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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Eure > Des cupules dans les pierres des églises > La beauté des croix

6 Mai 2012, 15:35pm

Publié par Elisabeth Poulain

Pas de bonne journée sans mot nouveau. Je ne sais quel était l’auteur qui définissait ainsi une bonne journée par le fait qu’il avait appris ce jour-là un mot nouveau. Aujourd’hui, ce 6 mai 2012, très important par ailleurs, est une bonne journée : je viens de découvrir ce qu’est une cupule, qui désigne une petite coupe. Un terme qui pourtant n’a rien de spécialement enchanteur à l’oreille, mais un mot si utile qu’on l’utilise en botanique, en anatomie, en embryologie, en archéologie, en architecture et en géomorphologie…

Et comme si cela ne suffisait pas, je vais vous parler aujourd’hui de cupules dans un autre domaine encore plus large, parce qu’il n’est pas défini, entre croyance religieuse, usage médical, pratique populaire, graphisme et art.

Eure-Cupules sur les murs des églises -Assemblage

La cupule est une petite cavité faite par l’homme à la surface d’une pierre. En réalité, c’est tout ce que signifie le mot de cupule. S’y ajoutent deux autres éléments.

. Le premier est que la cupule existe depuis les débuts de l’humanité dans de la pierre dure, au même titre par exemple que  les dessins et les peintures dans les grottes pariétales, avec une grosse différence c’est que les trous ne représentent pas quelque chose, à la différence des dessins.  Il existe par exemple des pierres à cupules.

. La seconde caractéristique est que la pratique s’est poursuivie depuis sous d’autres formes. C’est le cas des cupules creusées dans la pierre tendre de calcaire utilisée en particulier pour édifier des églises en Normandie, dans le département de l’Eure. Leur pratique est beaucoup plus tardive, sans qu’on puisse les dater, si ce n’est par la date de la construction de l’église ou a contrario par celles des travaux de rénovation. Une autre spécificité est qu’elles représentent des formes graphiques, sans que l’on sache non plus, si les dessins ont été faits en une seule fois ou au fil des temps par la même personne ou par d’autres, comme vou le montre cette planche de photos de cupules prises par France Poulain.

Une représentation symbolique forte, avec une économie de moyens. C’est vraiment ce qui frappe quand on juxtapose ces formes résultant de ces trous reliés entre eux par des traits, comme on peut le voir dans la planche d’assemblage. Elles ressemblent à des formes de croix dont toutes les représentations sont différentes. Citons leur forme, l’intensité du creusement qui va du léger au profond avec une volonté d’atteindre le cœur de la pierre, les dimensions réelles, l’exposition à la lumière, la hauteur, la couleur de la pierre…

Des formes au fort pouvoir d’évocation.Elles sont à la fois bien réelles, en allant à l’essentiel, tangibles et pourtant si humaines. Elles sont le fait, du moins peut-on l’imaginer, de personnes humbles en attente d’un salut, d’un mieux-être, d’une guérison… qui de cette façon lançaient un appel pour la santé des corps et le salut des âmes. On ne peut manquer d’associer à ces traces humaines, les signes laissés par les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, dans leur quête de spiritualité. La différence tient en ce qui concerne les pèlerins de montrer le chemin, en laissant un témoignage de leur passage tout autant qu’un encouragement pour les nouveaux à venir.

Cupule-Eglise-Eure

En l’absence de toute recherche sur ces traces de spiritualité humaine, d’autres hypothèses peuvent être émises sur cette pratique des cupules qui consiste à creuser la pierre en formant un dessin symbolique. La localisation de ces dessins en creux offre une piste intéressante. Elle se situe en effet à l’extérieur de l’église, le plus près possible du chœur, comme si cette proximité pouvait renforcer le lien avec le Seigneur et amplifier le résultat attendu. Une autre hypothèse complémentaire porte sur la dimension médicale, non pas de la gravure en creux, mais  cette fois-ci de la poussière de pierre recueillie. Elle aurait eu une valeur thérapeutique puisque le langage populaire garde vivante la locution de « médecine du pauvre » ou plus tard celle « d’aspirine du pauvre ». La cause de la dimension bénéfique de cette poussière n’était peut-être pas tellement due aux vertus de la pierre elle-même mais à sa proximité avec le chœur.

La lisibilité, l’interprétation de ces représentations de croix. C’est certainement là que se situe l’élément le plus troublant : chacun a une lecture propre. Certains voient des hommes, là où d’autres voient que des flèches ou des formes géométriques abstraites ou très matérielles, comme  un pressoir aux allures d’homme !

Pour en savoir plus

. Lire la fiche sur « la cupule sur les églises de l’Eure » sur  le site du Service territorial de l’Architecture et du Patrimoine dans l’Eure (DRAC Haute-Normandie), http://www.haute- normandie.culture.gouv.fr/pages/rubrique_3/Pres_SDAP27.htm

. Planche et Photos France Poulain, avec mes remerciements, à retrouver dans l'album-photos "Eure-Patrimoine".

. Voir aussi le billet et les photos de cupules sur les murs de l'Eglise d'Aumale en Seine Maritime d'un blogueur allemand  sur  http://u01151612502.user.hosting-agency.de/wetzrillen/index.php/Aumale

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