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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Aux Iles Lofoten > L'ode au bois en photos > L'Illustration 5.5.1928

18 Octobre 2014, 11:53am

Publié par Elisabeth Poulain

 

Traduction du titre. Ce billet va vous parler du bois, celui que nous fournit encore l’arbre, celui qui a permis l’essor de civilisations depuis des millénaires et ce partout dans le monde. C’est notamment grâce à lui qu’il a été possible à l’humanité de vivre et de survivre. Il s’agit donc d’abord d’un hommage au bois, qui permet la vie et assure la survie. J’aurais pu tout aussi bien vous parler du « chant du bois aux Iles Lofoten », en ajoutant que cette ode est « force 5 ». Vous allez comprendre pourquoi.  

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Les Iles Lofoten. Cette indication de la localisation est essentielle. Le rôle dévolu au bois n’est pas le même selon que l’on est en un pays tempéré qui célèbre « la douceur de vivre »  comme la France ou dans le Grand Nord, comme le sont les Iles Lofoten situés en plein océan arctique au nord de  la Norvège. Les conditions  climatiques ne sont pourtant pas celle qu’on imagine. L’hiver, le temps est doux du fait de l’influence du Gulf Stream qui baigne les côtes des îles sud de la Norvège. Néanmoins les vents venus du Pôle et les courants ne facilitent pas la pêche des  morues en mer. Retenez que si la douceur de l’eau attire ces poisson, la vie est franchement rude là-haut pout ceux qui y habitent. Il faut des cœurs bien accrochés, une très bonne connaissance de la mer et une excellente pratique de la pêche de janvier à avril - la période faste - pour survivre.

Le moment. Outre cette saisonnalité régulière, l’époque choisie par le rédacteur de l’Illustration, T. Chauvin,  se situe quelques années avant le 5 mai 1928, date de la parution de l’article. Il a vécu en effet plus de deux ans là-bas et déclare avoir eu en outre grand plaisir à y revenir le temps de faire cet article, après être parti du grand port de Bergen situé au sud sur le continent, en compagnie de pêcheurs venus pour faire la saison de pêche.

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La pêche à la morue en vraiment quelques mots. Elle a eu une importance qu’on a peine à imaginer maintenant. On peut comparer son essor dès le Moyen-Age et son importance avec le commerce des épices qui a ouvert le monde  selon Fernand Braudel, suivi quelques siècles plus tard dans  seconde moitié du XIXe siècle par la Ruée vers l’Or en Californie. Les pêcheurs venaient du Portugal, du Pays basque, de Terre Neuve…

. Les barques traditionnelles et bateau de pêche, en Ier usage du bois. Toutes en bois, elles commençaient déjà à être remplacées en ces années 1927-1928 par des bateaux à moteur dotés de pont couvert qui permettaient aux hommes de se mettre à l’abri, le temps de l’aller sur le lieu de pêche et au retour. Il n’en allait pas de même avec les longues et étroites barques effilées à la pointe particulièrement haute devant et un peu moins en arrière. Les plus anciennes, qui  étaient manipulées à la rame, ont été progressivement remplacées par des barques plus grandes dotées d’une voile carrée dissymétrique de couleur rouge ou bleu. Les rames étaient conservées tant la navigation était rendue difficile avec ce type de voile.

L’article de L’Illustration présente deux types de bateaux. Le cliché le plus ancien montre des barques non pontée, sans mat et donc sans voile où l’on distingue une petite dizaine d’hommes dont certains  rament. Les barques ont une silhouette ressemblant aux anciens drakkars des Vikings.  Sur la seconde photo, on aperçoit  des bateaux plus grands à l’arrêt, avec semble-t-il deux mats, le plus petit à l’arrière portant sa voile non attachée pour pouvoir battre au vent.   

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. A terre, le poisson est mis à sécher dans des sècheries – 2e usage du bois -pour pouvoir être conservé et ensuite transporté. Il faut donc prévoir des installations à cet effet en plein air. C’est ce que montre la photo qui occupe la place prééminente dans l’article. Les sècheries sont constituées de poteaux de bois enfoncés dans le sol, auxquels sont fixées de longues poutres horizontales sur lesquels sont posés les poissons attachées deux par deux par la queue. De cette façon, le vent passe aisément entre les poissons.  

. Il faut aussi que les pêcheurs puissent trouver un abri à terre au plus près de la mer qui entoure les Iles Lofoten. Comme tous les pêcheurs de morue, de retour à terre, ils sont aussi bucherons l’été et quand le temps le permet. Ce sont donc eux aussi qui ont conçu, taillé et monté les cabanes de pêche3e usage - à partir des troncs bruts d’arbre. Ces cabanes de pêche sont conçues sur le mode minimaliste d’une ou deux pièces au mieux avec  l’une dédiée au couchage et l’autre au matériel, l’idéal étant d’avoir aussi un porche extérieur couvert pour y stocker du matériel hors neige. Visiblement la photo du campement à Balstad ne semble pas en posséder, comme le montrent les malles de bois posées dehors ainsi qu’une partie de l’outillage (photo n°4). On peut aussi penser que la cabane de pêche pouvait être  composée d’une seule pièce, accolée à d’autres en bande, quand la situation au sol s'y prêtait. Un des quatre murs était alors chauffé par le mur accolé.

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. Qui dit habitat temporaire, dit aussi transport et de stockage du matériel de survie nécessaire au bon déroulement de la campagne de pêche. Il faut prévoir des malles résistantes en bois pour remplir cette 4e fonction. C’est ce que vous découvrez sur la photo  la moins travaillée mais qui est riche d’informations. C’est aussi la seule où l'on peut voir un vraiment jeune pêcheur, tête nue et chemise ouverte dans l’entrebâillement de la porte basse d’une des cabanes accolées les unes aux autres.

. La porte refermée, à l’intérieur, le bois remplit deux autres fonctions proprement vitales  qui sont le chauffage et la cuisson de la nourriture (5e et 6e fonction). Un seul poêle alimenté au bois permettait de chauffer le volume restreint, de « détendre les membres » selon l’auteur de l’article, de faire baisser la pression, de deviser  agréablement et le dimanche de se reposer, le jour du Seigneur….

T. Chauvin termine son article, qui « n’a pas pris une ride » selon la formule consacrée, en disant des pêcheurs que  " leur optimisme est étonnant et il suffit d’une bonne journée de pêche pour faire renaître chez eux l’espérance et la bonne humeur. Ce sont des vrais fils de mer ". Oui, en partie grâce au bois de vie, de survie…           

Pour suivre le chemin de la morue

. Retrouver l’Illustration en date du 5 mai 1928, avec l’article remarquable de T. Chauvin, « Avec les pêcheurs de Morue des Iles Lofoten ». Quatre des photos ne sont pas signées, seule « La flottille de pêche au large de Slolvaer » en page 444 l’est par Otto Hoy. 

. Découvrir sur Persée  des extraits de l’étude de Michel Barbe, « La pêche aux îles Lofoten »,  (dans les années 1960-66),  Revue de géographie de Lyon. Vol. 41 n°1, 1966. pp. 29-60,  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113x_1966_num_41_1_2592

. La morue n’est pas seulement l’affaire des pêcheurs norvégiens, elle l’était aussi celle des Normands, des Basques et des Portugais… et des Canadiens, à voir sur Radio-Canada «La morue, des siècles d’histoire », à  regarder sur http://archives.radio-canada.ca/economie_affaires/ressources_naturelles/clips/7190/

. Fécamp, haut lieu du départ des pêcheurs normands vers Terre-Neuve, voir http://www.fecamp-terre-neuve.fr/Historique/GrandesDates.html

. Avec l’histoire de la morue à Fécamp, « La morue normande, de la conserverie au musée » sur http://www4.culture.fr/patrimoines/patrimoine_monumental_et_archeologique/insitu/article.xsp?numero=8&id_article=levert-482

 http://www.canalacademie.com/ida7106-La-Morue-de-l-or-blanc-a-la-brandade.html

. Photos Elisabeth Poulain d’après le magazine

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