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Le Blog d'Elisabeth Poulain

B de Bête > Le Coq de Combat, France > La Vie illustrée, 1899-2014

25 Mars 2014, 12:20pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ou si vous préférez un autre titre franchement pas clair  mais plus amusant  graphiquement « Style de Vie  en France > B2 = C2 > 1899-2014 » qu’il me faudrait quand même traduire. J’ai trouvé dans un vieux numéro datant du 23 mars 1899 de La Vie illustrée un concurrent de l’Illustration, le célèbre hebdomadaire français, un article signé par Paul Mégnin, envoyé spécial à Lille. Le titre sobre et efficace est « Combats de Coqs ». La pleine page est illustrée par quatre photos avec deux coqs à deux moments du combat, une en grand format montrant l’avant-combat à l’arrivée des coqs encore dans leur sac avec le public d’hommes autour et une représentant une collection d’ « éperons en usage dans tous les pays. » Une des raisons de ce  billet provient de ce dernier cliché. Mais commençons par le début.  

La Vie illustrée, n°23, 23.03.1899, Coqs de Combat1

Le journaliste commence par citer l’aire d’influence de ce sport réservé exclusivement aux coqs, à l’égal d’autres sports ayant leur propre lieu d’exercice comme les hippodromes ou les vélodromes. Il ne se pratique donc pas dans un coquodrome – un mot qui n’existe pas  et qui est cité dans le texte -  mais dans « un parc », un endroit doté d’un ring à coqs dans un estaminet. C’est ce que Paul Mégnin appelle une estrade d’un mètre de haut posée  sur des tréteaux entourée d’un grillage. Les dimensions sont difficiles à estimer, d’un peu plus de 2m en largeur sur un peu plus de 3 mètres, d’après ce qu’on voit sur le cliché central.

Quelques  hommes sont assis pour ceux qui sont le plus proches, avec des petits garçons debout devant eux. Les autres sur les trois autres côtés et derrière les privilégiés sont debout. On remarque une franche différenciation entre les Casquettes debout et les Hauts de Forme  le plus souvent assis mais pas toujours. On en voit dans le fond près du mur à droite du cliché. 

Précisons aussi  d’emblée qu’il n’y a que des mâles dans ce spectacle sanglant qui se termine par la mort du vaincu pour que d’autres (grands) mâles aient le plaisir de s’exciter devant ces combats qui commencent dès 9 heures du matin jusqu’à 7 heures du soir dont l’issue fait l’enjeu de paris, dont le journaliste évite de trop parler.

La Vie illustrée, n°23, 23.03.1899, Coqs de Combat3

L’autre sujet dont il parle plus est le lien avec la bière et l’alcool de genièvre qui sont abondamment consommés pendant la durée des combats, tout en se calant l’estomac avec des œufs durs, des frites et des grandes tartines beurrées. C’est là-dessus que le propriétaire de l’estaminet fait son bénéfice ; il prête gratuitement la salle à l’intérieur ou l’espace à l’extérieur aux « coqueleux ». Ce sont les propriétaires-entraîneurs-sélectionneurs des bipèdes à plumes, à bec pointu  et à ergot de pattes revêtus d’éperons en acier juste avant le combat. 

La Vie illustrée, n°23, 23.03.1899, Coqs de Combat3

C’est là qu’on se penche sur la photo  de la collection d’éperons avec une franche répulsion. Ces instruments sont des armes à tuer l’adversaire. On dit d’ailleurs que les coqs sont « armés » quand ils en sont dotés pour la volonté de tuer. Un aspect que ne développe pas le journaliste. Il y a en effet tout un travail en amont de la part des coqueleux qui porte sur la sélection de races de coqs agressifs et leurs conditions de privations et de dressage extrêmement dures. Les objectifs sont  de développer chez eux leur résistance à la souffrance et suffisamment de haine de l’autre (coq) pour vouloir leur mise à mort. 

La dimension internationale de ce sport constitue l’autre fil conducteur de l’article. On en trouve dans de nombreux pays, outre la France, tels que la Belgique, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne et de l’autre côté de l’Océan atlantique aux Etats-Unis, au Mexique et toujours aux Antilles. En France, ce « sport »  a été pratiqué à Paris jusqu’en 1853, aux Arènes gallines à l’Ancien Hippodrome de l’avenue d’Eylau. Peu avant 1899, la Cour de Cassation a autorisé à nouveau les combats de coqs dotés seulement de leur ergot naturel, sans éperons d’acier.

La Vie illustrée, n°23, 23.03.1899, Coqs de Combat2

L’article et les photos. Ce texte de 1899 est aussi frais et actuel que s’il avait été écrit de nos jours. Le récit est clair, documenté, avec toutes les dimensions nécessaires pour intéresser les lecteurs, y compris la chute finale sur le retour de cette pratique à Paris - mais sans éperon d'acier - et qui explique pourquoi ce sujet a été traité. Le choix des photos est judicieux ; seule leur qualité montre leur ancienneté sur un papier jauni par le temps. 

Quant au panneau, il fait frissonner d'effroi. Quelle horreur! Au sang, je préfère nettement le rouge du vin dans le coq au vin, sachant quand même qu'il est absolument déconseillé de manger une telle viande aussi chargée de toxines provoquées par les stress multiples que subissent ces animaux. Jouir de la souffrance animale est quand même une vraie source d'interpellation tant leur proximité avec l'homme est forte.           

Pour suivre le chemin

. La Vie illustrée, n°23, 23 mars 1899, page 300, qui mentionne en couverture que c’est sa seconde année d’existence. Je n’ai malheureusement rien trouvé sur ce concurrent me semble-t-il de l’Illustration. Par contre Paul Mégnin, journaliste et auteur animalier, a publié par exemple en 1936 « Les quatre saisons du Chasseur », Librairie des Champs Elysées, Paris. Cet exemplaire ainsi que quelques autres m’a été offert par Edith Dutru, relieuse et bouquiniste à Angers.

. L’Illustration, le plus prestigieux magazine français dans le monde qui a conservé et mise en ligne le contenu de toutes ses parutions. Un cas unique dans la presse. http://www.lillustration.com/C_a108.html  

. Aller dans le département du Nord de la France ou aux Antilles où en 2014 - c’est totalement incroyable - les combats de coqs y sont toujours autorisés mais forcément dans les conditions actuelles, sans éperons d'acier. Le parallèle entre le coq et l’homme est clairement explicité, avec l’excitation du goût du sang, dans  http://fr.wikipedia.org/wiki/Combat_de_coqs

Coqs-combat-mosaique-romaine-Santangelo_MAN_Napoli_Marie-La.jpg

. Photos Elisabeth Poulain à partir de l’article + photo d’une mosaïque romaine par Marie-Lan Nguyen prise en 2011 au Musée archéologique national de Naples sur wikipedia à "Combat de Coqs" et qui prouve l'ancienneté de cette pratique, à retrouver sur ce blog dans l'album photos "Bestiaire de Voyage"

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