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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Dunkerque > Entre frontières & grands paysages > L'art du télescopage

2 Décembre 2014, 19:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

S’il est un endroit en France où le terme de « grand » s’associe au mieux à « paysage », c’est bien à Dunkerque qui conjugue les deux au pluriel. Avec un facteur renforçateur qui est que ces différents paysages sont en télescopage naturellement permanent renforcé par l’existence de frontières, des "limites" comme on dit à Dunkerque. Des télescopages revendiqués comme une singularité positive de nature à accroître encore la spécificité de la CUD (Communauté urbaine de Dunkerque) qui regroupe 18 communes avec ses 220 000 habitants environ, la ville au sens large, à un endroit de la France toujours considéré comme stratégique dans le territoire national.  

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Les frontières de Dunkerque. Elles ne sont ni les seules que l’on connait ni celles que l’on aperçoit directement. Elles sont plurielles à un point emblématique, qui est à la fois le résultat d’une histoire forte et qui porte aujourd’hui d’une façon étonnante les grandes questions de la ville de demain.  Il en va des frontières comme des autres composantes d’un paysage. Il en est d’évidentes, d’autres très visibles et certaines qui ne sont pas cachées, mais tellement intégrées, constitutives de l’identité du territoire qu’on ne les perçoit plus comme telles. Je veux parler en particulier de celles causées par l’eau, celle qui borde les rivages de la Mer du Nord, celle qui coule sur terre, dans les rivières, les canaux et dans le sous-sol. Toutes ces frontières ou presque sont imbriquées les unes dans les autres, avec maintenant les frontières que constituent le maillage des autoroutes et toujours celles qui découlent de l’existence des murs de toutes les sortes.

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La frontière qu’est la mer au sens premier.Il ne s’agit pas de la frontière maritime que la France peut avoir avec l’Angleterre, ni de celle qui prolonge en mer la frontière terrestre qui nous sépare de la Belgique. C’est plus la masse d’eau que je vise. Littéralement, la mer nous bloque sur le rivage, elle nous empêche d’avancer. C’est bien pourquoi elle nous attire autant, marchant sur la grève ou assis face à elle, en permettant à son esprit de se projeter au loin. 

De là  vient l’importance du port de Dunkerque  dans cet endroit aussi stratégique disputé au fil des siècles à un point qui donne le tournis, surtout à notre époque où on parle tellement de « la typicité » de chaque espace, comme il en va du terroir pour la vigne et le vin. Dunkerque, dont le nom signifie en flamand « l’église dans les dunes » est encore vécu et vu par certains toujours « de l’extérieur » comme un port. L’étymologie de son nom montre en effet cette vision vue de la mer d’une côte littorale basse, où l’église sur la dune constitue le repère des marins, pour s’y abriter comme il en allait au Havre, qui était bien un havre de repos pour les marins après de dures journées en mer.

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Rappelons ensuite très vite l’existence de la plus évidente, la frontière politique qui sépare la France de la Belgique située à quelques kilomètres au nord en continuation linéaire, juste au-dessus de Bray-Dunes. Ce littoral français est clairement moins urbanisé et moins « cossu » du côté français que chez nos voisins belges. Comme s’il y avait toujours un vrai différentiel d’avec le voisin et ami, perçu comme beaucoup plus aisé. Le coût des impôts locaux et le manque d’offres immobilières à des prix encore « accessibles » en Belgique conduisent de plus en plus de citoyens belges à acquérir une résidence secondaire sur la côte dunkerquoise.

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Une autre différence entre les  deux séquences française et belge est qu’il existe une route littorale tout au long de la séquence la plus au nord, avec un décroché intérieur à la hauteur de Nieuwpoort à l’embouchure  de l’Yser. Alors qu’en France, du fait du rayonnement du port de Dunkerque, toute la séquence géographique qui va de Gravelines au sud jusqu’à Bray-Dunes au nord est traversée à une certaine distance de la mer par une départementale encadrée maintenant du côté terre par l’autoroute 16, qui devient l’E40 en Belgique en s’éloignant de la mer. Une des conséquences porte sur les différences dans les fonctionnalités demandées au territoire, en France à Dunkerque, c’est l’industrie lourde ;  au-dessus à De Panne en Belgique, il s’agit plus d’économie résidentielle. Mais les choses changent.

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L’autoroute forme une frontière à l’instar d’une voie ferrée qui coupe un territoire en deux. Pourtant ces deux moyens de liaison ont une importance toute particulière à Dunkerque. Pourquoi ce rapprochement ? Parce que la prospérité de Dunkerque à partir du milieu du XIXe siècle tient en l’arrivée du chemin  de fer (1848) qui permit de désenclaver ce territoire bien loin de Paris tout en contribuant aussi à scinder le territoire encore plus. Aujourd’hui on ne peut qu’être frappé par exemple en voyant des vues d’avion de Dunkerque prises de l’arrière-port vers la mer de constater l’importance du nœud autoroutier situé au sud-sud-ouest de la ville. Cette fois-ci, c’est la route rapide, sans arrêt, complètement indispensable à l’exercice de nos modes de vie et de fonctionnement de la société qui forme une vraie "limite".

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L'eau encore, mais cette fois-ci l’eau douce des wateringues forme une frontière d’un autre type. En commun, les deux territoires français et belge  ont des« paysages wateringués », formés par les canaux de drainages continuels nécessaires pour drainer l’eau douce vers la mer et empêcher l’eau salée d’y rentrer. Ces  « watergangs », ces chemins d’eau offrent également une spécificité au regard  de la gestion des canaux par les habitants eux-mêmes  qui sont les mieux à même de savoir ce qui se passe sur ces terrains situés au-dessous du niveau de la mer pour intervenir rapidement dans l’arrière-pays. Clairement aussi, ces wateringues renforcent les pressions de toutes sortes  qui s’exercent sur le littoral remblayé, celui qui entoure la ville de Dunkerque qui s’est construite et développée autour son port.   

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Le rapport au rivage différencié de chaque côté de la frontière est ce qui frappe fortement entre les deux pays pour globalement une même séquence d’une trentaine de kilomètres environ. La Belgique a consacré le sud de son littoral à des immeubles résidentiels à forte densité pour permettre au maximum de résidents de voir la mer, sur une côte qui ne fait que 66kms de long.  Cette densité s’accompagne d’une économie résidentielle dynamique ainsi qu’à l’implantation de petites zones industrielles juste en arrière près de la route, avec en arrière-pays des ilots de polyculture vivrière et Ostende restée port de pêche au nord comme grande ville de loisirs.

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Au sud de la frontière, en France, plus de la moitié du rivage a été conquis sur la mer ; c’est cette partie du territoire, située au sud de la ville-centre de Dunkerque, entre mer et route, qui est occupée par de l’industrie lourde. Seul reste  un seul accès privilégié pour pouvoir accéder à la plage, à la dune etau Bassin du Braek accessible aux navires de haute mer qui viennent charger et/ou décharger le contenu de leurs soutes. Ce sont grâce à eux et aux contraintes portuaires de la circulation maritime que sont nés ces fameux grands paysages industriels en télescopage, vus de la dune d’en face située près de la mer où des estivants marchent, font du vélo, pêchent…, sur la Digue du Braek qui forme une protection contre les assauts de la mer, dans ce nouvel espace de 450 hectares gagnés sur la mer.

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D’autres frontières stratégiques tirées de l’histoire. Elles découlent de l’emplacement du site à un endroit très sensible du territoire français. Au cours des siècles passés, la ville a été tour à tour flamande, espagnole, anglaise avant de devenir et/ou redevenir française. A chaque fois,  elle s’est adaptée à sa nouvelle situation politique, avec la souplesse que confère le poids des si nombreuses contraintes qui ont maillé son histoire tumultueuse et douloureuse. C’est ce que rappelle Christophe Lesort, urbaniste qui a travaillé à Dunkerque «  la ville-centre et son hyper-centre ont été entièrement détruits lors des deux guerres, par les bombardements des Allemands au début des conflits et ceux des Alliés à la fin de la dernière guerre pour chasser les forces allemandes. Sur une grande place, seule est restée intacte la statue équestre de Jean Bart », le plus célèbre des fils de la ville, un corsaire au service du roi de France. 

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Les frontières-protections par la pierre. Par le passé, ceux qui commandaient aux destinées de la ville avaient toujours intégré au plus profond du fonctionnement de celle-ci la notion de protection contre l’extérieur. Il en reste des traces  particulièrement remarquables, qui sont celles des bastions et autres différentes fortifications que conçurent les ingénieurs militaires, dont  Vauban fut le maître incontesté. Les remparts de Vauban construits en pierre  se présentaient sous forme d'une étoile rayonnante dont les formes sont encore aujourd’hui très reconnaissables. Ils  devaient arrêter les troupes ennemies qui variaient avec le temps, l’ennemi d’hier devenant le maître du site peu après.

Le dispositif était complété par le creusement de profonds fossés remplis d’eau pour gêner la progression de l’ennemi aux pieds des murailles larges de 16 mètres et profondes de plus de 2 mètres. On retrouve l’eau de mer cette fois-ci à visée défensive. En dernier recours, « il s’agissait, précise Christophe Lesort, d’inonder les terres par l’eau de mer qui, située plus haut, pouvait être lâchée dans les watergangs à partir des écluses situées à l’extrémité près de la mer. »

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A ces travaux d’envergure pour créer ces remparts, renforcer leur pouvoir de dissuasion ou les détruire selon des changements de la puissance tutélaire, d’autres grands travaux eurent pour objectifs de gagner de la place sur terre en vue de la création d’un quartier entier à Dunkerque, comme celui de Basse Ville. Et aussi, après rasement des dunes,  l’édification de la longue esplanade maintenant à l’origine de la grande plage de Malo-les-Bains. On  l’aperçoit à droite lorsqu’on se trouve sur ce qui reste d’une muraille de Vauban, juste en arrière du port de loisir situé en avant-port. Celle-ci se trouve à l’entrée du port, en continuation du quai où se trouve Le Grand Large, une grande opération immobilière de prestige de l’agence Nicolas Michelin  qui a reçu le grand prix de l’architecture de l’Equerre d’Argent.

Au XIXe et au XXe siècles, des opérations lourdes de creusement de nouvelles darses  ou nouveaux bassins furent effectuées pour développer la capacité d’accueil des navires, en toute proche relation avec le centre de la ville. Une des conséquences est que la ville maintenant éprouve un besoin très fort de se refaire un centre à fort pouvoir de rayonnement en partant de son cœur - et non plus du port - mais sans chercher à s’en couper. 

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La singularité de Dunkerque en matière de paysage. Elle est d’avoir réussi à créer plus qu’un nouveau style, une certaine alchimie réussie entre tous les « grands » qui ont précédé ces « grands paysages », à commencer par tous les grandes contraintes physiques qui ont pesées sur elle. La ville au début du XIXe siècle avait déjà perçu la logique qui voulait que continuant à être « un  grand port », il lui fallait devenir « une grande ville » pour faire « un Grand Dunkerque » et nouer certainement un jour prochain peut être une grande région transfrontalière avec son alter ego en Belgique toute proche.

Le choix des sites. Comme on le voit, Dunkerque est née et continue à vivre sous la contrainte d’un espace  restreint. Pour accueillir la grande industrie, seule considérée comme capable de fournir de l’emploi dans un pays qui n’en offrait guère, Il lui fallait de l’espace, un espace d’autant plus rare, qu’il n’est point de « terre » véritablement disponible sauf à le conquérir cette fois-ci sur le bord de la mer, entre Dunkerque et Gravelines au sud qui a pu conserver ses remparts de Vauban.

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Le Bassin du Braek. On désigne ainsi l’eau de mer retenue par un étroit remblai bordé en arrondi de béton, qu’on appelle ici une digue, comme il en va dans une bonne partie des côtes de la Mer du Nord. C’est là, entre Gravelines au sud  et la partie sud du port que s’est implantée la zone d’industrie lourde que l’on peut voir de l’autre côté du bassin, quand on est situé sur la Digue du Braek. La découverte commence par l’attente au pont levant, qui justement était levé, bloquant autant de temps que nécessaire le passage qui permet d’accéder au bassin et à la mer. Un temps long mis à profit pour discuter avec d’autres personnes qui se rendaient sur la dune, pour aller à la plage. Le temps aussi de voir de près le Deiulemar, un navire pétrolier  venu livrer sa cargaison, faire un demi-tour quasiment sur place manœuvré par des pousseurs pour sortir par le canal. 

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La Digue fait 7 kms de long. Côté mer, elle offre une vision grand format sur la plage bordée d’oyats et la mer qui ce jour-là était d’un bleu d’azur, avec toujours du vent du Nord qui ne peut s’oublier. Pour s’en protéger, il suffit de s’abriter dans un creux de la petite dune, ou de prévoir un coupe-vent. Ou pour les moins équipés de s’abriter derrière sa voiture. Des séquences pourraient aussi être faites côté plage, chacune ayant une certaine spécificité, avec plus de dune et d’oyat proche du pont levant, un profil qui s’abaisse en allant au sud, des traces de blockhaus plus bas sur la pente, des traces de vie restées sur le béton…

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Du haut de la digue, en tournant le dos à la mer, en faisant un tour à 180° degré, se déroulent devant vos yeux des paysages industriels grand format, qui ne sont pas  occultés comme c’est presque toujours le cas dans la vision  classique du « beau paysage ». Ici, la logique industrielle  perdure au point qu’elle en devient une originalité en soi. Et cela  se passe en toute  proximité avec la mer dans sa vision touristique avec ses références d’eau, de bateau, de sable, de dune, de parasol, de rêverie… Ces hautes cheminées, ces grues, ces tours, ces grands mats, ces silos gigantesques… se présentent à nous dans leur nudité industrielle, dans leur vérité existentielle sans chercher à se cacher comme c’est l’habitude en France particulièrement par des arbres ou autre paravent visuel, ce qui aurait été impossible ici. Quant à la Centrale nucléaire de Gravelines, on la devine à ses grosses boules blanches comme posées à terre dans le fond du paysage vers la droite au sud, avec quasiment, en avant-poste décalé, les grands mats des éoliennes blanches dotées de leurs longues pales. 

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Le télescopage se fait quand on additionne tout le panorama que les yeux balaient de droite à gauche, ces lignes de volumes, ces formes différenciées à des hauteurs variées, qui ressortent en couleur sur l’eau de la mer si calme du Bassin du Braek, à l’abri du vent du nord, qui frappe la plage en perpendiculaire, venant de la mer. Tandis que l’esprit essaie d’associer ces volumes, ces lignes et ces couleurs avec  les activités lourdes variées.

Juste de l’autre côté de la dune passe devant nous, cette fois-ci libre en Mer du Nord,  le Deiulemar, un navire appartenant à une société vénitienne et qui porte le logo d’Arcelor Mittal qui a fait son demi-tour à l’écluse Charles devant nous tous, spectateurs fascinés comme si nous étions au théâtre. On le voit en partance rejoindre à bonne allure maintenant son port d’attache, le port industriel de Venise au fond de la lagune. C’est du moins ce qu’on imagine après coup. Venise est un des premiers sites touristiques au monde inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco et qui possède aussi au fond de la lagune un site portuaire d’industrie lourde. Le télescopage est d’abord une question mentale, avant d’être visuelle. 

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Et pendant ce temps au bas de la digue du Braek, côté bassin, deux   camping-cars - ou plutôt leurs occupants – s’étaient mis à l’abri  sur la petite voie qui longe le bassin en bas de la dune, protégé ainsi du  vent du Nord. Des pêcheurs étaient en train de s'installer au bord du bassin, tandis que d’autres vacanciers avaient choisi la plage pour « profiter » d’une très belle journée de soleil au grand air revivifiant. Quant à nous, nous sommes reparties vers le sud en revenant sur nos pas pour passer à nouveau le pont levant Charles  et emprunter cette fois-ci la route vers le sud, comme le Deiulemar, mais nous en voiture. Nous avons à notre tour longé cette zone industrielle grand format par l’arrière avec des clôtures de grillages en fil de fer. Il n’y a plus ou quasiment plus rien de l’émotion ressentie à  la vue de ces paysages industriels posés au bord de l’eau, entre une mer bloquée dans un bassin, un espace dunaire protégé par une digue de béton et la mer du Nord fouettée par le vent. Avec une dernière remarque portant sur la très grande propreté de l'ensemble du site.

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Peter Klasen et ses paysages. Le célèbre photographe allemand qui a vraiment créé un nouveau style de photographie, s’est pris de passion pour le paysage industriel ou plutôt des éléments visuels tels qu’une porte, un panneau… tirés de l’univers industriel. Il a d’ailleurs fait une exposition en 2009 ici à Dunkerque, au LAAC, comme il en avait faite une à Nantes à l’Hôtel de Région un peu avant. C’est là qu’il a défini "le paysage industriel comme un paysage entièrement conçu par l’homme." Une définition qui pourrait presque s’appliquer à Dunkerque qui a subi tant de destructions-reconstructions dans son histoire qu’il lui a fallu après les deux guerres mondiales du XXe siècle littéralement renaître de ses cendres pour encore une fois repartir dans le chemin de la vie et refaire surgir du plus profond d’elle-même ces grands paysages qui constituent des marqueurs de son identité.

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Avec une question qui trotte dans la tête, depuis le début, qui est que cette ville connait quasiment depuis ses débuts dans la vie l’ensemble des problématiques auxquelles vont devoir répondre toutes les villes… Elle est exemplaire également de par l’urgence qu’elle éprouve à se doter à nouveau d’un centre rayonnant capable de retendre toutes ses lignes de force. Elle a commencé cette grande opération à qui elle a donné comme nom de code très parlant de « Neptune », le Dieu de la Mer, toujours la mer comme un éternel recommencement…avec ce témoignage de Christophe Lesort, qui connait bien Dunkerque où il a été urbaniste.

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La reconquête du Centre-Ville de Dunkerque selon Christophe Lesort. « Comme souvent les cités maritimes du nord, la ville tournait le dos à la mer, pour s’en protéger. Avec l’implantation des grands espaces industriels sur l’eau, est née la cité nouvelle de Grande-Synthe à la fois exemplaire de l’imagination urbaine des années 60 et 70 et monofonctionnelle. La disparition des chantiers navals et de la plus grande part de l’activité de pêche a libéré des espaces en plein cœur de Dunkerque et l’ouverture du centre-ville sur la mer. Reste que la vie de la cité aujourd‘hui surtout alimentée par la grande industrie nécessitait aussi de faire renaître une dynamique économique et culturelle locale.

La création de l’Université a constitué un moteur essentiel, la dynamisation du centre en était un second, le développement d’une euro-région un troisième, en donnant une ampleur et une échelle de vie à la hauteur de ce magnifique espace plat des Flandres. Le quatrième, peut-être le plus essentiel, était la réunion de tous les acteurs dans une dynamique locale « pour taper sur le même clou » : cette capacité est peut-être une des plus grandes richesses culturelles de Dunkerque. Depuis 25 ans, un retissage progressif est en cours autour d’un centre qui se ranime : c’est long, l'édification d’une ville ! Christophe Lesort, directeur de l’Agence de développement et d’urbanisme de la région dunkerquoise –Agur- de 1989 à 2000. »

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Quelques ouvrages de référence conseillés par Christophe Lesort avec cette bibliographie très sélective, que je remercie pour sa contribution à ce billet:

.1. « L’usine à la ville, 1836-1986 », Institut français d’Urbanisme, avec en particulier un article très intéressant d’Emmanuel Pouille sur les évolutions des politiques d’urbanisme menées à Dunkerque, après sa destruction complète par deux fois, lors de la 1è guerre mondiale 1914-1918  et lors de la seconde 1940-1945.

.2. « Dunkerque, Un port, des villes, un littoral, un siècle d’aventure urbaine », Norma Editions, sous la direction de Maurice Culot, avec des superbes photos de Pierre Devin et Frédéric Faure, à retrouver sur http://www.editions-norma.com/index.php?page=shop.product_details&flypage=flypage.tpl&prodsuruct_id=101&option=com_virtuemart&Itemid=66  

. 3. « Dunkerque en projet : Neptune 1989-1999 », Les archives d’architecture du nord, direction Alice Thomine, coordination Corinne Tiry.

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Ce billet est dû à trois séquences temporelles que les hasards de la vie ont fait se télescoper maintenant. *A savoir la découverte de Dunkerque que j’ai faite grâce à France Poulain, architecte – urbaniste et maintenant Architecte des Bâtiments de France, au cours de laquelle nous avons pu découvrir des sites magnifiques comme en témoignent ces photos que nous  avons prises. **Dunkerque dont Christophe Lesort, urbaniste à Angers, a parlé avec beaucoup de chaleur dans son pot d’adieu à la Mairie d’Angers. ***Enfin l’entretien que nous avons eu sur les problématiques de cette ville-port, avec cette interrogation lancinante  « comment fait-on pour se refaire un centre ? ». C’est ce thème qui a guidé l’écriture de ce billet, qui tourne sans arrêt autour du centre pour s’en éloigner et revenir, repartir, retourner en une ronde sans fin…avec aussi des points de rencontre en guise de connections.

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Pour suivre le chemin allant vers Dunkerque  

. Lire sur ce blog le billet dédié au Grand Large qui a reçu le Grand Prix de l’équerre d’argent, sur ce blog  http://www.elisabethpoulain.com/article-le-grand-large-a-dunkerque-sur-le-port-un-souffle-d-air-nouveau-107585321.html          

. Découvrir Dunkerque par ses plans au fil des siècles sur  http://www.ville-dunkerque.fr/decouvrir-dunkerque/histoire-de-la-ville/1000-ans-dhistoire/lhistoire-en-images/#c1264

. « Vauban et Dunkerque, une histoire d’amour », une étude historique très intéressante à lire sur http://www.ville-dunkerque.fr/decouvrir-dunkerque/histoire-de-la-ville/1000-ans-dhistoire/vauban-et-dunkerque-une-histoire-damour/      

. De Panne sur http://en.wikipedia.org/wiki/De_Panne

. Bray-Dunes à voir sur http://www.bray- dunes.fr/_2015/_loisirs_culture/mediatheque/

. Lire un article sur l’achat d’une résidence secondaire sur le littoral français par des Belges, où l’on apprend que les Français sont sympas- nous, nous disons cela des Belges -  sur http://www.lesoir.be/223671/article/economie/immo/2013-04-11/mer-du-nord-cote-france-seduit-belge   

. Les wateringues vus du côté belge avec des photos sur http://environnement.wallonie.be/aww/

. Pour la France, retrouver l’article très documenté  de wikipedia sur les wateringues http://fr.wikipedia.org/wiki/Watringue avec un rappel historique éclairant sur la mentalité des Gens du Nord face au risque d’inondation par la mer:   « Selon l'ingénieur en chef des ponts et chaussées (et membre de la légion d'honneur) Joseph Louis Étienne Cordier (1775-1849), « Les deux tiers de l'arrondissement de Dunkerque, se trouvant au-dessous du niveau de la mer, ainsi que la Hollande, furent inondés en 1793 par mesure de défense. Les sept années suivantes, le sol imprégné de sel fut presque stérile et le peuple devint très-malheureux. On lui accorda, par cette raison, le privilège de se régir. Les propriétaires de terres des Wateringues ont, depuis cette époque, le droit de se réunir, de nommer des commissaires, et de les revêtir d'un grand pouvoir. Ces commissaires, ou administrateurs, choisis parmi les propriétaires les plus éclairés, établissent des impôts, en règlent l'emploi ».

. La Zone industrielle de Braek-Dunkerque sur le plan du port de Dunkerque   http://www.dunkerque-port.fr/index.php?cmpref=6452&lang=fr&module=media&action=Display

. Sur les rapports entre la mer, l’industrie et les loisirs, lire  http://dunkerque.blog.lemonde.fr/2011/07/20/sur-le-bitume-la-plage/ avec une très belle photo de la route du bord de mer en haut de la dune un jour d’orage…  

. Des récits de vie sympathiques tels que « Monique et moi… », à lire sur http://www.jepi-dunkerque.fr/article-la-digue-du-break-dunkerque-2012-108649482.html

. Le port industriel s‘est maintenant doté d’un terminal méthanier situé très en avant vers la mer, un chantier qui se poursuit sur  http://www.newsletterdunkerquelng.com/index.php?menu=3&page=abonnementNewsletter

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. Découvrir le littoral belge tout proche grâce au tramway de la Côte belge, une merveilleuse idée qu’il ne serait pas impossible à faire au sud sur la cote en France, du fait de l’existence d’une ancienne voie ferrée dont l’emprise existe toujours. Une affaire à suivre, qui un jour, surement permettra de découvrir autrement le littoral français, tant l’attente est forte des deux côtés de la frontière,  http://fr.wikipedia.org/wiki/Tramway_de_la_c%C3%B4te_belge

. Retrouver Peter Klasen sur  http://culturebox.francetvinfo.fr/expositions/peter-klasen-photographie-le-patrimoine-industriel-de-dunkerque-17671  

. Ainsi que le LAAC, Le lieu d’art et d’action contemporaine de Dunkerque, un endroit qui bouge sur  http://www.musees-dunkerque.eu/

.Lire aussi concernant cette fois-ci Venise inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1967, vue sous sa dimension industrielle qu’elle a gardée  http://www.venicethefuture.com/schede/fr/331?aliusid=331 ainsi que l’article de Suzy Verges « Lagune de Venise : l’Industrialisation » sur   http://www.italie-decouverte.com/lagune-de-venise-lindustrialisation/ avec une photo toute à faite étonnante qui pourrait ressembler à celles du Braek, avec peut être plus de densité au sol et plus de brume.  

. Photos Elisabeth Poulain et France Poulain, avec mes plus vifs remerciements, à voir dans l’album-photos « Dunkerque ».

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