Partager l'article ! Collection de peintures Emmaüs > La chaleur de la plage: Les outrages du temps C’est une peinture à l’huile sur une plaque en ...
C’est une peinture à l’huile sur une plaque en bois carrée qui a beaucoup souffert. La peinture elle-même a été enduite de plusieurs couches d’un vernis qui a terriblement jauni. Elle a reçu des chocs multiples. Le cadre, oeuvre d’un amateur peu doué, n’est pas fini. L’arrière du tableau, qui était doublée d’une fine épaisseur de bois, a été dégradée à la suite de l’arrachement de ce cache dont il reste des éléments. Les trous que l’on voit en trois endroits devant au pourtour de l’huile sur le devant sont dus à cet arrachement.
Et pourtant, malgré tous ces outrages, l’oeuvre est attachante. Elle est signée « Badam Joom », sans certitude aucune de bon déchiffrage du nom, tant la signature est difficile à lire. La date à laquelle elle a été réalisée est indiquée aussi, « 97 ». Curieusement elle a été acheté chez Emmaüs en 2007, l’étiquette est restée attachée au verso.
C’est la plage et pas la mer que le peintre a voulu célébrer. On voit quelques empreintes mouillées de ses pas quand il est sorti de l’eau. La mer n’est évoquée que par ces cinq empreintes de chaussures et non celles des pas d’un nageur sortant de l’eau. Le peintre tourne le dos à la mer.
Devant lui, sur le sable sec, un peu sur la droite, un you-you en bois à la forme un peu rigide. On ne s’en est pas servi récemment. Il est hors de portée des limites de la marée haute. Quelques algues laissées par le retrait de l’eau en attestent.
Au milieu du tableau, sur le sable sec, le peintre a placé un parasol rouge dont l’ombre porte en partie sur une grande serviette verte. C’est le point focal de l’œuvre. Nulle trace humaine n’affaiblit ce trio aligné horizontalement que forme le bateau, le parasol et la serviette.
Elle est très présente. En avant, à gauche, la petite falaise est très érodée. Elle n’a de sens que pour donner un envol courbe vers le ciel. Son couvert végétal vert est peu dense. Il n’en va pas de même avec l’arrière plan de la composition, celle qui porte en hauteur la petite maison et son appenti aux toits rouges, du même rouge que celui du parasol.
C’est le vert qui domine alors. Un vert plus dense, portant des arbres qui ont besoin de terre profonde. C’en est fini de la dominance si forte du sable verdi par les algues au premier plan ou écrasé par le soleil en second plan.
Il devait être d’un bleu pas si léger. Il offre maintenant une curieuse couleur jaune, comme s’il reflétait la couleur de la plage. Ses nuages meublent l’espace, comme s’il en était besoin.
La finesse des touches du paysage, la composition, le choix de montrer la chaleur étouffante d’un soleil proche de son zénith, sans référence à la mer autre que le you-you, le parasol, la serviette attirent. Le peintre pourtant savait qu’il s’attaquait à une tâche qui a excédé ses capacités techniques : peindre le sable ou le ciel s’est révélé trop difficile. Il n’en demeure pas moins que j’aime bien cette huile d’un peintre amateur.
. Aller chez Emmaüs, quand l’envie vous en prend.
. Voir sur ce blog un autre billet Le "Emmaüs Plain Blue"
. Photo EP