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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Rompre le lien à la terre > Israel face aux paysans palestiniens

29 Septembre 2009, 09:52am

Publié par Elisabeth Poulain

 

Le lien à la terre

Il n’est pas toujours aussi enchanteur et ressourçant que nous le vantent les brochures publicitaires pour nous inciter à acheter un mas dans le Luberon, une chaumière en Brière ou un vignoble en Val de Loire ou les trois dans même temps. Non, ce lien à la terre peut être très douloureux, comme le montre la stratégie d’Israël pour distendre et rompre le lien à la terre des paysans palestiniens en les empêchant de cultiver leurs propres champs.

        

 Des paysans sans terre et des terres sans paysan. Et un paysan qui a une terre qu’il ne peut cultiver pour se nourrir, nourrir les siens et la population, c’est un homme, une famille, un clan qu’on détruit, une société qui se délite. C’est le cas en Palestine. Les méthodes utilisées vont toutes dans le même sens : rendre le travail de la terre difficile, quasiment impossible, par une superposition de mesures qui conduisent à l’absurde, rendent fou et conduisent à la perte de la propriété de la terre. Pour terminer par perdre son identité.  

 

Les obstacles physiques, l’impossibilité d’accéder à sa terre

-        En 1, il existe des zones militaires fermées qui interdisent toute connexion avec les terres agricoles palestiniennes ; le lien est alors rompu de facto. C’est le cas par exemple du membre d’une coopérative qui n’a plus accès à son oliveraie dont tous les arbres ont été coupés ;      

-        en 2, un mur de grillage muni de portes verrouillées par des soldats empêche les paysans de se rendre sur leurs parcelles, quand la nature les y pousse, pour s'occuper des récoltes...             

 

Les obstacles documentaires, le retard de la délivrance ou l’absence de permis

-        En 3, arrivé à la porte, il faut avoir un permis pour accéder à ses terres,

-        et pour cela joindre ses actes d’identité un acte de propriété ou un acte d’héritage,

-        avec des photos des parcelles,

-       le temps d’attente du permis pouvant prendre jusqu’à 7 mois dans l’exemple cité, pendant lesquels il n’est évidemment pas possible de travailler la terre, quand on réussit à avoir ce fameux pass,

-        tout en sachant que les refus de permis de plus en plus nombreux se multiplient.

 

Les obstacles de temps, le retard ou la fermeture du poste de passage

-        En 4, il faut ensuite pouvoir rejoindre sa terre. Là aussi  le parcours d’obstacles est pimenté. D’abord il faut trouver la bonne porte. Certaines n’ouvrent que 3 fois par jour pendant 30 minutes, sans être jamais sûr du respect des horaires aussi bien à l’ouverture qu’à la fermeture ;

 

-        en 5, ces horaires limités et irréguliers obligent à se détourner vers d’autres portes ouvertes elles 12h sur 24 mais en contraignant les paysans à faire trois fois plus de kilomètres au total, avec du temps et de l’argent perdus en vain.                   

 

Les obstacles réglementaires et la confiscation de la terre
En 6, ces obstacles logistiques et financiers se doublent d’obstacles réglementaires qui confortent ou provoquent la rupture du lien à la terre. Cette rupture découle de l’impossibilité de récupérer des terres dites ‘de propriétaire absent’ au profit de la puissance publique, Istraël, avec des lois datant des Ottomans et des Britanniques. Selon le témoignage de Sharif Omar, paysan pamestinien, « la terre est sous surveillance constante et les autorités israéliennes procèdent à des prises de vue aériennes en mai et en novembre, c’est à dire avant les plantations et après les récoltes ».  Il est plus facile ensuite de confisquer la terre puisque les preuves ne peuvent être faites que dans un seul sens, lorsque la terre n’est pas travaillée.  

 
La perte du nom et la rupture du lien
Nous avons vu en 3 que le paysan doit prouver ses droits à cultiver sa terre qui est de moins en moins travaillée en raison de l’enchevêtrement   des       contraintes et du caractère implacable de la confiscation à titre de sanction. Il reste néanmoins encore ancré ce lien à la terre entre une famille et une parcelle. Jusqu’alors, les
autorités palestiniennes, après avoir travaillé à éloigner la terre des paysans, ont ensuite  complété le système par la procédure inverse, qui consiste à éloigner le paysan de sa terre. Pour cela, il suffit de modifier le nom du fils par rapport à son père sur 4 générations, ce qui est très rapide.   

 

L’exemple de Sharif Mohammad Omar Mohammad
Le témoignage du paysan déjà cité est étonnant, sachant que  dans la coutume palestinienne, le fils porte son prénom suivi de celui de son père et de son grand-père. Voici les conséquences de la réglementation dictée par les Israéliens qui oblige à indiquer le nom de famille. L’exemple qui suit montre la rupture identitaire : 

 

-        le père du paysan qui témoigne s’appelle Mohammad Omar Mohammad,

-        lui-même est Sharif (prénom) Mohammad Omar Mohammad, qui devient Sharif Mohammad Omar Khalid pour les autorités,

-        son fils aîné devient Azzam (prénom) Sharif Mohammad Khalid,

-        son petit-fils Sharif Azzam Sharif Khalid...

« Dans quelques années, les Israéliens pourront donc affirmer que mon petit-fils n’a aucun lien avec la terre familiale ». Signé Sharif Omar, paysan au village de Jayyous, Palestine.

 

Ce billet marque le début d’une nouvelle série à parution forcément irrégulière et à contenu hétérogène montrant plusieurs facettes du lien à la terre, qui est déjà présent, comme un fil de trame, dans mon blog depuis ses débuts, sous des formes diverses. 

           
Pour suivre le chemin  

 

. Ces informations sont extraites de la revue d’Oxfam International qui a consacré un numéro spécial à « Cinq ans d’illégalité, l’heure est venue de démanteler le Mur et de respecter les droits des Palestiniens ». 

. Oxfam-Belgique, rue des Quatre Vents 60, 1080 Brussels, Belgique, www.oxfamsol.be

. Oxfam-France, 104, rue Oberkampf, 75011 Paris, France, www.oxfamfrance.org        

. Photos Oxfam, avec mes remerciements
 

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