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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Aménager les rives de Maine > Christophe Lesort > Urbaniste Angers

9 Janvier 2011, 10:39am

Publié par Elisabeth Poulain

Christophe Lesort est un passionné de la ville et de ses évolutions. Il aime y marcher, regarder les gens, voir les changements en mouvement, avant de rejoindre son bureau de plain-pied dans lequel il perçoit les pulsations d’Angers.

 Christophe Lesort, Urbaniste d'Angers, Port

L’importance des cartes

A ses murs blancs, devant son bureau, une très belle carte de l’AURA met la Maine en scène dans des tonalités parme claire, vert doux et gris lumière, avec en son centre le périmètre en orangé clair de l’opération des Berges de la Maine. Derrière son dos, est accrochée la carte de l’IGN pour rappeler à ses visiteurs la situation géographique de la capitale du Maine et Loire et celle de l’Anjou. La présence de ces cartes n’est pas un hasard. Christophe Lesort est l'urbaniste en charge de l’Opération de la Reconquête des Berges de Maine. Certes chacun sait que la carte n’est pas le territoire, mais elle offre l’énorme avantage de visualiser les situations et les nombreuses contraintes qui s’y exercent.  

 

Quelques mots de rappel

Les Angevins connaissent bien leur ville. Angers, Bord de Maine, Place de la RochefoucaultCe n’est donc pas à eux que ce billet s’adresse, mais aux lecteurs qui pour certains vont la découvrir avec ce billet. La ville est placée en une situation très resserrée  entre deux confluences, celle du nord-est au nord entre la Mayenne et la Sarthe et celle du sud, distante de quelques kilomètres, entre la Maine et la Loire. La présence de l’eau est forte, avec au nord la grande île de Saint-Aubin sous l’eau une bonne partie de l’hiver et au sud le Parc Balzac et le Lac de Maine qui servent également de réservoir, « des éponges », comme les appellent des habitants connaisseurs. Une bonne partie de la rive gauche est inscrite en zone inondable, aussi bien en amont du Château qu’en aval dans la Grande Prairie de la Baumette. 

 

La plus petite rivière de France avec ses 12kms de longueur, dont 6 dans cette zone urbaine centrale, est bordée en rive gauche d’une autoroute qui coupe l’accès au fleuve et sépare la ville en deux. Seuls quelques tronçons de la quatre voies sont enterrés à hauteur de la Place Molière et du Château.  

L’analyse de Christophe Lesort

« Angers est une ville-bourg classique dans son développement historique. Elle a un fort potentiel économique et intellectuel. Son entrepreneuriat est dynamique. A l’exception de Paris qui ne peut se comparer avec nulle autre ville en France, Angers est une des seules villes de France, à avoir deux universités et des Grandes Ecoles » comme les Arts et Métiers, l’Ecole Supérieure d’Agriculture (ESA), l’Ecole supérieure d’Electronique de l'Ouest (ESEO)... « La recherche  bien représentée  se développe grâce à des projets d’envergure », comme celui du Pôle européen Végépolys... « Il y a beaucoup de richesse ici, avec le paradoxe que la ville connaît aussi la pauvreté, une pauvreté qu’on ne voit pas, mais qui est bien réelle. » Le revenu moyen est inférieur à ceux des villes voisines membres de l’Agglomération d’Angers.  « Une des chances d’Angers est pourtant aussi qu’elle possède ses quartiers sociaux dans la ville et non pas en dehors. L’intégration en est, quoi qu’on en dise, facilitée ».

 

La situation actuelle de la rivière Maine 

A son arrivée en poste alors que Jean Monnier était encore président de l’agglomération et Jean-Claude Antonini, déjà maire d’Angers, Christophe Lesort a été frappé par « cette autoroute urbaine (qui) coupe la ville en deux. On ne voit pas la réalité de la ville. Cette coupure fait que la ville ne se montre pas.  La ville en tant que telle n’existe pas à cause de cette coupure. La rivière n’identifie pas la ville, surtout le centre-ville. L’opération de Reconquête des Berges passe par une autre approche de l’eau, des rapports entre les gens et des relations à la voiture…  

La mise en service du tramway

Angers, Bord de Maine, vue sur le pont ConfluenceLa mise en service prochaine maintenant du tramway va aussi faciliter l’accès à la rivière. Je commence à sentir dans la ville une impatience pour le tramway. Les gens demandent quand ils vont pouvoir (enfin) l’utiliser. La ville va découvrir une nouvelle relation à la mobilité, qui sera très intéressante également pour cette opération des Berges de la Maine, surtout que le tracé du tramway emprunte le cœur du centre d’Angers, en passant par la Place Molière sur la rive droite avant de rejoindre la Place du Ralliement qui fait face au théâtre en plein centre. C’est un choix stratégique fondamental » pour rapprocher la ville de ses habitants et de ses utilisateurs, propre à conférer à l’agglomération  un nouvel envol. Constatons aussi que la ville, ce faisant, se dote d’un cœur perpendiculaire qui se greffe au milieu de la rive gauche. 

 

Le calendrier de la reconquête des Berges de la Maine

Les gens s’étonnent de la durée du projet qui va courir sur plus de 20 ans. Pour expliquer cette situation, la pédagogie est nécessaire, tout autant que le respect, autant que faire se peut, du calendrier des différentes phases du planning et la volonté politique. Pour l’instant, la municipalité en est bientôt à celle du choix de l’équipe qui aura la responsabilité  de mener à bien ce projet stratégique. Les responsables de la ville, sous la conduite de Jean-Claude Antonini, viennent d’auditionner les huit équipes pré-sélectionnées parmi les 40 qui avaient postulé pour en retenir 3 dont les noms sont maintenant connus.

 

Une opération en marche

L’idée pour la ville de retrouver ses liens naturels et historiques avec sa rivière est un mouvement universel. Il appartient de trouver le projet le plus en adéquation avec l’identité profonde de ce site très exceptionnel du fait de la diversité des séquences se suivant ou se faisant face  avec  par exemple :

. un village de pêcheurs en rive droite face à une zone industrielle,

. une place classée, celle la Rochefoucault, face à la ville dense derrière la voie rapide sur l’autre rive,

. un théâtre dédié aux arts contemporains, Le Quai, face à un château-fort du XIIè siècle, perché sur son éperon rocheuxn symbole de la ville.

 

En attendant, comme tous les Angevins peuvent déjà le constater, la revitalisation des berges est déjà en cours avec des opéChristophe Lesort, Urbaniste d'Angers, Portrations ponctuelles d’importance, comme le nouveau pont « Confluence » dédié aux piétons, aux cyclistes et au tramway en amont du site, face au CHU. En rive droite et en aval cette fois-ci, je viens de citer Le Quai, ce gros cube mystérieux rouge la nuit que tous les Angevins ont adopté  avec une vitesse surprenante.  Depuis l’été, le nouveau port de la Cale de la Savatte est opérationnel  face au Château.  La fête Tempo Rives qui s’est déroulé à cet endroit sur l’eau de la Maine cet été entre le Quai et le Château a été un grand succès, au grand plaisir de Monique Ramognino, l’élue en charge de la Culture. Très bientôt va commencer, comme l’a annoncé le maire, Jean-Claude Antonini, la concertation avec les habitants d’Angers sur le nouveau Centre des Congrès, dont la construction est prévue près du Quai.

 

« La ville est en marche. Elle ne s’arrête jamais. A nous de faire du sur-mesure pour le bien-être de tous » conclut Christophe Lesort à la fin de cet entretien.        

 

Pour suivre le chemin

. Ce billet fait suite à un entretien avec l’urbaniste le 23 décembre 2010 à son bureau.

. Lire la série des billets sur les visites d’études que nous avons faites à Bordeaux et à Lyon, sous la conduite de Christophe Lesort, pour comprendre in situ et avec les explications des responsables des municipalités et des agences concernées les problématiques et les retombées de ces grands projets urbains.

. Photos EP         

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