Le Courrier International, comme les autres magazines, nous fait régulièrement l’honneur
de nous offrir un supplément régional pour dynamiser ses ventes. Cette fois-ci, celui-ci était dédié au Val de Loire vu par la presse étrangère. Un titre un tantinet ambitieux au vu des
articles consacrés à :
. « Tours, presque méditerranéenne » pour Der Spiegel,
. « Angers, Blois, Orléans : incomparables » pour The Independant de Londres,
. « A l’hôpital, du côté de Tours » pour le New York Times,
. « Mon jardin anglais » avec le Daily Telegraph pour un couple d’Anglais artistes et fervents adeptes du jardinage à Valanjou près d’Angers,
. « Une amazone parmi les hommes » sur Laurence Sautet du Cadre noir à Saumur, dans un portrait du Temps de Lausanne »,
. et enfin « Villandry, espagnol ou français ? » pour ABC de Madrid.
Vous avez bien compris que j’ai acheté le journal pour connaître plus spécialement l’image d’Angers telle qu’elle ressort de la vision de nos amis anglais. Well, well, comment puis-je dire, Michel Webb, le journaliste de The Independant, n’a pas du faire beaucoup de recherches sur son sujet qui porte sur Orléans, Blois et Angers, contrairement au titre. D’Orléans, on perçoit chez lui un certain agacement à voir la place qu’il consacre dans les deux paragraphes à la Pucelle, cette femme mythique. Pour Blois, il est un peu plus prolixe pour le château et la vieille ville dans les quatre paragraphes qu’il consacre à cette ville qui ‘accueille volontiers le visiteur’. Un bon point pour elle. Arrivent les trois paragraphes sur Angers.
Angers
Elle est ‘charmante et animée’, avec sa cathédrale et son château fortifié contre les assaillants, avec des jardins à l’anglaise dans ses douves.
‘L’ancien berceau de la dynastie royale des Plantagenêts’ est ‘réputée pour se
s vins et ses vergers, ainsi que pour ses activités
commerciales et industrielles. Parmi celles-ci et seule citée, Cointreau, une des liqueurs les plus anciennes (150) et les plus célèbres au monde’. Pour
finir, Mick Webb, parle pour finir de ce qui fait la réelle renommée d’Angers, la Tapisserie de l’Apocalypse au Château la rivière Maine. C’est dans ce dernier paragraphe que l’on sent un peu d’émotion chez le journaliste, pour dire, pour la première
tapisserie, la puissance de la vision dramatique des évènements qui précédent le Jugement dernier et la joie de vivre confrontée aux horreurs de la guerre nucléaire pour la seconde. Ces deux
oeuvres
sont qualifiées des véritables trésors d’Angers, sous-entendu par rapport à la cathédrale et au château.
Impression
On comprend que si Angers a l’air sympa, elle le doit toujours à ses vieilles pierres, une cathédrale et un château défensif pour se protéger contre les ennemis. Les vins et les vergers pourtant cités ne sont pas spécialement présents dans la ville. D'ailleurs le journaliste ne donne même pas un nom de vin ou de vigneron. Quelques pieds de vigne ont bien été plantés dans une reproduction d’un jardin médiéval par les Monuments historiques à l’intérieur du château mais ça ne suffit pas pour faire d’Angers une ville vigneronne, comme Saumur par exemple. C’est la raison pour laquelle The Independant s’est déplacé à Faye d’Anjou (20km d’Angers) pour entendre Olivier Lecomte défendre la conception française du rosé. Mais cet encadré est placé dans un autre article. Quant aux vergers, ils sont plus situés au nord d’Angers en dehors de la ville. La grande époque est révolue où l’exportation de pommes en Grande-Bretagne constituait l’essentiel de l’export (cas de Pomanjou par exemple dans les années 90) par suite de la concurrence des pommes d’Europe centrale. Il est vrai qu'il y a eu cet été une exposition de l'INRA montrant ses innovations végétales mais elle n'est pas citée. Quant à Cointreau, elle fait dorénavant partie d’un grand groupe et son lien avec les Angevins s’est quelque peu distendu. En résumé, la description qu’il fait d’Angers est bien superficielle et quelque peu datée.
La bonne surprise pour Angers
Elle vient des dessins de Cost, qui travaille
depuis quelques années pour le magazine. Pour Angers, on voit bien que le dessinateur a voulu sortir des sentiers battus. Le supplément s’ouvre sur un de ses dessins de la rive droite face
au château. C’est La Doutre qui ainsi est mise à l’honneur avec ses péniches arrimées au quai qui lui donnent un air de Seine. Quant à la cathédrale, on la retrouve en arrière
plan à droite du château mais d’un château inversé. C’est lui maintenant qui s’ouvre sur le quartier ancien de La Doutre et qui ‘annexe’ la rivière Maine en son sein.
Le dessinateur reprend ainsi à sa façon la volonté des habitants de La Doutre d’être aussi considérés comme appartenant pleinement au Centre, à l’instar de ce qui se passe pour le château et la
cathédrale. Le Grenier Saint-Jean dans ce quartier ancien qui abrite l’oeuvre maîtresse de Jean Lurçat forme le troisième point de ce cœur historique élargi Outre-Maine d’Angers . Les deux
dessins de Cost en réalité n'en font qu'un, le premier dessin présentée en couverture intérieure pour le supplément est extrait de la composition audacieuse du chateau capturant la rivière à son
profit pour
s'ouvrir.
. Courrier International, n° 991, du 29.10 au
04.11.2009, supplément Val de Loire vu par la presse étrangère
. Le château d’Angers s’est placé en 3ème position dans les 25 monuments les plus visités en France –hors Paris – lors des Journées du Patrimoine,
avec 8 800 personnes, 12 400 pour l’abbaye du Mont Saint-Michel et 11 500 pour la Cité Menier –le chocolat- à Noisiel. A voir sur
http://www.gouvernement.fr/gouvernement/bilan-des-journees-europeennes-du-patrimoine-12-millions-de-visiteurs-dans-15-772-monum
. Olivier Lecomte est le président des vins rosés d’Anjou; avec Claire Lecomte et François David, il est vigneron et propriétaire du château de Passavant sur Layon fondé
par Foulque Nerra et du vignoble attenant http://www.passavant.net/
. Sur Foulque Nerra, lisez http://fr.wikipedia.org/wiki/Foulque_III_d'Anjou
Pour sa douceur de vivre, on repassera ! Par contre pour la violence et l’énergie, il est phénoménal. Je le crédite d’un bon point parce que c’est lui qui a fait creuser le Lac Saint-Nicolas à Angers afin de permettre aux moines de l’Abbaye Saint-Nicolas de posséder un vivier de poissons d’eau douce. L’Abbaye possède en outre la dernière (vraie) parcelle de vigne d’Angers qui demeure depuis X siècles. Elle témoigne de la richesse de ce patrimoine viti-vinicole qui s’étendait jusqu’à Savennières, la célébrissime appellation.
. Cointreau à voir sur
fr.cointreau.be/.../cointreau-angers.htm
. Photo EP, le Château d'Angers vu de la Doutre avec la Maine au premier plan.