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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Angers vu par Courrier International et Cost dessinateur

14 Novembre 2009, 12:27pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Le Courrier International, comme les autres magazines, nous fait régulièrement l’honneur de nous offrir un supplément régional pour dynamiser ses ventes. Cette fois-ci, celui-ci était dédié au Val de Loire vu par la presse étrangère. Un titre un tantinet ambitieux au vu des articles consacrés à :

. « Tours, presque méditerranéenne » pour Der Spiegel,

. « Angers, Blois, Orléans : incomparables » pour The Independant de Londres,

. « A l’hôpital, du côté de Tours » pour le New York Times,

. « Mon jardin anglais » avec le  Daily Telegraph pour un couple d’Anglais artistes et fervents adeptes du jardinage à Valanjou près d’Angers,

. « Une amazone parmi les hommes » sur Laurence Sautet du Cadre noir à Saumur, dans un portrait du Temps de Lausanne »,

. et enfin « Villandry, espagnol ou français ? » pour ABC de Madrid.

 

Vous avez bien compris que j’ai acheté le journal pour connaître plus spécialement l’image d’Angers telle qu’elle ressort de la vision de nos amis anglais. Well, well, comment puis-je dire, Michel Webb, le journaliste de The Independant, n’a pas du faire beaucoup de recherches sur son sujet qui porte sur Orléans, Blois et Angers, contrairement au titre. D’Orléans, on perçoit chez lui un certain agacement à voir la place qu’il consacre dans les deux paragraphes à la Pucelle, cette femme mythique. Pour Blois, il est un peu plus prolixe pour le château et la vieille ville dans les quatre paragraphes qu’il consacre à cette ville qui ‘accueille volontiers le visiteur’.  Un bon point pour elle. Arrivent les trois paragraphes sur Angers.

 

Angers

Elle est ‘charmante et animée’, avec sa cathédrale et son château fortifié contre les assaillants, avec des jardins à l’anglaise dans ses douves. ‘L’ancien berceau de la dynastie royale des Plantagenêts’ est ‘réputée pour ses vins et ses vergers, ainsi que pour ses activités commerciales et industrielles. Parmi celles-ci et seule citée, Cointreau, une des liqueurs les plus anciennes (150) et les plus célèbres au monde’. Pour finir, Mick Webb, parle pour finir de ce qui fait la réelle renommée d’Angers, la Tapisserie de l’Apocalypse au Château la rivière Maine. C’est dans ce dernier   paragraphe que l’on sent un peu d’émotion chez le journaliste, pour dire, pour la première tapisserie, la puissance de la vision dramatique des évènements qui précédent le Jugement dernier et la joie de vivre confrontée aux horreurs de la guerre nucléaire pour la seconde. Ces deux oeuvres sont qualifiées  des véritables trésors d’Angers, sous-entendu par rapport à la cathédrale et au château.       

 

Impression

On comprend que si Angers a l’air sympa, elle le doit toujours à ses vieilles pierres, une cathédrale et un château défensif pour se protéger contre les ennemis. Les vins et les vergers pourtant cités ne sont pas spécialement présents dans la ville. D'ailleurs le journaliste ne donne même pas un nom de vin ou de vigneron. Quelques pieds de vigne ont bien été plantés dans une reproduction d’un jardin médiéval par les Monuments historiques à l’intérieur du château mais ça ne suffit pas pour faire d’Angers une ville vigneronne, comme Saumur par exemple. C’est la raison pour laquelle The Independant s’est déplacé à Faye d’Anjou (20km d’Angers) pour entendre Olivier Lecomte défendre la conception française du rosé. Mais cet encadré est placé dans un autre article.  Quant aux vergers, ils sont plus situés au nord d’Angers en dehors de la ville. La grande époque  est révolue où l’exportation de pommes en Grande-Bretagne constituait l’essentiel de l’export (cas de Pomanjou par exemple dans les années 90) par suite de la concurrence des pommes d’Europe centrale. Il est vrai qu'il y a eu cet été une exposition de l'INRA montrant ses innovations végétales mais elle n'est pas citée. Quant à Cointreau, elle fait dorénavant partie d’un grand groupe et son lien avec les Angevins s’est quelque peu distendu. En résumé, la description qu’il fait d’Angers est bien superficielle et quelque peu datée.

 

La bonne surprise pour Angers

Elle vient des dessins de Cost, qui travaille depuis quelques années pour le magazine. Pour Angers, on voit bien que le dessinateur a voulu sortir des sentiers battus. Le supplément s’ouvre sur un de ses dessins de la rive droite face au château. C’est La Doutre qui ainsi est mise à l’honneur avec ses péniches arrimées au quai qui lui donnent un air de Seine. Quant à la cathédrale, on la retrouve en arrière plan à droite du château mais d’un château inversé. C’est lui maintenant qui s’ouvre sur le quartier ancien de La Doutre et qui ‘annexe’ la rivière Maine en son sein.

Le dessinateur reprend ainsi à sa façon la volonté des habitants de La Doutre d’être aussi considérés comme appartenant pleinement au Centre, à l’instar de ce qui se passe pour le château et la cathédrale. Le Grenier Saint-Jean dans ce quartier ancien qui abrite l’oeuvre maîtresse de Jean Lurçat forme le troisième point de ce cœur historique élargi Outre-Maine d’Angers . Les deux dessins de Cost en réalité n'en font qu'un, le premier dessin présentée en couverture intérieure pour le supplément est extrait de la composition audacieuse du chateau capturant la rivière à son profit pour s'ouvrir.                               

 

Pour suivre le chemin

. Courrier International, n° 991, du 29.10 au 04.11.2009, supplément Val de Loire vu par la presse étrangère
. Le château d’Angers s’est placé en 3ème position dans les 25 monuments les plus visités en France –hors Paris – lors des Journées du Patrimoine, avec 8 800 personnes, 12 400 pour l’abbaye du Mont Saint-Michel et 11 500 pour la Cité Menier –le chocolat- à Noisiel. A voir sur

http://www.gouvernement.fr/gouvernement/bilan-des-journees-europeennes-du-patrimoine-12-millions-de-visiteurs-dans-15-772-monum

. Olivier Lecomte est le président des vins rosés d’Anjou; avec Claire Lecomte et François David, il est vigneron et propriétaire du château de Passavant sur Layon fondé par Foulque Nerra et du vignoble attenant      http://www.passavant.net/
. Sur Foulque Nerra, lisez http://fr.wikipedia.org/wiki/Foulque_III_d'Anjou

Pour sa douceur de vivre, on repassera ! Par contre pour  la violence et l’énergie, il est phénoménal. Je le crédite d’un bon point parce que c’est lui qui a fait creuser le Lac Saint-Nicolas à Angers afin de permettre aux moines de  l’Abbaye Saint-Nicolas de posséder un vivier de poissons d’eau douce. L’Abbaye possède en outre la dernière (vraie) parcelle de vigne d’Angers qui demeure depuis X siècles. Elle témoigne de la richesse de ce patrimoine viti-vinicole qui s’étendait jusqu’à Savennières, la célébrissime appellation.   

. Cointreau à voir sur

fr.cointreau.be/.../cointreau-angers.htm  
. Photo EP, le Château d'Angers vu de la Doutre avec la Maine au premier plan.        

 

 

Commenter cet article

Antoine Vincent 10/12/2009 01:49


Belle analyse, tant il est vrai qu'elle est belle notre ville. Du reste on ne peut s'empêcher  de penser qu'elle est surtout perçue (par les étrangers) comme un musée à ciel ouvert  avec
une présence médévale forte et un passé moyenageux très important. Les visiteurs "curieux" ou accidentels qui y s'éjournent y voient une bien belle ville avec une certaine opulence certes, et seuls
quelques passionnés poussent plus loin les investigations afin d'en percevoir un certain art de vivre, àpeine usurpé.
Reste la réalité, cette ville d'une rare beauté souffre dun manque cruel de reconnaissance, probablement due (entre autre) à une vision égocentrique de nos élus, qui depuis une 10 aine d'année,
collent bien à quelques shémas du progres, hélas trop peu et sans réel panache, comme si le terme de compétivité était un virus mortel. Ce manque de discernement et cette incapacité à analyser les
besoins réels et les désirs légitimes des habitants "est selon moi" une des clefs du futur, pour qu'Angers soit autre chose que la douce ville de Du-Bellay et que ça...


Elisabeth Poulain 10/12/2009 11:35


Ce manque de compétitivité, je l'analyse pour ma part, comme un rejet certainement inconscient de la concurrence et d'un certain jeu  sociétal de la confrontation des idées. Un peu comme
certains étudiants qui me soutenainent qu'il ne pouvait y avoir de concurrence pour les vins AOC français puisque par définition le terroir ne peut se déplacer.
Heureusement que le consensus à tout prix n'existe pas!