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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Manger dans l'armée française3 > L'évolution de la RCIR

23 Décembre 2010, 15:58pm

Publié par Elisabeth Poulain

L’alimentation du soldat en campagne a toujours été une question première, RCIR 2013, menu n°1, sous sachetessentielle au  sens ou un soldat dénutri ne peut répondre à la mission que son commandement attend de lui : combattre en remplissant son devoir. Il a néanmoins fallu attendre que la situation s’améliore grâce à un concept totalement nouveau : le portage par chaque combattant de son unité alimentaire quotidienne de vie. Jusqu’alors, les deux entités, les soldats d’un côté et leur nourriture étaient dissociés, avec une conséquence, c’est qu’il fallait aux premiers attendre l’arrivée de la nourriture et de l’eau indispensable à la survie. Comme les deux n’étaient pas connectés dans le temps et sur le terrain, avec quasiment toujours l’arrivée tardive et/ou insuffisante des aliments en quantité et en qualité, il ne restait aux commandements d’autres solutions que les réquisitions prioritaires par rapport aux civils.

 

1. L’innovation de la ration individuelle

Elle est le fait de l’armée américaine engagée dans la seconde guerre mondiale qui dota ses soldats appartenant aux forces mobiles de « ration K », composée en réalité de trois packaging un pour chacun des trois repas (petit-déjeuner-déjeuner-dîner).. Plus que la ration elle-même qui présentait de nombreux défauts, l’intéressant est la démarche suivie. C’est l’armée (US Army Air Corp) qui s’est adressée à un laboratoire de recherche sur la subsistance (Subsistance Research Laboratory) dés le début de la guerre pour lui demander de lui proposer une ration journalière d’urgence. Le choix se porta sur la K. Il existait déjà d’autres rations, comme la « C » plus calorique, «  Montagne » ou « Jungle » par exemple. Des retours d’expériences furent analysés sur la K après trois jours d’utilisation seulement. On constata que les soldats n’avaient pas maigri. Ce fut elle  qui fut distribuée à des millions d’exemplaires pendant toute la durée de la guerre pendant des durées d’emploi extrêmement longues.

 

Les conséquences

Au plan militaire, l’alimentation du soldat en guerre, hors des bases, n’est plus concevable sans ration qui représente un progrès incontestable. Les avantages sont connus : elles offrent la certitude d’apporter à chaque combattant ou assimilé l’apport calorique qui semble nécessaire, une certaine variété alimentaire, la possibilité de manger cette ration à sa façon, au moment où cela est possible. Au plan psychologique, la possibilité de manger des aliments connus, qui rappellent le pays. Lors de la seconde guerre mondiale, les inconvénients ne furent connus qu’une fois la guerre finie. Ils sont maintenant bien perçus. Citons outre le poids à porter, sa forme rigide, l’usage de la K en continu alors qu’elle ne devait être ingérée que pendant quelques jours en urgence, la puissance calorique insuffisante, la monotonie des rations, son packaging multiplié par 3 (matin, midi, soir), des carences nutritionnelles graves (pellagre et béribéri, déficit en vitamine C).  

 

Cette façon de se nourrir est pourtant la première manifestation réussie de nourriture mondiale qui s’imposa sans contestation dans toutes les armées et plus tard dans la société civile de façon différente et atténuée. Il n’est de voir dans le monde entier que l’explosion actuelle des portions individuelles à manger sans avoir besoin de s’asseoir à une table en vente. 

 

2. La RCIR ou ration de combat de combat individuelle réchauffable

En France, la première ration conditionnée individuelle date de 1946 pour les soldats au combat ou en déplacement. Elle prenait en compte les reproches faits à la K. Elle offrait un meilleur profil calorique, trois menus au choix dont un avec de la viande de porc, pour offrir une certaine variété, conditionnés en boîte métallique. Pour améliorer l’alimentation du soldat –on parle de soutien au combattant – et s’adapter à l’évolution de la société, d’autres rations apparurent en 1951 et en 1966.

  RCIR 94, version antérieure

La création de  la RCIR  en 1986 a marqué une réelle avancée. Elle offre en effet la particularité d’être « réchauffable, unique et polyvalente ». Elle permet à un soldat de se nourrir  pendant 24 heures, avec 14 jours de menus disponibles. Le recours à la RCIR ne doit pas dépasser deux cycles de 14 jours. L’organisation de l’armée sur le terrain des opérations prévoit en effet qu’après ce délai d’un mois, une popotte est installée, avec cuisine roulante et remorques d’approvisionnement.

 

La RCIR n’est pas la seule ration française existante. Elle est la plus connue parce qu’elle prend en compte les besoins d’un combattant pour une journée. Elle n’est pas forcément adaptée à toutes les situations. C’est la raison pour laquelle elle est périodiquement révisée comme on vient de le voir. Elle est aussi complétée par d’autres rations qui remplacent ou non d’autres rations existantes à des fins de normalisation. Citons

-        la ration de survie qui remplace la ration de survie (RSA) et le module alimentaire de survie (MAS),

-        la ration d’urgence remplace le repas individuel d’exercice (RIE),   

-        l’unité alimentaire de complément ou de secours (UACS) est supprimée.  

 

Rations d’urgence et de survie ont pour particularité d’être très concentré en volume, avec un poids limité et d’être conçu sur la base d’un concentré de nourriture à mâcher avec des vitamines et des minéraux.        

 

3. La composition de la ration RCIR

RCIR 2013, menu n°11, contenu sortiElle est tripartite avec

une part variable sous forme de barquettes pour les plats principaux parce qu’on peut y manger directement dedans complétés par un pâté en boîte en entrée et un dessert sucré ou une portion de fromage,

une part fixe alimentaire composé d’un potage, de biscuits salés et sucrés et différents types de glucide en portion individuelle (caramel, barre de chocolat, nougat, pâte de fruit), 

une part fixe non alimentaire qui inclut, en allant du plus volumineux au plus petit, le kit de réchauffable avec ses pastilles à brûler, des mouchoirs-serviettes sous cellophane et des comprimés de purification d’eau.  

 

La structure journalière de la prise alimentaire

Le fractionnement des prises alimentaires a été posé en principe de base, afin de coller au mieux aux besoins du combattant, tout en lui permettant de respecter autant que faire se peut ses habitudes de vie. Des expériences ont prouvé par exemple qu’il suffit de modifier les horaires et le type de nourriture dans un des trois grands moments  de la journée (matin, midi, soir) pour perturber les retombées de l’apport alimentaire et les modes de fonctionnement tant du corps que du cerveau.

 

Le petit déjeuner

CRCIR- CdC, 2013, menu 11, contenue moment offre au soldat au choix café, thé, chocolat au lait lyophilisés, en sachet inclus dans le carton  de façon à laisser le choix à la personne. Toutes ces boissons peuvent être réchauffées. Le sachet de cellophane thermo-soudé qui regroupe tous les sachets comprend des sachets individuels de sel et de poivre, de façon à ne constituer qu’une seule manutention lors du remplissage. En guise de pain cher au cœur des Français, la ration présente des biscuits de campagne salés et sucrés (army biscuit) enveloppés par 2  en sachet individuel afin de les préserver de l’humidité. Les biscuits sucrés se distinguent à la vue des biscuits salés par leur couleur : ils contiennent du cacao.

 

Pour ceux qui sont habitués aux céréales du matin, un sachet de muesli lyophilisé de 80 grammes sous sachet d’aluminium est inclus dans la ration. Il faut donc rajouter de l’eau, comme pour le thé, le café et le thé. Cette préparation à base de flocons de céréales et de copeaux de fruits peut aussi être consommée après ou avant l’effort. 

Le déjeuner

Il commence très classiquement par une terrine forestière (menu n° 11). Au choix de l’utilisateur, les plats principaux peuvent se prendre soit au déjeuner soit au dîner. Les éléments importants à connaître sont la grande variété des plats, leur complémentarité et leur caractère réchauffable directement dans la barquette. En général, le plat cité en premier est celui du déjeunes, du jambon braisé mogettes dans le menu précité ; les crozets-diots  sont réservés pour le soir.

 

Le dîner

Il commence par un potage à faire en mélangeant la composition lyophilisée  avec ¼ litre d’eau à chauffer à 70° comme il est indiqué sur un dessin au verso du sachet. Suit ensuite l’autre plat principal avec une crème de riz de marque Yabon ensuite. Quand il y a un dessert, la ration ne comporte pas de fromage. C’est le cas du menu n° 1 par exemple. Ce n’est donc pas fromage et dessert.      

 

Les petites faims

La nécessité de prévoir des sources importantes de glucides pour tenir compte des efforts à faire ou qui viennent d’être faits oblige à fournir des apports sous des formes compactes individualisées. C’est ainsi que l’on trouve 4 caramels goût nougat, des pâtes de fruits de Provence, des bâtonnets de nougat tendre aux fruits, une barre de chocolat noir à 64% ainsi qu’une préparation permettant de faire un litre de boisson rafraîchissante au goût pêche.     

 

4. La composition nutritionnelle des rations

La ration doit également être étudiée sur la base de sa valeur calorique totale exprimée en kj et

ses trois composantes nutritionnelles en protéines, lipides, glucides qui ne sont pas indiquées sur la boîte mais figurent dans la documentation mise en ligne par le Ministère de la Défense :

valeur énergétique 3 200 kcal/13 380 kj protides 13% + lipides 32% + glucides 55%  

 

La diversité des menus

Pour éviter le phénomène de lassitude qui coupe la faim, une attention toute particulière est portée à la variété des menus de façon à leur donner une particularité journalière. Une des particularité consiste à lier le hors d’œuvre avec les deux plats cuisinés en barquette de 300gr chacune.

 

La composition évolue au fil du temps. C’est ainsi par exemple qu’il y a des différences entre les menus cités sur le site gouvernemental et le conditionnement récent d’aujourd’hui. Voici deux exemples de menus n°1 (sans porc) et 11 (avec porc):

n°1 sur le site : Plats cuisinés Tajine de poulet/Thon Pommes de terre      Entrée Rillettes de thon      

n°1 sur la ration : Plats cuisinés Bœuf carottes/Thon Pommes de terre       Entrée Terrine de lapin

n° 11 sur le site : Plats cuisinés Porc pommes de terre/Potée saucisse choux Entrée Terrine forestière

n°11 sur la ration :   Plats cuisinés : Jambon braisé mogettes, Crozets et diots     Entrée : Terrine forestière.

 

Une distinction importante à noter porte sur la distinction entre les menus avec et sans porc. C’est pourquoi, il a fallu prévoir 14 menus en tout. Il est à noter que la RCIR n’inclut ni vitamines ni minéraux à la différence des rations d’urgence et de survie.

 

Le réchauffement des barquettes

Un réchaud individuel est fourni avec des pastilles de RCIR-CdC, Lt-Col Mousset, Dr du Centre, Réchaudcombustible dans la ration. Il constitue une avancée remarquable sous une forme très compacte et un poids réduit. Le pliage du réchaud présenté à plat dans un petit carton présente un réel savoir-faire non automatisable, réalisable manuellement dans  des ateliers protégés. Tout mauvais pliage et/ou mauvaise insertion dans le carton se traduit par un bombé de la boîte et une non-validation par les automates de remplissage sur la chaîne. Une pincette fournie avec le réchaud permet de saisir la barquette sur le réchaud, une fois la languette ouverte. Ces deux opérations – ouverture de la boite et pose de la pincette sur le bord -doivent  avoir été fait avant de poser la barquette sur la flamme.  

 

6 pastilles sous blister contenues dans le carton d’emballage du réchaud pliable permettent de faire chauffer les boissons et les plats principaux contenus dans les barquettes qui offrent l’avantage de pouvoir être placé directement sur la flamme. Le plat principal cité en second sur la boîte peut aussi se manger froid.

 

Le choix de la multiplicité des éléments

Chaque catégorie offre la particularité de répondre à un ou plusieurs besoins. L’évolution des rations porte essentiellement sur l’affinement de la réponse offerte par la ration. Les modifications ont d’abord porté sur la séparation de la boîte de singe 450gr en deux portions, afin de constituer le repas du milieu de journée et celui du dîner. Le choix de la barquette en lieu et place d’une boîte de conserve traditionnelle répond à un besoin de praticité et de salubrité. Il n’est plus nécessaire au soldat de verser le contenu dans sa gamelle ou de manger par le haut. Il peut maintenant en outre garder le second plat dans de bonnes conditions jusqu’au repas suivant.

 

5. Les relations avec le marché

Le choix de recourir au marché s’explique par de multiples facteurs. Il est d’abord basé sur l’idée que la mise en concurrence permet d’obtenir d’abord le produit recherché qui répond à de multiples critères, le meilleur ratio qualité-prix, une origine régionale le plus souvent, avec des goûts marqués et bien connus des palais français. Cette notion m’apparaît importante : une purée à l’eau avec du poisson blanc en contre-exemple aurait peu de chance de satisfaire un besoin de vraie nourriture en bouche. Un cassoulet-saucisses, oui ! Les appels d’offres permettent en outre de viser des PME régionales du Grand Ouest en France, une région qui a gardé une forte spécialisation dans le domaine de la conserve.

  

En se plaçant du côté des relations avec les fournisseurs, la différenciation en plusieurs éléments rend plus aisée la sélection des fournisseurs en faisant appel à des spécialisations par métier et/ou produit. Le choix de nougat constitue un bon exemple. Il y a aussi dans la ration des produits de marque comme le thé Lipton, la crème vanille Yabon ou le chocolat 1848, qui s’inscrivent aussi dans l’univers mental culturel des soldats.

 

La ration offre également de ce point de vue un bon équilibre qui évolue en fonction de la nature des appels d’offres et des possibilités des fournisseurs.      

 

Les facteurs de progrès

RCIR- CdC, Soldats en train de tester les rationsLa sélection se fait sur la base d’un équilibre entre plusieurs facteurs tels que

le poids, le volume,

la présentation en prêt à manger, la lyophilisation (la question de l’eau),

chacun des constituants,

le couplage entre les deux barquettes et avec l’entrée protéïnée,

le packaging,

la forme, le portage, le transport,

le coût,

le goût,

l’acceptation sur le terrain,

l’évolution des technologies,

l’évolution de la société…

 

En conclusion, la RCIR a pour vocation à répondre pendant un temps limité à l’effort et à la résistance, grâce à un apport équilibré nutritionnel. Elle ne répond pas à une alimentation longue durée. Elle continue à s’adapter en vue d’améliorer ses atouts. A cette fin, chacun des éléments cités dans les facteurs de progrès constitue en soi une piste de recherche, chacun couplé à ou plusieurs autres également, auquel s’ajoute l’étude fine des rations des autres armées dans le monde pour pouvoir comparer, plus  l’inconnu : c’est la recette de la ration de demain. Une nouvelle ration est actuellement à l’étude à Nîmes.  Suspense donc…

 

Et d’ici là, bonne fin d’année et bonne nouvelle année à tous les bénéficiaires des rations militaires françaises. Les 12 000 soldats en opération recevront au moment des fêtes un colis de Noël envoyé par l’association « Solidarité Défense » placée sous l’égide du CEMAT (Chef d’Etat Major de l’Armée de Terre).  

 

Pour suivre le chemin

. L’équipement de base : chaque soldat dispose de sa gourde ainsi que ses trois gamelles de taille différente qui font partie du paquetage qui lui est fourni. Il reçoit également un ensemble Tatoo composé d’un couteau, une fourchette, une cuillère et un tire-bouchon. En opération, des pastilles de purification d’eau sont incluses dans la ration mais l’eau n’est pas fournie.

 

. Suivre l’actualité de la ration et consulter tous les menus  sur

www.defense.gouv.fr/terre/equipements/materiel-individuel-et-alimentation/ration-de-combat-individuelle-rechauffable-rcir

. Voir des infos supplémentaires sur l’opération « Solidarité-Défense »

.http://www.solidarite-defense.org/index.php?option=com_content&view=article&id=4&Itemid=22&8a7748b0803e4945c5d72a6dc6ec4afa=cab325148f6f5a6495ad0f2a4480f550

 

. Lire « le repas du guerrier » de JP Géné, bien connu des lecteurs du supplément hebdomadaire du Monde du 18 décembre 2010, publié en ligne également

 

. Lire  un aperçu très intéressant sur ce mangeait le soldat de l’Armée de l’Ouest, basée à Saumur en 1794, lors des guerres de Vendée. 18 000 soldats étaient basés à Concourson:

- une soupe composée  de légumes et de viande (en principe 122gr/jour/homme) qui chauffait dans des grosses marmites mises au feu dés l’arrivée au bivouac. Des bœufs sur pied suivaient la troupe ;

- quatre grands fours à pain avaient été construits à Saumur pour cuire ce qu’on appelait « les boules de pain de munition » (3/4 froment + ¼ seigle) distribuées à la troupe pour compléter la ration. Des biscuits complétaient la distribution en cas de pénurie ;

- les réserves de vivres s’échelonnaient entre 2 et 4 jours. Elles comprenaient 1 000 pièces de vin rouge et 20 000 livres de miel. A voir sur

http://saumur-jasis.pagesperso-orange.fr/rect/ch26/r26d3log.htm

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