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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Pollution de l'eau, la terre, l'air > Changement global > Mots + Photo

2 Mai 2011, 16:55pm

Publié par Elisabeth Poulain

Voici des informations qui sortent quasiment en même temps:

. l’une sous forme d’un article d’Ouest-France accompagné d’une photo classique d’une plage verdie par les algues vertes,

. l'autre d'un article antérieur plus complet du Monde avec une photo impressionnante vue du ciel de la baie de Douarnenez, 

. une autre photo du même site  que vous retrouvez sur le site du Monde,

. le communiqué de presse du Centre d’Ecologie et de l’Environnement d’Edimbourg, au Royaume-Uni d’où est tirée la première partie de l’article du Monde.

Baie de Douarnenez, le Monde 14.04.2011

L’article d’Ouest-France Finistère "Les algues vertes prolifèrent déjà sur le littoral".

Son auteur commence par citer le CEVA – Centre d’Exploitation et de Valorisation des Algues- qui survole quatre fois par le littoral breton afin de mesurer l’étendue de la pollution à l’azote. Pour Sylvain Ballu, le chercheur interrogé, le constat est sans appel : la surface atteinte sera supérieure aux années passées. Jean-Yves Piriou  de l’Ifremer confirme: la chaleur fait littéralement exploser la prolifération des algues.  dues à un usage démesuré en agriculture des composés azotés que sont les nitrates pour enrichir les sols. Parmi les zones plus particulièrement touchées, les célèbres baies de Douarnenez et de Concarneau. Les réactions face à cette situation sont intéressantes à rapprocher: selon le secrétariat de la communauté de communes du Pays de Douarnenez, les algues vertes sont arrivées plage du Ris, alors que pour le vice-président de la Chambre d’Agriculture, il n’y en a pas à cet endroit et il en profite pour se moquer de ceux « qui voient mal ».  

La banalisation par le nettoyage des plages et l’ode au circuit court

L’intéressant aussi est que désormais, on n’attend plus pour agir sur les plages. Le nettoyage a déjà ainsi commencé à Fouesnant où 100 m3 ont été  ramassées, sur une plage de 1,5km sur les 14 que compte la commune. Cette masse sera ensuite transformée en compost qui pourra à nouveau être utilisé par les agriculteurs, au lieu d’épandre sur le sol des engrais azotés. Cela se passe déjà ainsi en baie de Dournenez avec du compost issu du ramassage. On ne peut concevoir de circuit plus court, c’est que sous-entend l’article mais sans l’écrire. 

 

Comme le note Jean-Yves Piriou, la pollution visible sur les plages n’est pas seule en cause. De très grosses quantités d’algues « qui forment un rideau », sont également présentes « sous l’eau et au large », sans avoir été mesurées et sans que leurs effets aient été étudiés. En attendant, le premier des cinq plans financés par l’Etat pour limiter les rejets d’azote vers la mer va entrer en vigueur en 2012. Il sera aussi question de réfléchir à « l’évolution des pratiques agricoles ». Cette année là, une usine de compostage sera implantée à Concarneau. 

La conférence internationale d’Edimbourg sur l’azote et le changement 

Un article du Monde reprenait les conclusions du communiqué de presse de la conférence internationale « Azote et Changement global » qui s’était tenue à Edimbourg en Ecosse à l’initiative du Centre d’Ecologie et d’Hydrologie, sous les auspices de la Commission européenne.  

 

Au bout de 5 ans d’étude, l’ENA (EuropeanNitrogenAssesment), la première évaluation européenne pour l’azote menée par 200 experts de 21 pays et 89 organisations, est sans appel : 

. la pollution est globale et touche « l’air, les sols et les eaux »,

. le coût de la pollution en Europe et par personne varie entre 150 et 740E par personne et par an,

. soit au total entre 70 et 320 milliards d’Euros, plus du double des bénéfices dus à l’usage de l’azote dans l’agriculture européenne. 

 

Plus précisément, 10 millions de personnes boivent de l’eau contaminée pour dépassement du seuil d’azote. Les algues toxiques prolifèrent du fait des nitrates en formant « des zones biologiquement mortes en mer » en Mer du Nord, dans l’Adriatique et en Baltique et le long des côtes bretonnes. L’air pollué du fait de la diffusion particulaire azotée pour trois causes, l’agriculture, l’industrie et la circulation réduite la durée de vie de plusieurs mois en Europe centrale. En forêt, la biodiversité s’est réduite de plus de 10% sur les 2/3 d’Europe à cause des dépôts atmosphériques d’azote.  

 

Deux types de solution qui sont à envisager en même temps:

. « une utilisation plus efficace des engrais minéraux et organiques tels que les fumiers, lisiers et composts

. et des choix alimentaires visant à une consommation modérée de viande ».

Le coût de la réduction de cette pollution globale sera compensé par les bénéfices financiers de la maîtrise des problèmes dus à l’azote.   

Baie de Douarnenez, le Monde 14.04.2011

L’article du Monde   "Pollution à l'azote: une lourde facture pour l'Europe"

Il apporte des précisions supplémentaires intéressantes dans sa seconde partie, en en particulier sur la pollution de l’air par l’ammoniac. Sont concernées par des taux trop élevés, « la Bretagne et le nord de la France, la Plaine du Pô en Italie, le sud de l’Allemagne, le centre de la Grande-Bretagne, une partie du Danemark » toutes qualifiées de « régions à cultures et élevages intensifs ». 

L’interview de Pascal Cellier .

Le seul scientifique français, présent dans la commission travaillant sur les effets sur le paysage, Pascal Cellier de l’Inra  a été interviewé pour le Monde par Laetitia Von Eeckhout. Celui-ci estime qu’il est temps de valoriser les effluents d’élevage comme des fertilisants organiques pour des cultures végétales, en ne les considérant plus seulement comme des déchets. Une condition complémentaire indispensable à remplir en Europe est de se re-positionner sur la poly-culture, pour diminuer le poids de l’élevage, sans que cette dernière partie de phrase soit écrite en toutes lettres. Encore faudrait-il, et c’est une précision de Pascal Ferey, le responsable « Environnement » de la FDSEA, toujours dans le Monde, que la réglementation européennes soit cohérente et ne favorise plus l’usage de l’azote chimique (maximum 200kg d’azote/hectare) au détriment de l’azote organique (170kg/ha). 

Trois mesures complémentaires

Sont requises,

. le « recours à des véhicules propres »,

. « la fin de longs trajets en voiture » et

. « la consommation raisonnée de viande » pour éviter d’avoir à parler de diminution de la consommation.

 Baie de Douarnenez, le Monde 14.04.2011

 

Les photos

La première présentation est celle qui a déclenché le billet que vous venez de lire. Elle est tout à fait remarquable. Prise d’avion, elle survole le littoral en baie de Douarnenez. On découvre comme des dents blanches d’une mer  verte qui menacent les maisons construites sur la falaise en dessous. On imagine des écoulements d’eau qui se fraient un chemin dans un tapis d’algues vertes sur un fond de blancheur au dessus. Le détail délicat de cette arborescence fait penser à ces estampes japonaises si troublantes.  

 

Arrive maintenant une autre photo telle qu’elle est reproduite dans le site du monde.fr. Elle est prise cette fois-ci au dessus de la mer, en regardant vers la terre. On comprend très bien où se trouve le point d’émission de la pollution au pied de la falaise. Il ne s’agit pas de dents, mais d’écoulements des eaux à marée descendante allant vers le blanc de la plage puis vers la mer.

 

En résumé

. Quand un journal local traite de la question de la pollution du système par les rejets d’élevages, un sujet éminemment sensible au niveau politique, il prend soin de faire parler des scientifiques attachés à des institutions à la renommée incontestable, le CEVA et l’IFREMER. Il montre en photo seulement la prolifération des algues sur la plage, ce qui revient à ne montrer que la partie visible d’un iceberg de pollution, que l’ENA a désigné sous la dénomination du « Changement global ». Enfin il termine son article sur la construction à venir des entreprises de compostage créatrices d’emplois que va payer l’Etat. La réflexion sur un plan global visant à réduire, dés le départ, la quantité de rejets azotés, est repoussée à 2012, une année électorale, alors que les voies dans lesquelles il convient de s’engager sont déjà connues. L’Europe, grand contributeur financier en la matière, n’est pas citée.  

 

. Quand un journal national reprend l’essentiel d’un communiqué de presse d’une Commission d’études d’experts européens,  sa démarche est différente. Cette fois-ci l’information vise la pollution globale d’une grande partie des régions désignées de pays européens. Le préjudice est chiffré et les remèdes également, dont le coût sera supporté par l’Europe. Le titre de l’article d’ailleurs est parlant : « Pollution à l’ozone : une lourde facture pour l’Europe ». Par contre en seconde partie, ne sont plus cités que des experts français. Un autre chercheur de l’INRA explique que  « le choix a été fait en Europe d’une certaine spécialisation régionale alors qu’une polyculture associée à de l’élevage permettrait une meilleure gestion de l’azote. » Cette fois-ci l’élevage intensif est directement visé mais d’une façon indirecte. Quant au représentant de la FNSEA, il met l’accent sur ce qui est une incohérence réglementaire. La note finale du communiqué de presse avait pris grand soin de dire que les propos des scientifiques n'engageaient qu'eux-même. 

 

= En point commun, on croit comprendre que la question des effluents de l'élevage et de la culture intensifs est un sujet particulièrement sensible...et qui risque de ne pas être résolue d'ici un "certain" temps!      

 

Pour suivre le chemin

. Photo Maisonneuve/Sipa

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<div class="bl-lien"><a href="http://www.lemonde.fr/planete/portfolio/2007/08/06/nature-et-environnement_936689_3244.html" target="_blank">Nature et environnement </a><br />LEMONDE.FR | 06.08.07<br />

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Pour une bonne qualité des couleurs et par respect pour le travail du photographe, je vous conseille de vous rendre sur le site du Monde, la Ière photo ici présentée est tirée de la photo du Monde et la seconde est une capture d'écran.  

 

. Conférence d’Ecologie et d’Hydrologie d’Edimbourg, Royaume-Uni du 11 au 14 avril 2011, sous le titre « Nitrogen and Global Change » sur  http://www.nitrogen2011.org/topics_themes  

. Retrouver le communiqué de presse du CEH sur

http://www.lepetitsitesante.fr/actualites/CP/110411_exces_azote_economie_environnement.pdf

 . Sur un thème similaire, voir un de mes billets précédents: La pollution de la Loire = un phénomène globallisime = la glopollution

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