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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Deux photos prises de la rue > La fenêtre à grille > Le Dehors-Dedans

23 Août 2013, 15:49pm

Publié par Elisabeth Poulain

Explication du titre. Le dehors-dedans vise à éclairer les rapports que nous entretenons avec  un autre espace quand nous sommes dehors dans l’exemple qui va suivre, sachant que cette relation vue de l’extérieur se double d’une relation intérieure. La fenêtre à grille peut être vécue du dehors, tout comme elle peut l’être du dedans, avec un jeu subtil qui s’établit entre les deux.  

  

De la rue vers l’intérieur de la maison. Ce sont deux photos qui continuent à m’interpeller. Je les ai faites il y a quelques années en vacances entre vallée du Lot et vallée de la Dordogne en me promenant dans une rue piétonne du centre ancien d’une petite ville au riche patrimoine. Les deux ouvertures sont placées en hauteur par rapport au niveau des yeux des passants, la fenêtre à un niveau intermédiaire entre le rez-de-chaussée et ce qui aurait pu être le premier étage. La seconde ouverture en forme d’œil de bœuf est située plus haut sans que l’on puisse une attribuer une fonctionnalité évidente vue de dehors. Est-elle située dans un escalier, une petite pièce de service, un grenier… ?

Fenêtre à grille, Vallée du Lot

. La fenêtre et ses volets. Elle est un modèle de simplicité raffinée. Sa forme est rendue encore plus banale en raison de  ses dimensions moyennes. Les volets sont de bois plein. Ils sont été faits par un artisan qui s’est adapté à la situation. Le vantail de droite, quand on est à l’intérieur est légèrement plus étroit que celui de gauche – à droite sur la photo-.  En témoigne le petit taquet en forme de butée placé en haut du cadre de bois pour caler le battant le plus étroit qui, clairement n’est pas placé au milieu. On voit aussi que l’installation de la fenêtre est ancienne, comme le montre le taquet scellé avec du ciment tout en haut au-dessus du cadre dans le mur.

C’est la grille de la fenêtre qui attire et retient le regard. Elle est  bizarrement composée, avec des parties qu’on dirait presque rajoutées, comme les deux barres horizontales du haut et du bas, celles qui sont curieusement torsadées les quatre moitiés dans le même sens. Au vu de la finesse du motif central, on aurait pu s’attendre à ce que les torsades soient inversées par rapport à l’axe central.

En restant dans la partie extérieure,notons que la grille n’est fixée aux murs que par des attaches extérieures, sans scellement dans le mur. L’épaisseur du cadre de bois explique peut-être cela. Ce point est important. Il signifie que la grille est d’apposition relativement récente. Théoriquement ce mode de fixation interdit aux habitants de la maison d’avoir accès aux boulons alors qu’il est possible de le faire du haut d’une échelle posée sur la mur dans la rue.  Une deuxième série de barres horizontales plus fines encadre le motif central harmonieusement placé au centre.

Le motif central. Il est vraiment très joli, avec ce premier cercle sur lequel s’appose quatre cercles aplatis qui se collent au premier et se terminent en boucle avec une pointe de lance torsadée pour finir le motif. Quatre pointes de lance plus grandes sont soudées sur le premier cercle et rattachées par une bague aux quatre pétales  pour assurer la présence de la grille dans les quatre coins du carré.

Fenêtre, Oeil de Beuf à grille, Vallée du Lot . L’œil de bœuf. Il est tout petit et est franchement attendrissant, tant il s’adapte aux deux pierres dans lesquelles il a été creusé, sans recherche inutile de la parfaite symétrie. Cette fois-ci le scellement a été si profond que la pierre s’est cassée sous l’effet du gel associé à celui du temps.  

Sa grille est à la fois très simple, c’est une croix soudée en son milieu et massive. Quatre petits motifs comblent le vide tout à fait relatif aux quatre espaces formés par la croix. Je ne saurai parler de « coins ». Les motifs sont en faits des lames de métal chauffés aux extrémités de façon à les enrouler sur eux-mêmes, soudées et liées aux quatre parties de la croix par une attache elle-même soudée. L’ensemble se suffit à lui-même car il ne semble pas qu’il y ait par derrière une fenêtre, une vitre ou grillage contre les oiseaux.

. Les fonctionnalités assurées par la grille de la fenêtre. Il semble assuré qu’elle répond à un besoin de protection pour les personnes du dedans. La fenêtre étant placée bien au-dessus du regard du passant, il ne s’agit pas d’empêcher la vue dedans. Par contre, elle pourrait se révéler intéressante pour seulement dissuader ceux du dehors. Elle permet de laisser la fenêtre ouverte le jour et fermer la nuit pour se protéger du bruit et du froid l’hiver. C’est plutôt sa situation en hauteur sur un mur exposée à la vue de tous qui est une protection.

. Quant à celles de l’œil de bœuf avec sa grille, la seule explication que je peux émettre est qu’il existait au temps où la maison a été construite, vraisemblablement pour donner un peu de lumière et aérer le grenier, si grenier il y a derrière le mur. La ferronnerie ne peut avoir qu’une fonction défensive, aussi bien en réel que psychologiquement.   

Vous avez bien compris que j’ai une vraie tendresse pour ces deux clichés de couleurs tendres, au crêpi au ton ocre clair avec des volets blancs pour la fenêtre, sa grille repeinte en blanc qui ressort sur le noir de l’intérieur et à la pierre jaune-ocre clair qui ressort sur le crépi légèrement gris, avec la ferronnerie noire sur noir. Quant à savoir ce qui se passe derrière les grilles, nul ne le sait. La seule certitude est que les habitants ont besoin de lumière, d’air et d’intimité, en ces petites villes de vallées de petite montagne où les hivers étaient rudes et les été chauds.

Pour aller plus loin

. Ce billet s'inscrit dans une démarche plus large qui vise à mieux sentir l'espace que nous avons créé au fil des siècles, à savoir le mur, la porte, la fenêtre...

. Sur ce thème, voir notamment sur ce blog  Le Mur de la Caserne Verneau > Angers Rive droite, Rue du Général Lizé   La Ronde des Portes > La Porte rouge > Bruxelles    Le Monde des Murs > Le Mur d'Hadrien > Entre l'Angleterre et l'Ecosse  

. Photos Elisabeth Poulain  prises au Pays basque il y a quelques années.      

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