conscience des parents qui emmènent leurs enfants. C’est une des conséquences de l’oeno-tourisme, qui balaie le vignoble comme le ferait une gigantesque vague rose ou à bulles.

 

Devenir jardinier du vignoble demande beaucoup de travail Il faut préserver, restaurer ou parfois inventer la beauté des paysages viticoles, celle que recherche des citadins qui rêvent d’une nature qui n’a bien souvent jamais existé. C’est un capital que tous revendiquent maintenant mais que seuls certains portent sur leurs épaules, physiquement et financièrement. Il est proprement admirable de voir des chercheurs éminents affirmer la beauté du paysage viticole, en revendiquant la découverte de ce concept.  L’exemple de la charte de Fontevraud (2003) est à ce titre riche d’enseignement. Certains n’ont jamais été travaillé dans les vignes, ni tenu une binette ou un sécateur dans la main …mais peu importe. Parler, ils savent faire.  

                                         

Muter un vigneron, dont le métier est quand même de faire du vin, en animateur culturel et festif de l’espace dédié à la vigne et au vin est encore plus délicat. Il s’agit là d’inventer et de créer du nouveau là où il n’existait rien. Au point qu’on se demande aujourd’hui ce qu’on faisait donc dans le vignoble avant, avant la découverte de l’oeno-tourisme. Maintenant, le vigneron assure, en plus de son métier qui l’occupe quand même quelques 12 h par jour, nourriture, boisson évidemment, musique, danse, exposition de peintures, ballades pour ouvrir l’appétit ou pour digérer. Certains fournissent également le gîte avec les chambres d’hôtes. Ils sont devenus décorateurs pour l’occasion et travaillent avec les antiquaires. J’ai certainement oublié des prestations mais c’est déjà tellement énorme que j’arrête là mon énumération.   

 

Si ces deux nouvelles facettes se limitaient à une deux après-midis ou soirées par ci par là, il n’y aurait rien à redire. Mais il arrive un moment où trop, c’est de trop. Le problème est que quand on investit dans le paysage, les abords ou dans l’animation, il faut bien à un moment trouver le retour sur investissement. Il n’est plus question alors de n’ouvrir qu’un week-end au printemps, à l’automne et pou les fêtes. Par ailleurs, par méconnaissance des exigences de la gestion d’entreprise, on en demande trop à la profession, sans toujours beaucoup de renvoi d’ascenseur. Trop souvent le vigneron anime gratuitement la sortie ou l’invitation chez lui alors que les organisateurs qui font appel à lui font payer la visite, pour couvrir leur frais. Oui et ceux du vigneron alors? Il est censé s’y retrouver par l’augmentation de sa notoriété  avec des incidences ultérieures positives sur les ventes de ses vins.

 

Quant à trop vanter la beauté des sites dédiés à la vigne et au vin, il est un autre inconvénient qui me semble grave. C’est la volonté de cacher la dimension du travail nécessaire pour arriver à obtenir du beau raisin et ensuite à transformer le jus de ce raisin en bon vin. Au nom de l’oeno-tourisme, on en vient à cacher comme quelque chose de laid, ce qui permet de faire ou d’alléger le travail. Un chai, des locaux techniques sont des lieux de travail qui ont une réelle utilité fonctionnelle. De même, il est des lieux d’entreposage de matériels qui n’ont pas à être beaux, mais utiles. Un tracteur aussi.

 

A trop vouloir ne montrer que la beauté attendue, conforme à la tradition ou à une vision idéalisée, on en arrive à devoir occulter le travail nécessaire et utile. Et ça, ça me paraît dangereux. Comme me l’a dit un jour un vigneron, qui venait d’avoir une discussion tendue avec sa femme, qui voulait mettre des géraniums partout pour les touristes : « on ne joue pas, quand on est vigneron, on n’est pas là, pour faire beau, pour ces gens de la ville, qui viennent nous voir, comme ils vont au ciné ». 

Pour suivre le chemin

. Il existe une licence professionnelle Oenotourisme et projets culturels, en particulier à Nimes, faite en particulier pour des BTS Viti-Oeno ou Technico-Commerciaux, boisson, vin et spiritueux. L’avantage est que ces jeunes reçoivent une formation spécialisée mais qu’elle est forcément normalisée avec le risque de standardiser l’accueil et l’animation. C’est un inconvénient prévisible possible mais ça empêche de faire des graves erreurs :

www.unimes.fr/.../licence_professionnelle_oeno_tourisme_et_projet_culturel.html -

. Sur ce sujet,  voir aussi sur ce bmog Des dangers de l'oeno-tourisme pour le petit vigneron (1) 
.
Photos EP, Rosier en Sancerrois, Pressoir de Montlouis, Cabane de vigne en Suamur-Champigny

Commenter cet article