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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Force du graphisme en noir et blanc > Différence entre design et art

10 Janvier 2010, 09:38am

Publié par Elisabeth Poulain

L’explosion de la couleur dans notre vie quotidienne renforce encore la présence du graphisme centré sur l’essentiel - ce qui porte le sens -  quand on a enlevé la pacotille et l’inutile qui surchargent sans raison ni intérêt. Le noir et blanc jouent alors un rôle quasiment magique. Pour en montrer la force, j’ai pris deux exemples. La présentation se fera selon trois critères que j’ai dégagés lors de ma recherche sur l’habillage de la bouteille de vin, a savoir le sens, le style et la différence.

 

Ce sont deux documents d’un format pocket - 21 x 10cm – souvent utilisé pour les plaquettes publicitaires, que j’ai trouvées à Bruxelles lors d’une de mes dernières virées. Ma récolte là-bas se pèse toujours en kilos. 

 

blog 2010.01.10 001Le premier est une création de Bruxelles Plurielles-Brussel Keer op Keer  pour illustrer une plaquette consacrée aux « Gens d’ici venus d’ailleurs-Mensen van hier elders gekommen ». Ce sont les lignes noires en forme de poteaux qui ont frappé mon oeil.  On dirait des baguettes d’un jeu de mikado éclatées au sol. 8 baguettes sont plus ou moins horizontales et 5 + ou - verticales. 3 baguettes porteuses de sens sont dressées vers le haut en se groupant pour créer un effet de mouvement. Chacune d’entre elles porte une mention, l’une cite l’organisateur et le titre de l’exposition en français, la seconde en flamand et la troisième donne les dates. L’ensemble forme une grille aérée de baguettes, comme un tissus que l’on devine vivant. Les 3 baguettes porteuses de sens ne se rejoignent pas même si elles vont vers le coin supérieur droit. La couleur acajou  utilisée pour faire ressortir le logo de Bruxelles (Archives de la Ville) donne l’arrondi indispensable pour faire le lien entre les baguettes, comme un lien souple. Le résultat est réussi au niveau du sens. Quant aux deux autres critères, ils sont plus faiblement présents, me semble-t-il. Peut être aurait-il fallu être prendre plus en compte la typographie.

 

Le second document est consacré à l’artiste belge flamand Frans Maserel originaire de Blankenberge situé sur la côte. Une exposition a été organisée par sa ville natale pour le 120è anniversaire de sa naissance. A cette occasion, la ville a édité une plaquette (A4 plié en 3). En couverture, le choix des organisateurs s’est porté sur une des gravures sur bois de l’artiste que l’on pourrait appeler ‘l’homme et la mer’. Blog 2010.01.08 002

 

Le noir est la couleur dominante au point qu’on a l’impression que se baigner dans une mer si noire serait une façon de chercher la mort. Le blanc ici représente la crête des vagues soulevées par le vent. On sait combien il est fort en Mer du Nord. Il est un maître qui écrase tout, qui part aussi à l’attaque de la digue conçue pour freiner son ardeur et protéger le littoral. Outre le blanc des crêtes des vagues de plus en plus pressantes à l’approche de la digue, les autres lignes blanches  sont formées par le joint en ciment entre les briques de la digue. Un halo blanc permet d’apercevoir la fine silhouette d’un homme assis sur la digue qui s’enfonce dans la mer.

 

L’impression ressentie est extrêmement forte. Il y a le vent, les vagues, une mer dangereuse, en colère parce qu’on l’empêche de s’épanouir, un homme assis dans une solitude extrême qui médite en regardant devant lui, sur une digue qui disparaît quelques mètres plus loin. Au niveau du sens et du style, tout est dit. Sens et style ici sont totalement intégrés l’un à l’autre. Quant à la différence, elle éclate dans toute sa force puisqu’elle présente à tout moment. On ne connaît pas forcément Masereel en France, mais on sait qu’on a affaire avec un grand artiste. Il n'est plus besoin de se référer au sens, au style et à la différence comme dans le design. C'est ça l'art.  

 

Pour suivre le chemin

. L’expositions sur les gens d’ici venus d’ailleurs (une très jolie façon de s’exprimer) montre en photos et témoignages les courants d’immigration qui ont fait de Bruxelles une riche terre de rencontres depuis le XVIè siècle. Elle est encore visible jusqu’au 29.01.1010  Rue des Tanneurs 65 –1000 Bruxelles


. L’exposition Masereel et la mer s’est tenue Blog 2010.01.08 009du 1.07.2009 jusqu’au 04.10.2009, voir www.blankerberge.be/masereelendezee

. Masereel est aussi un peintre de la mer, avec comme toujours chez lui une vision sociétale forte. Il montre la plage l’hiver dans des harmonies naturelles grises, jaunes et vertes passées et la plage l’été envahie par une foule si compacte qu’on n’y voit plus qu’une masse bigarée.

Il a travaillé dans ce sens aussi en gravure en montrant les deux aspects d'une réalité, celle de la solitude face à la multitude toute autant oppressante.


. Frans Masereel (1889-1972) était un grand dessinateur de presse, pleinement engagé contre la guBlog 2010.01.08 008erre et le fascisme. Véritable européen, il parlait trois langues outre le flamand. Il vécut  en Belgique bien sûr, en Suisse, en France à Paris et se retira dans le Sud de la France où il est décédé à Avignon.

. Vous trouverez quelques infos sur cet artiste engagé sur www.oulala.net/Portail/spip?php? et quelques reproductions de ses œuvres sur www.iisg/nl.exhibitions/art/maseleven 

 

. Sur les poteaux, voir aussi sur ce blog 

 Un choc de poutres, de barres, de structures et de câbles

Commenter cet article

jean-yves gerday 14/01/2010 18:27


Graveur depuis un an suite logique du dessin,j'ai eu aussi le plaisir de voir cette expo. à Blankenberghe.
Se croisera-t-on dans notre futur lieu d'expo.à Bruxelles?
Qui sait??? 


Elisabeth Poulain 15/01/2010 10:54


En tant que graveur, quelle a donc été votre impression pendant et après l'expo? Pour moi, l'impression est bigarrée, très forte pour les sculptures sur bois surtout pour les oeuvres de
solitude, moins pour la foule. Et surtout je moins sensible à ce qu'à fait le peintre, avec là aussi une différence entre son travail sur la nature (j'aime) et sur la foule (j'aime
moins)