Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Dites Madame, vous qui connaissez beaucoup d'entreprises

12 Juin 2007, 10:23am

Publié par Elisabeth Poulain

Dites, Madame, vous qui connaissez beaucoup d’entreprises, 

Dites, Madame, vous ne pourriez pas me trouver un stage. Oh la question ; c’est une des questions qui m’agacent fortement. Je dis toujours qu’on doit être capable de répondre à n’importe quelle question. Mais là, ça m’énerve vraiment. Au point que j’ai mis au point une méthodologie de recherche de stage que je donne dés les premiers jours. Parce que s’il y a une chose que l’étudiant sait quand il commence c’est que 1. il va faire un stage et que 2,  il a en a besoin pour passer l’examen et avoir le diplôme. En plus il connaît les dates et a le référentiel sous les yeux. 

Un stage ne se trouve pas, il se cherche. Pour beaucoup c’est la même chose. En fait c’est tout à fait différent. Chercher un stage implique de s’engager à fond dans une démarche comparable à la recherche d’emploi. Et là, c’est plus « facile » puisque de nombreux stages ne sont pas ou peu rémunérés. Penser qu’il suffit d’appeler quelqu’un pour que celui-ci vous donne un stage comme la maman oiseau donne la becquée à l’oisillon relève du fantasme. 

C’est vrai que je connais beaucoup d’entreprises. Elles savent très bien gérer les demandes de stage, de choix et d’accueil des stagiaires. Celles-ci ne m’appellent que pour me demander un stagiaire dans les cas « désespérés » ou graves. Et là c’est moi qui m’interroge sur les raisons de l’appel. Deux cas récents, uniquement pour l’exemple et sans en faire des généralisations. Une entreprise me demande « un étudiant,  connaissant le vin, bon en marketing, pas débutant et libre de suite en plus ».  Attention, pas un professionnel qui aurait quelques exigences sur le profil de poste, le type de travail, les conditions de travail et … le salaire. Car là, il n’y a pas de salaire. L’autre cas était à la fois plus grave et triste. Il fallait d’urgence quelqu’un, l’entreprise était en train de sombrer, pour assurer les affaires courantes. 

J’ai eu beaucoup de mal à expliquer au premier que le profil demandé relevait de la perle rare, qui existe certes. J’ai eu des étudiants véritablement exceptionnels, comme il y a des personnes rares. Par définition, un étudiant a ses propres exigences et contraintes, comme de suivre les cours, passer les contrôles, travailler entre les deux. Pendant de nombreuses années, j’ai eu avec grand plaisir des BTS Commerce International qui avaient des semaines qui dépassaient allègrement les 40 heures, sans compter le temps d’apprentissage, ni le temps de recherche de stage. Quand au second, j’ai du lui expliquer avec beaucoup de délicatesse qu’un étudiant est un étudiant qui n’est pas disponible comme ça, quand on en a besoin, sans souci du fameux référentiel, sans même parler des compétences. 

Le brouillage des genres me pose problème. Il y a beaucoup trop d’étudiants OVNI, mi-chèvre, mi-choux, étudiants certes et pas professionnels pour autant, qui travaillent sans être couvert réellement par le droit du travail, sans salaire mais qui reçoivent un peu d’argent. De l’autre coté, face aux entreprises, il y a plusieurs catégories d’étudiants. 

- Il y a les stratèges actifs qui ont défini un projet pas toujours très abouti mais suffisant pour leur permettre d’avancer. Ils sont guidés par leur envie de travailler pour un produit, dans une filière, dans un pays…Le choix est sans limite : travailler dans une PME aux Etats-Unis, intégrer la filière poisson d’élevage en France, prospecter le marché néerlandais pour un viticulteur… Tous ont commencé par développer leur connaissance du produit, de la filière, du pays, en se demandant parallèlement ce qu’ils allaient pouvoir apporter à ces entreprises. Ils  sont moteur dans une promo et se créent leur propre réseau relationnel. 

- Il y a les actifs appliqués. Ils font ce qu’il faut, sont sérieux et comptent un peu sur la chance et le réseau relationnel, surtout parental il faut dire. Ils forment le plus gros bataillon d’étudiants et savent utiliser leurs atouts sans forcer. Ils savent ce qu’ils n’aiment pas, plus que ce qu’ils veulent. - - Il y a les étudiants pour qui le stage est un pensum. Alors on s’y prend au dernier moment, parce qu’il le faut bien, en espérant le miracle. Parce que le miracle existe ; il y a en effet des heureux hasards qui révèlent à l’étudiant sa personnalité. Il trouve sa voie en avançant. Une affaire de chance et de rencontre.  Il en reste d’autres qui sont souvent tellement stressés qu’ils se démotivent ou n’arrivent pas à se motiver pour agir. Avec ceux-là, il y a un énorme travail à faire, en parlant de méthodes, de connaissance de soi, de projet…

- Et puis il y a les relations-relations, un pur produit de notre époque, même si cela a toujours existé. Ils additionnent les relations des parents, plus ceux du grand-oncle, ceux de la cousine, + et +. Plus il y en a et mieux c’est. Ils pensent que ce sésame leur ouvrira toutes les portes. Très vite, et grâce au stage, ils s’aperçoivent que les choses sont heureusement plus compliquées, surtout quand on est à l’étranger. Les plus actifs développent leur propre stratégie pour avancer. Ils ne confondent pas moyens et résultats. 

Je me souviens d’une séance de travail particulièrement intense avec une promo de 50 étudiants d’Affaires internationales (Bac + 5). Trois groupes, 1/3 étranger, 1/3 français-relations, 1/3 français-sans relation. Grosso modo. J’ai passé plusieurs heures à expliquer à tous ce qu’est une relation, comment chacun a des relations, eux étudiants y compris, comment développer un projet et comment avancer. A la très grande surprise des étudiants étrangers qui n’avaient jamais eu jusqu’alors de formation de stratégie active. 

Alors vous, étudiante, qui recherchez un stage de marketing dans le vin, la première chose à faire est d’aller à la rencontre des entreprises du vin, que ce soit au cours de visites, de dégustation ou de repérage sur les sites et en lisant ce qui sort. La seconde est de sélectionner des entreprises et de comparer leurs sites. Vous commencez à mieux percevoir la situation. Puis en 3, de voir ce que vous, vous pouvez apporter dans cette configuration, en sachant une chose. C’est que le marketing est partout, dans le vin comme ailleurs mais différemment. On n’en parle pas. Par contre tout le monde a besoin de vendre. Développer votre projet dans cette optique et surtout, surtout apprenez à connaître le vin, si non rien n’est possible.

 

 

Commenter cet article