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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Un monde markété 3 > La catégorisation > Le genre et l'âge

19 Avril 2011, 16:59pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une terrible réalité. Pour mieux comprendre la société, il est complètement admis, sans aucune distance, qu’il faut catégoriser, tout et son contraire. L’outil d’étude, le rangement dans une catégorie, permettant de comprendre le tout. Découpons, recoupons, classons, rangeons, étiquetons chacun dans un tiroir, une case et l’analyse sera non seulement possible, elle en sera facilitée. Oui, à un gros bémol près, c’est que la somme de ces sous-parties ne fait pas l’ensemble. Bien au contraire, elle empêche de comprendre le tout et ne conduit pas à  chercher de nouveaux outils plus subtils que ce gros couteau à découpe en petits morceaux, en ayant perdu ce qui fait sens, le lien entre les sous-parties et avec le tout. 

 Lumi-re-sur-argile-2-09.03.18-096--2-.jpg  

L’identification de la sous-partie, objet de l’analyse

Pour asseoir ma démonstration, je choisis volontairement des cibles diversifiées, telles que le genre pour distinguer la femme de l’homme et l’âge pour parler des jeunes par rapport aux autres. Il pourrait y en avoir d’autres exemples mais cela suffit pour montrer l’absurdité de continuer à vouloir comprendre des systèmes globaux sur la base d’un découpage ciblé.  

    

Le genre

L’histoire montre comment notre société a de la difficulté à intégrer pleinement la femme au rang des acteurs de plein droit de la société. En 1789, les députés ont estimé qu’il suffisait de viser les droits de l’homme pour englober ceux de la femme, avec cette conséquence étonnante qu’une femme est un homme comme les autres. Ce qui ne peut que réjouir les femmes engagées dans une démarche active de revendication de la plénitude des droits humains. 

   

Notre époque penche plutôt vers la catégorisation. Les femmes rentrent dans la catégorie « femme. A ce titre, l’ONU par exemple vient depuis le 1er janvier 2011 de lancer un « ONU Femmes » qui regroupe un certain nombre d’institutions jusqu’alors dispersées. On pourrait s’en réjouir. On est en droit de s’en inquiéter au vu des attitudes des Etats membres. Plus la condition humaine est découpée en morceaux, plus il leur est possible aux Etats de signer des grands textes, en faisant des réserves pour tel ou tel segment, les femmes par exemple, sans plus être lié par exemple comme avant par les droits revendiqués comme naturels pour un homme.  

   

C’est ainsi qu’au nom de l’exception culturelle, la polygamie (re)devient un droit revendiqué pour les femmes de certains pays en vue de combattre la prostitution. Citons aussi comme autre exemple, la non-comptabilisation des petites filles dans la prise en compte du taux d’analphabétisme global qui en fait est calculé sur les seuls chiffres des petits garçons dans un grand nombre de pays du Tiers Monde, comme on ne dit plus. Les pourcentages sont plus satisfaisants. Question d’image de modernité., mais pas seulement, on en revient par là à une redéfinition plus précise des droits de l’homme. Il s’agit bien de l’homme, en faisant de la femme une petite fille à vie.   

  Ecailles de cuir, sac à main 

Les jeunes

Le brouillage est tout aussi étonnant. Des jeunes enfants, qui hier encore étaient accompagnés à l’école par des adultes, sont aujourd’hui munis d’un téléphone portable pour appeler en cas de problème sur le chemin. On les voit le matin partir dans le noir seuls avec leur cartable. C’est une image qui reste dans la rétine, à l’opposé de ce qui se passe au Japon par exemple où aller seul à l’école est considéré comme un élément de socialisation du jeune enfant. Mais où l'enfant se rend à l'école avec d'autres enfants de son âge .

 

A l’autre extrémité de la fourchette « jeune », à 30 ans moins un jour, on est encore considéré comme « jeune » pour faire partie d’un conseil de participation aux affaires de la cité dans certaines collectivités. A ce moment là, on vote en tant qu’électeur depuis 12 ans. Adulte de plein exercice à 18 ans, on ne l’est pas assez pour entrer dans un conseil de quartier par exemple, qui a pour objectif aux habitants de travailler en concertation avec les responsables de la ville où l’on habite.  

   

Les conséquences sont fortes en terme de coupure du lien générationnel, de l’impossibilité de travailler ensemble dans les conseils de démocratie participative. Les jeunes ne sont pas associés au développement du quartier et plus. Ils se retrouvent entre eux, saisis des questions à compétence « jeunes » dans un conseil-jeunes uniques dans les villes moyennes. Les plus que 30 ans se retrouvent avec une majorité de jeunes retraités. Ils sont cette fois-ci identifiés par leur logement dans un quartier.  

La fourchette varie selon les endroits. Les Jeunes de Pessamit dans les Premières nations du Québec et du Labrador ont fixé la barre à 35 ans pour des raisons culturelles.  Elle est de 30 ans moins un jour à Angers, de 25 ans à Nantes. D’autres villes se rapprochent de l’âge légal de la majorité. C’est le cas à Rochefort qui visent les 15-20 ans…  

    Terre malaxee par les sabots des vaches jpg

L’influence du marketing

Le marketing est, rappelons-le, un ensemble de techniques permettant d’accroître l’efficacité de la stratégie et de la politique commerciale de l’entreprise. Il s’est étendu ensuite à toutes les sphères de la pensée et de l’action. Les acteurs publics n’échappent pas à ces règles, bien qu’ils ne se situent pas dans l’orbite entrepreneuriale, mais dans celui de la gouvernance. Ils ont la gestion  en commun et c’est là qu’on retrouve la catégorisation qui permet dans le domaine politique de répondre aux différents groupes de lobbying et d'attentes définis en terme de besoins, comme en marketing.  

   

La coupure du lien et la création de sous-catégories mineures en droit

Elle est une des conséquences de la segmentation entre catégories. Celle-ci conduit à isoler la sous-partie de l’ensemble qui garde toute sa légitimité propre au fait qu’il est un tout, alors que pour la sous-partie, les principes généraux de l’ensemble ne sont jamais rappelés tant cela va de soi. Or dans cette manipulation, il y a bien une perte réelle de valeur de la catégorie « femmes » et de la catégorie « enfants » qui sont traités comme des minorités alors qu’elles sont plus nombreuses. 

   

Le renforcement du lien de sous-catégorisation entre elles

S’ajoute à cette descente dans l’échelle des valeurs attachées au genre humain, un autre lien qui est de lier la femme à l’enfant, comme si l’âge d’une femme restait à vie en dessous de l’âge de la majorité accessible aux seuls hommes. L'absence d'accès à la formation dés la petite enfance renforce la sous-catégorisation. C’est le catalogue de la Documentation française qui établit en tant qu’évidence le lien entre la femme et l’enfant. C’est aussi maintenant l’ONU-Femmes, qui parle de « sexospécificités » dans le domaine du développement économique.  

   

L’addition de deux minorations ne fait pas un plus, au contraire. Le principe "Pars pro toto" (la partie pour le tout) n'est pas toujours valable, au contraire.   

   

Pour suivre le chemin

. Sur l’ONU, trouver plus d’infos sur

http://www.unwomen.org/fr/

http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/civilisation/871-onu-la-religion-grignote-les-droits-des-femmes

. Sur les Premières Nations du Québec et du Labrador et les autres, voir

http://www.facebook.com/group.php?gid=158203944200716

. Pour quelques villes ou autres collectivités

http://www.ville-rochefort.fr/democratie-locale/conseil-jeunes

http://jeunes.angers.fr/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_des_Jeunes_seine-et-marnais_CJ77

. Photos EP

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