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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Commissaire Brunetti > Que mangez-vous à Venise, Donna Leon?

14 Mai 2012, 15:35pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le plus célèbres des commissaires de police vénitiens. Tout le monde le connaît. Guido de son prénom, que seuls peuvent utilisés  les membres de sa famille, à commencer par sa femme, ses enfants et ses amis, Guido Brunetti a beau être policier, il n’en est pas moins gourmet pour autant. Tout ça pour dire qu’il adore manger. Il est franchement gourmand et se demande par exemple, s’il ne va pas s’arrêter quelques instants, avant de rejoindre son bureau, commencer sa journée ou couper sa matinée, pour prendre un café très aromatique avec une jolie petite pâtisserie aussi appétissante que goûteuse dans un café où il a ses habitudes.

Italian Author, Donna LeonCommencer une journée comme ça, en allant à pied rejoindre son bureau dans un palais absolument pas fait pour ça, fait partie des plaisirs de la vie. Et quand on est policier, il faut savoir être hédoniste et jouir des petits bonheurs d’un moment pour supporter de vivre au contact de cette terrible vilenie humaine, qui existe à Venise comme ailleurs aussi. Surtout quand on a un chef difficile à supporter même pour quelqu’un de très tolérant comme l’est Guido. C’est une question d’équilibre de vie pour pouvoir résoudre « la question d’honneur » dont parle Donna Leone, une romancière américaine, dans un de ses romans appelé ainsi. Elle est aussi, si non autant vénitienne, que les Vénitiens, qui ont un parler spécial, une cuisine identitaire – la cuisine vénitienne - et une façon de voir le monde particulière. Elle a aussi un tendance très « slow food » qui doit répondre à quelque chose de profond chez elle.  

Le petit déjeuner. Pour en revenir à Guido, ce n’est pas forcément le moment le plus fort de la journée, si ce n’est qu’il le prend avec sa femme Paola.  Il s’apprête à prendre une seconde brioche quand sa femme, professeur d’université – littérature anglaise - au tempérament de feu, explose d’indignation, quand elle lit dans le journal qu’une femme « avoue » avoir été victime d’agression sexuelle. On avoue un crime, mais pas d’être agressée. Avant de partir au bureau, Paola lui demande s’il reviendra déjeuner à la maison. Un autre matin, on apprend qu’il boit un café au petit déjeuner.  Ce jour-là, en réalité, il ne rentre que le soir.

Italian poster, Venezia, travel poster 1920

Un dîner. Tout le monde est à la maison, ses deux enfants Chiara et Raffi, tous les deux lycéens, sont en train de se disputer ; sa femme s’est réfugiée dans son bureau pour ne plus les entendre crier pour une affaire de disques. Guido file dans la cuisine ouvrir une bouteille de Prosecco (un vin blanc à bulles) à la place du Chardonnay que voulait Paola. Fier de lui d’avoir contribué à avoir fait quelque chose pour le repas - « tout travail mérite salaire » - il apporte la bouteille et un verre au séjour. Il se verse un verre, en attendant que Paola l’appelle.

Vingt minutes après, toute la famille passe à table. Paola avait préparé un « risotto di succa » (à la courge) pour commencer avec du gingembre râpé, beaucoup de beurre et du parmesan par-dessus. Ensuite suit « un poulet grillé à la sauge et au vin blanc », qui est si bon que le commissaire en devient lyrique à la grande gêne de ses grands ados. «Vraiment, Papa, tu ne penses qu’à manger » lui assene Chiara. Après un changement d’assiette et de couvert, Guido prend une belle braeburn –une pomme – qu’il croque directement avec une tranche pas si fine que cela de Montesino, tandis que Paola découpe sa pomme après l’avoir pelée, en huit morceaux qu’elle mange avec couteau et fourchette, avec, elle, une fine tranche de ce fromage goûteux. Et le repas se termine pour Guido quand il ouvre une bouteille de Calva ( du Calvados?) pour respecter l’accord à trois entre la pomme, le fromage et l’alcool !  Mais ces agapes du soir sont plutôt rares le soir, sauf s’il y a un ou une invité-e; le moment le plus fort est toujours le déjeuner.

Un  verre de vin sur la terrasse au soleil couché. C’est un geste  de rapprochement que Paola propose à son mari. Ils se sont, non pas disputés, mais ils ont ré-ouvert une discussion qu’ils ont déjà eue par le passé et qui est sensible chez l’un et l’autre. Comme toujours, c’est Paola qui lance la discussion et qui développe un thème qui lui est cher : l’incapacité des hommes à parler vraiment de ce qui les touche au contraire des femmes, plus courageuses dans ce domaine, comme dans d’autres. « Vous ne parlez jamais de ce que vous ressentez, ce que vous redoutez, pas comme le font les femmes ». Guido, d’humeur sombre, ne répond pas. La journée a été dure, trop de vilenie. Alors pour l’apaiser et mettre fin à la tension, Paola lui propose d’aller « siroter un verre de vin sur la terrasse ».

Un verre de grappa, le soir entre hommes.Une autre fois, un soir après le dîner, Guido Brunetti doit aller voir son beau-père pour que celui-ci l’aide à voir plus clair dans une sordide affaire ayant des racines dans l’histoire trouble de Venise lors de la dernière guerre. C’est alors une bouteille de grappa que le comte Orazio Faller pose sur la table avec deux verres devant leur fauteuil. Une boisson d'homme... 

Un déjeuner spécial par et pour Paola, exceptionnel pour Guido. Paola lui demande toujours le matin s’il rentre déjeuner. Quand il le peut faire, en précisant que cette fois-ci il sera à l’heure, elle répond qu’en ce cas, elle va préparer quelque chose sinon de spécial, du moins de différent de ce qu’elle aurait fait pour un repas courant. C’est bien le cas ce jour-là. Paola a  acheté « un bar de ligne entier,  préparé avec des artichauts frais, du citron et du romarin … accompagné d’un énorme plat de minuscules pommes de terre rôties » parfumés aussi au romarin. » Une salade d’endives  et des pommes au four complètent ce plantureux déjeuner. La remarque du commissaire  « heureusement que tu dois aller trois matins par semaine à l’Université pour tes cours  et que tu ne peux pas faire ça tous les jours » fut peu appréciée par sa femme qui lui demanda si elle devait prendre cette remarque comme un compliment ! Une bonne question en effet.

Un déjeuner sauté, avec les arômes en substitut. C’est celui que ne peut manger le commissaire parce qu’un de ses amis d’enfance lui demande de le rejoindre d’urgence pour une affaire qui l’est tout autant. Le lieu de rendez-vous est tout ausi inhabituel, c’est un des plus célèbres grands restaurants de Venise. Guido part alors très vite. Il prend quand même le temps de retourner dans la cuisine embrasser sa femme dans les cheveux et, juste avant, de soulever les couvercles et humer, en guise de déjeuner, les savoureuses tagliatelles, avec des aubergines rissolées et de la ricotta râpée qu’il aurait dû savourer. Une fois sur place, il écoute avec attention ce que son copain Marco a à lui dire dans la cuisine du restaurant, refuse ensuite d’y manger parce que Marco aurait alors payé – mais cela n’aurait jamais été évoqué – en expliquant qu’il a déjà déjeuné à la maison.

Italian Antipasto, Flicker Photos Globetrotter 2008 WikiComme Marco insiste, pour lui rendre un service à son tour, Guido lui demande l’impossible : obtenir de «  la Signora Maria, la Grande Chef cuisinière et propriétaire du restaurant, sa recette de la farce qu’elle met dans ses moules » à l’intention de Paola. Et Marco de s’écrier : mais tu sais bien que c’est impossible ! Le délicieux mais là aussi ce n’est pas dit, est que Marco a bien fait appel à lui, pour se protéger d’une façon informelle, non prévue par la loi, à la vénitienne en quelque sorte, contre des agissements véritablement contraires à toute réglementation, d’hommes d’affaires peu scrupuleux.

Ce qui avait frappé le Commissaire en arrivant au restaurant c’est qu’il était plein à craquer de convives et « les tables regorgeaient de plats merveilleux », avec par exemple  « des homards gigantesques …  et un plateau de fruits de mer qui aurait nourri un village du Sri Lanka pendant une semaine.»

Le soir, au dîner. Il se surprend à reprendre en entrée, une deuxième fois des crêpes aux épinards et à la ricotta, à poursuivre avec une poêlée de sauté de lapin, avec des olives et des brisures de noix, un lapin présenté comme du poulet pour une jeune amie invitée par Chiara, un gros mensonge fait sans aucun souci par Paola qui ne voulut pas gâcher le repas.

A finir de lire « Une question d’honneur » que je me garderai de vous résumer, je ne peux toujours pas vous dire ce que boit le commissaire pour son petit déjeuner, à part son café, ni qui fait les courses et où, à part Paola qui a acheté le poisson. Pour la vaisselle, c’est Paola, avec très rarement son mari qui l’aide à essuyer. Encore plus rarement, les jeunes se proposent pour s’en occuper. Quant au ménage, c’est silence radio, comme s’il était toujours difficile à une américaine de dire qu’on emploie une femme de service.

Italian deli Rome Alexander 2006 Wikipedia

Pour suivre le chemin

. « Une question d’honneur », Donna Leon, Calmann-Lévy, suspense. Voir le site de l’auteur http://www.donnaleon.net/ 

. Il existe un livre de recettes de Brunetti en anglais « Brunetti’s Cookbook », bien que le commissaire ne fasse jamais la cuisine, il se contente de la manger, à voir sur   http://www.groveatlantic.com/#page=isbn9780802119476 ou en français http://www.donnaleon.fr/la-venise-de-brunetti/brunetti-passe-a-table.html, un titre qui me semble plus juste.

. Wikipedia vous donne les informations minimales à connaître sur la composition du repas à l’italienne, avec des « antitpasti (une belle assiette de charcuterie) pour se mettre en appétit, un Primo (des pâtes ou du rissoto en premier plat), un Secundo (de la viande ou du poisson), du Contorno (des légumes) ensuite, un Dolce (dessert) pour finir avec un Espresso et ou de la Liquore (grappa, amoro, limoncello…), http://fr.wikipedia.org/wiki/Cuisine_italienne  

. Lire le toujours remarquable ouvrage « Europe à la carte, un voyage culinaire », Kulinaria Köneman éditeur, la présentation de la cuisine italienne de Bettina Dürr, p. 517 à 587 , avec des recettes, comme celle de la poularde vénitienne à la sauce tomate, « Polastro in squaquacio ». Recette à venir!  

. Sur l’histoire, lire « la cuisine italienne, histoire d’une culture » de Alberto Capatti, Massimo Montanari , Seuil

. Photos Wikipedia, avec mes remerciements aux contributeurs; je n'ai pas trouvé de photo d'alimentation à Venise, celle-ci est de Rome. 

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