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Le Blog d'Elisabeth Poulain

De l'art de boucher les portes et fenêtres des murs > Le Tuffeau blanc d'Anjou

24 Septembre 2013, 09:53am

Publié par Elisabeth Poulain

Quelques murs en photo. J’aime les murs qui ont une histoire, certains plus que d’autres. C’est en particulier le cas de vieux murs qui ont vu passé beaucoup de choses, dont les fonctionnalités des logements en arrière ont changé et qui en gardent la trace. C’est le cas de trois d’entre eux en Sud-Saumurois dans la charmante vallée du Thouet, en rive gauche. Trois exemples avec trois cas de figure différents avec en points communs, le tuffeau et la situation en bordure de rue ou de route.  

Mur-Porte-Tuffeau-Sud-Saumurois 

La porte cintrée bouchée. Le mur est ancien. C’est un composite entre plusieurs sortes de pierre. Il a été rejointoyé plusieurs fois, semble-t-il aussi avec du ciment parfois. Il est franchement fatigué. Son originalité vient de la structure encore existante de la porte. Celle-ci fait preuve de la qualité de son édification, avec en guise de poteaux verticaux, l’alternance de pierres horizontales et verticales pour assurer l’intégration avec le mur et surtout aussi les trois pierres dures cintrées qui chapeautent le haut de l’ouverture de la porte.  

Ces trois pierres permettent de répartir harmonieusement la charge des pierres du dessus. Cette porte se trouve au ras d’une petite route pas très passante, certes mais certainement gênante pour ceux qui habitent dans le logement à l’intérieur. Il a suffi de trouver d’autres pierres, de les placer sans effort particulier et c’était fait. Le mur était à nouveau muré.   

Mur-Fenêtre-Tuffeau-Sud-Saumurois 

La petite fenêtre basse bouchée. Non loin, voici un autre mur, plus récent, tout en pierre de tuffeau, qui cette fois-ci, montre une volonté certaine de faire du beau travail, tout en tuffeau cette fois-ci. Il y a alternance entre des rangs de grande pierre et des séries de plus petites au-dessus et en dessous, avec des petites pierres verticales pour assurer le calage de l’ensemble et une vraie recherche visuelle.    

La structure d’encadrement de la fenêtre a été préservée, à l’exception de la pierre du haut qui manque entre les deux pierres taillées en oblique. C’est embêtant car c’est elle qui assure le calage des pierres au-dessus de l’ouverture. Tout en bas on aperçoit une partie qui a dû être recouverte de ciment. L’étonnant dans l’ensemble est de voir la disproportion entre la lourdeur de l’encadrement de pierres et la taille de la fenêtre.      

Mur-Ouverture-fermée1-Tuffeau-Sud-Saumurois

L’ouverture bouchée. C’était vraisemblablement une porte étroite, située légèrement en hauteur par rapport à la route. Les pierres au sol ne permettent pas de savoir s’il y avait un petit escalier qui y menait. Le mur est maintenant rebouché, non pas avec de la pierre comme dans le cas précédent, mais avec vraisemblablement des parpaings revêtus d’un enduit pierre dont le ton est légèrement plus jaune.

Si le bouchage n’est pas choquant à l’œil, le résultat est quand même surprenant, non pas tant pour le principe, que parce qu’il manque tout l’encadrement rectangulaire, à commencer surtout par le linteau. Du coup la grande fissure qui part du haut en côté droit a ré-ouvert toute la paroi de comblement. La seconde photo qui montre la petite fenêtre à côté est intéressante car on voit qu’elle a fait aussi l’objet de réparation. L’encadrement de la fenêtre est préservé sur trois des côtés, avec une partie basse horizontale saillante qui ne semble pas être de la pierre de tuffeau et c’est bien dommage. L’ensemble devient lourd. Il est vrai que l’époque a changé et que faire appel maintenant à des artisans spécialistes en tuffeau doit être sensiblement plus onéreux. 

Mur-Ouverture-fermée2-Tuffeau-Sud-Saumurois 

Qu’est-ce que ce tuffeau. C’est une pierre calcaire blanche tendre. Sa couleur varie en fonction de son site d’extraction, de la lumière, de son exposition, de sa proximité avec la terre et les plantes et de sa qualité…Tout lui profite ou presque, à l’exception de l’eau qu’elle aime trop - c’est une pierre-buvard ou éponge à votre choix - et du gel qu’elle n’aime pas. Parmi ses qualités, outre sa douceur de pierre tendre, il y a sa très grande facilité de taille. Elle sait se prêter aux souhaits des mains des hommes qui savent l’extraire du sol, la façonner facilement et l’adapter exactement à leurs demandes.

Sa facilité d’extraction. Elle offrait l’avantage de s’extraire l’hiver du sous-sol en raison de la thermie particulièrement stable qui règne sous la terre. Elle donnait du travail l’hiver aux carriers-paysans le reste de l’année. Ces carrières ont constitué au fil du temps de grandes galeries souterraines qui ont été ou sont toujours, pour certaines d'entre elles bien entretenues, utilisées ensuite à d’autres usages nécessaires. Citons le stockage de matériaux ou de marchandises, l’aménagement d’habitats troglodytes ou d’ateliers professionnels, la constitution de caves de vieillissement de vins ou la production de champignons…

Ingrandes-2007--en-face-Grandin.JPG 

L’édification des murs de construction. La « facilité de coupe des blocs de tuffeau se couple avec celle de leur découpe ensuite et de la taille de pierres à monter des murs de maisons petites, grandes, de belles demeures et d’admirables châteaux… Les plus belles pierres et celles qui sont de la meilleure qualité ont aussi suivi  le fil du fleuve. Elles ont ainsi servi à construire la cathédrale de Nantes, ou comme sur la photo ci dessus à l'édification de petites maisons au bord de la Loire en aval de Saumur. La multitude des autres pierres, plus petites, moins parfaites, irrégulières a été utilisée sur place, en particulier pour les petites maisons faites en auto-construction par « les petites gens » de la pierre et de la terre dans l’arrière-pays saumurois. 

Ici dans cet « Anjou blanc », il y a beaucoup de belles découvertes à faire, en particulier ces vieux murs qui parlent comme des tissus ravaudés. Ici  les murs ont une histoire et certains sont de véritables tableaux, à admirer comme des oeuvres d'art...      

 

Pour suivre le chemin  

. Consulter le site http://www.tuffeau.com/ qui fait de la pierre du tuffeau un des quatre marqueurs identitaires du Val de Loire, avec l’eau de la Loire, le végétal des jardins, la vigne et le vin de Loire.    

. Sur l’exploitation et commercialisation du tuffeau blanc du XV au XIXe siècle, Daniel Prigent, consulter http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_0399-0826_1997_num_104_3_3940

. Parcourir « Tendre comme la pierre. Monuments en tuffeau : guide pour la restauration et l'entretien »  sur    http://www.culture.gouv.fr/lib/e-BookShell/index.html?/culture/conservation/fr/preventi/tuffeau/&navbar.html&index.html&auteurs.htm&toc.htm&refer-fs.html&notes.html&true&

. Et la fenêtre dans le bâti ancien http://www.culture.gouv.fr/culture/sites-sdaps/sdap69/Fiches_conseil/fenetre_impr.pdf  qui vise plus la fenêtre en tant que telle que la structure qui va accueillir le châssis en bois

. Pour le vocabulaire technique du cadre d’accueil avec de beaux dessins, voir  http://www.pierres-info.fr/dessins_d_encadrements/page34.html

. Photos Elisabeth Poulain prises il y a quelques années; le dernier cliché a été pris à Ingrandes sur Loireprès de l'eau; c'était une maison de pêcheur dont on voit l'escalier arrière pour monter au grenier bas...Je l'ai choisie pour montrer le viellissement de la pierre et le remplacement des plus usées par du schiste noir.  

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