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Le Blog d'Elisabeth Poulain

François Grether, Urbaniste-Architecte, "La Ville sur Mesure", Angers

15 Novembre 2013, 16:14pm

Publié par Elisabeth Poulain

 La ville sur mesure  est le titre choisi par François Grether pour parler de la façon dont il conçoit son travail sur la ville. C’est aussi le titre de l’ouvrage qui lui est consacré dans la Collection « Grand Prix de l’Urbanisme », qu’il a reçu en 2012, au titre de toutes ses interventions sur la ville.

F. Grether, Concertation, Berges de Maine, Angers, 20110118

L’objet de ce billet. D’abord ce qu’il n’est pas. Il ne s’agit pas de vous résumer l’ouvrage qui permet d’autant mieux comprendre comment travaille François Grether que l’homme lui-même parle si peu de lui qu’il n’existe à ma connaissance qu'une bonne interview de lui qui permettent d’avancer dans la compréhension de sa conception de l’urbanisme. (C'est celle de Place Publique Rennes pendant un transport par fer*).  Il ne s’agit pas non plus de vous décrire par le menu l’importante opération d’Angers Rives Nouvelles (320 hectares) qui en est actuellement à sa seconde séquence de concertation dans l’agglomération angevine. Ni de vous raconter le déroulé de la première séquence de concertation (2011-2012), une grande première pour la ville, qui a eu lieu à Angers pour in fine permettre aux Angevins de désigner leur projet préféré, avant que l’agglomération fasse aussi ce choix du projet Grether/Phytolab.   

Blog div, FG et concertation 20131115 103

Ce billet est un éclairage, un témoignage  sur la façon dont un grand urbaniste travaille avec les gens engagés dans la concertation et/ou membres d’associations actives, qui sont et font la ville. Ou  comment l’urbanisme est vécu, perçu par des citoyens ou pas  qui ont une démarche active pour définir leurs attentes face à la ville et plus, grâce à leur participation en atelier de concertation  urbaine. C’est l’objet de la première partie qui est centrée sur François Grether.

En seconde partie, c’est à un jeu que je me suis livrée. Il s’est agi pour moi d’essayer de comprendre le choix des visuels sélectionnés  par l’urbaniste en guise de Repères  en pages 30 et 31 de son ouvrage La Ville sur mesure.  L’ensemble de ces visuels, tableaux, photos, plan, définissant en langage non verbal un portrait de l’urbaniste-architecte.             

Angers Rives Nouvelles, Concertation, Grether 20131115

François Grether est de ces hommes d’une grande profondeur qu’on a du mal à définir tant son travail d’une apparente simplicité sur la ville se fait en douceur, sans violence. Certains disent de lui qu’il serait un créateur de qualité « invisible » pour exprimer la difficulté à catégoriser ce qu’il fait pour la ville. Il est plus exact de dire que ses projets engagés dans la réalisation ont de telles vertus d’évidence, qu’on se dit « oui, bien sûr, c’est ce qu’il fallait faire, Grether l’a fait », comme j'ai entendu un architecte le dire. Ce qu’il rend naturellement invisible, c’est la quantité de travail en amont et pendant toute la durée de ses interventions, parce qu’il considère vraisemblablement que ça fait partie du métier. Ca n’intéresse pas les autres. C’est aussi une forme naturelle d’élégance, qui est de ne pas peser sur les autres, surtout en se mettant en avant. 

 François Grether, Federigo da Montefeltro, Repère n°1

Ses mots pour qualifier ses interventions sur la ville. Pour parler de lui, François Grether préfère parler de la ville et des gens qui l’habitent et y travaillent. Il met toujours en avant son engagement profond pour la cité. C’est elle qu’il s’agit de servir en respectant sa nature profonde, en lui proposant du fait-sur mesure. C’est   ce terme de la ville sur mesure  qu’il utilise. Faire du copier-coller pour être dans la mode du moment ne l’intéresse pas. Il n’a pas de temps à perdre. Il cherche -  et  réussit par une patiente approche faite de beaucoup de travail en amont  – à faire corps avec la ville, à sentir ses vibrations de façon à être en phase avec elle, pour mieux la comprendre, lui proposer des lignes directrices qu’elle seule est capable d’ingérer, d’intégrer, séquence par séquence, sans violence, ni posture, en s’adaptant dans le temps.  

François Grether, ses Repères de

Pour cette approche perceptive, François Grether va naturellement se rendre fréquemment sur le site. Il va aussi à la rencontre des gens qui font et sont la ville, en favorisant et variant les approches et les modes de contacts pour comprendre et sentir le terrain. Il parle peu, écoute beaucoup et comprend encore plus, si profondément engagé dans sa démarche, que les gens lui parlent vrai, avec profondeur et sensibilité de leur ville, de leur quartier...d’une façon à la fois fine et sensible, répondant en cela à la finesse et à la sensibilité de leur interlocuteur. 

 Les paysages de ville lui parlent vraiment mais à eux seuls, ils ne sauraient lui suffire. L’histoire et les différentes études techniques nécessaires à la conception du projet vont lui apporter, chacune dans sa spécialité, des lignes de force essentielles qui sous-tendront ses propositions et leurs différentes variantes. Il va centrer tout au long de la maturation du projet sa vision de la ville toujours évolutive dans le temps, faite pour et avec les gens, élus et services techniques y compris, en privilégiant toujours une vision ouverte du territoire. Ce sont les trois composantes du projet, le lieu qui inclut le périmètre visé et alentour, les gens au cœur et le temps qui apporte le changement. Ces trois mondes tournent en gravitation dans et autour du projet, qui lui-même s’articule en autant  de projets-séquentiels qui font intégralement partie de l’ensemble.  

Francois Grether, La Cité du Rer à Cheval, Berlin, Repère n°2 François Grether est un re-créateur, ré-unificateur et renforçateur de la ville. Il sait transformer une masse d’informations petites et grandes, sans hiérarchie, en un projet cohérent, vivant, qui part des rives de la Maine, dans le cas d’Angers, pour viser l’ensemble de l’agglomération et un peu plus loin pour revenir autre, enrichi,  vers le centre urbain, en ayant gagné de la force pour unir l’ensemble. Si on devait qualifier ce que fait cet urbaniste-architecte, on peut dire qu’il sait redonner du sens et de la cohérence aux territoires de la ville, agissant à la manière d’ondes concentriques qui partent et reviennent et repartent en tissant à chaque fois des nouveaux liens entre les lieux, entre les gens et dans le temps.    

Place La Rochefoucault, Dialogue entre platanes

L’urbanisme pour François Grether dans sa connaissance sensible des échelles de terrain ne saurait être une œuvre d’auteur et le projet a forcément une nature collective  en appliquant ce principe à l’espace sur lequel est basé le projet. Travailler sur une partie de la ville, c’est impacter toute la ville et au-delà, le changement par nature ayant toujours tendance à déborder le périmètre défini et à surgir là où on ne l’attend pas d’une façon qu’on ne peut prédire.  Il faut donc à l’urbaniste à la fois savoir agir avec la prudence de rigueur dans tous les projets sensibles qui portent sur la ville et la détermination nécessaire en ayant bien dégagé l'essentiel de l'accessoire, tout en acceptant toujours le changement. C'est ce travail de création en équilibre, toujours en phase, que réalise l’urbaniste, après beaucoup de consultations et de concertation  avec les usagers de la ville et ceux qui la dirigent et/ou sont à son service.

Francois Grether, Auguste Pointelin, paysage jurassien, repère n°3 

L’effet-temps est d’autant plus important qu’on ne le voit pas, on ne le sent pas, on ne peut pas le cadrer ou le mesurer en terme de nature ou de quantité de changement. Il est pourtant au cœur du projet. Celui-ci doit avoir la capacité permanente à s’adapter encore plus quand la création et le développement de la ville sont liés à l’eau. Dans son ouvrage, François Grether ne s’étonne pas du nombre de ses projets qui d’une façon ou d’une autre ont cette connotation « eau » au cœur.  Ceux-ci exigent encore plus d’attention et d’ouverture, tant les attentes qui parlent à l’imaginaire sont fortes en ces lieux qui focalisent les contraintes. Toute la ville se retrouve sur ses rives. Toucher à la rivière, au fleuve, c’est encore plus impacter toute la ville et au-delà. C’est vrai à Angers, comme ailleurs.   

Place La Rochefoucault, Quai Monge, en bas 

Plus que l’eau peut-être, en tant que telle, ce sont  les rivages qui attirent François Grether. Ce sont des endroits qui ont toujours joué des rôles importants dans l’histoire des villes, à partir desquelles celles-ci se sont créées et qui ont vieilli du fait par exemple de la modification des usages de l’eau et du développement de la circulation. On n'y lave plus son linge, on ne transporte plus les marchandises par la voie fluviale, on circule en voiture…La rivière, qui unissait la ville, redevient alors une séparation entre des quartiers qui se font face et ne se parlent plus.

Francois Grether, Auguste Pointelin, Litho Gilles Aillaud, Crocos, Repère n°4 

L’eau de la rivière, du fleuve ou de la mer est toujours une frontière, tout autant qu’un lieu de passage, qui interpelle celui qui s’interroge. Une frontière par nature est un espace, une zone sensible qui sépare tout autant qu’il ou qu'elle confronte en face à face, en créant comme autant de relations plurielles toujours à réinventer, avec toujours une ambiance particulière. Si la ville est un espace particulièrement réactif, le rivage en est un miroir hyper-sensible. Une des raisons vient de la nature de l’eau qui s’écoule, qui nous renvoie à qui nous sommes et qui jamais ne se domine. En témoignent les tempêtes sur la côte littorale atlantique ou les crues d’Angers avec une hausse de 7 mètres de haut par rapport à la normale à la hauteur du château à l’endroit le plus resserré de la Maine (la rivière) près du Château.   

    François Grether, ses Repères de

Les sept visuels choisis par François Grether pour dire ce qu’il aime et qui sont présentés sous le vocable de Repères. C’est un exercice auquel il a dû se plier comme tous les autres lauréats : parler de lui en choisissant des "images"  et des ouvrages à recommander en particulier aux lecteurs et surtout aux étudiants. Voici une compilation très rapide.  Pour la perspective, il est possible de citer 4 visuels que sont le portrait de Federico da Montefeltro (n°1) avec les collines d’Urbino en arrière, celles de la cité berlinoise (n°2), à comparer avec celles d’Arc et Senans (n°6), sans oublier la perspective de rue à Paris (n°7). Du côté des personnes, 3 visuels sont concernés ; il y a cet homme de pouvoir et de culture en veste et toque rouge du XVe siècle (n°1), 7 rugbymen rouges et 9 Bleus me semble-t-il (n°5) et des gens (n°7) dans la rue du Faubourg Saint-Honoré, avec une cycliste femme vue en surimpression. 

    Chateau d'Angers, 5 tours sur les 17 

Après les personnes, voici les formes ou demi-formes rondes : 3 visuels en comportent,  qui sont celle de la Cité du Fer à Cheval à Berlin (n°2), la Saline d’Arc et Senans (n°6) et la toque qui enserre par deux fois la tête de  Federigo da Montefeldro (n°1). Pour l’arbre et le vert du végétal, à nouveau 3 visuels, celui de la cité ouvrière de la capitale allemande (n°2), dedans et dehors, l’arbre jurassien dans sa grande plénitude-solitude entre terre et ciel (n°3) et le vert du gazon (n°5) anglais (le rugby étant un sport anglais). Arrivent ensuite avec 2 citations, le mouvement et la mobilité  représentés par les rugbymen (n°5)  et le cliché pris dans la rue du faubourg à Paris (n°7), avec voitures, vélo et gens sur le trottoir. I seule citation pour le bestiaire de la ville. Voici les trois Crocos (n°4) qui forment un ensemble harmonieux d’îles plus ou moins submersibles avec des dessins fabuleux de crêtes et d’écailles en relief, qui se présentent comme des allées parfaites. 1 seule citation aussi mais de combien d’importance quand on est un architecte et un urbaniste, avec le plan d’Arc et Senans (n°6).

Francois Grether, La saline d'Arc et Senans, Repère n°6

Une lecture singulière des visuels. Ils sont trois du côté gauche en page 30 et quatre du côté droit en page 31. A gauche, en guise de pilier d’ouverture pour caler l’ensemble et donner le ton, voici le portrait du profil extrêmement fort de Federigo de Montefeldro, l’homme en rouge d’Urbino, par Piero della Francesca (n°1). Pour lui répondre, lui qui regarde au loin vers la gauche de l’autre côté, un cliché tout à droite en haut d’une rencontre  de rugby entre Rouges et Bleus sur fond vert (n°5). Pour faire le lien avec ce vert de la pelouse, voici juste au-dessus la ville, avec des citadins, le store vert d’un café, la voiture rouge dans une rue ancienne de Paris (n°7). C’est la rue du Faubourg Saint-Denis, Paris Xe. Dans le fond, la Porte du Faubourg Saint-Denis ferme l’horizon. C’était sa fonction de porte, en forme d'Arc de Triomphe, dans une des nombreuses enceintes de la ville de Paris.

Le match de rugby et la rue du Faubourg de la Porte Saint-Denis assurent le pilier droit de l’ancrage. Ce cliché d’un quartier vivant  où se croise le monde entier  termine la sélection qui avait commencé par le portrait du Duc d’Urbino et Comte de Montefeltro qui avait créé une des plus grandes bibliothèques d’Italie et s’était entouré de lettrés, d’artistes, d’intellectuels pour faire avancer et porter la connaissance.    

François Grether, Le rugby, Repère n°5 Au cœur du panneau, voyons maintenant ce qui se passe au milieu pour les quatre clichés disposés de part et d’autre de la pliure qui sépare la page 30 et la page 31. Cette fois-ci, François Grether choisit de s’exprimer en une double diagonale très subtile qui se croise au milieu des quatre visuels centraux.   

La première diagonale qui s’impose tout d’abord est celle qui lie les deux visions de la ville basées sur une forte séparation entre le dedans et le dehors, dans un espace concentrique très maîtrisé. La première (page 30-haut), qui se situe en Allemagne à Berlin, est une vue aérienne de  la Cité du Fer à Cheval, œuvre de l’architecte Bruno Taut (1925-1927). L’ensemble est classé au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2008. La seconde (page 31, bas) montre le plan de la Saline d’Arc et Senans classée au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1982. C’est l’œuvre  de Claude Nicolas Ledoux, commencée en  1775 et terminée très rapidement en 1779. Le plan montre la poursuite du schéma central sur l’extérieur, avec une volonté puissante d’une maîtrise totale de la nature, au service de la fonctionnalité du bâtiment pour s’assurer d’une production régulière et optimale de sel.

La seconde diagonale joue volontairement la rupture pour casser cette représentation de la ville close sur elle-même. En partant du bas cette fois-ci (n° 3, page 30, bas), la lithographie d’Auguste Pointelin, un peintre du Jura, présente un  Paysage jurassien minimaliste. On distingue  la partie supérieure d’un arbre, qui se détache dans un paysage où règnent des variations de noir sans partage pour figurer le sol, qui répond à un ciel gris de plomb qui domine l’ensemble. Pour lui répondre (n°4, page 31, haut), en forme de choc visuel, voici deux ou trois îles de forme curieuse entourées de ce qui semble être de l’eau argileuse couleur sable. C’est une lithographie de Gilles Aillaud,  un  artiste ami de François Grether, intitulée  familièrement Crocos.

Francois Grether, La Rue du Faubourg Saint-Denis, Repère n°7 

L’intéressant à ce stade est d’étudier les jeux de lignes qui sont toujours présents dans les réalisations de François Grether et qui vont se retrouver dans ses choix tout autant que dans leur présentation, en association, en provocation ou autre connexion. Je vous ai déjà cité les piliers de chaque côté qui ouvrent la présentation comme des fenêtres, l’un regarde à gauche (n°1) et pour le dernier (n°7) c’est notre regard qui traverse l’arc de triomphe au fond de la rue. Les deux diagonales dynamisent les quatre visuels du centre. Il y a aussi d’autres associations. L’arbre du bas d’Auguste Pointelin du Jura (n°3)  est centré autour de la ligne basse d’horizon. Il parle à ceux  d’Italie, à Urbino,  (n°1) comme à ceux de Berlin dans et en dehors de la Cité (n°2). Le vaste ciel horizontal (n°3) répond à celui qui ressort verticalement de la rue de Paris (n°7). Quant aux Crocos (n°4), leur rencontre à trois se fait de façon très douce  en biais disposée en pétales,  avec un point de fuite vers le haut de la page précédente, à l’instar de ces rugbymen plein d’énergie capables de se rouler joyeusement dans la boue pour saisir un ballon (n°5), dont la composition nous emporte vers le haut. Il reste le plan de la saline (6) qui nous conduit vers la partie rayonnante du bas.

Notre œil n’a pas cessé de tourner autour, d’aller et venir d’un visuel à un autre en cherchant les connections, les frictions, la construction qui sous-tend l’ensemble et qui fait que la vie crépite, en surfant allègrement d’un siècle à l’autre, d’un espace à l’autre, avec et pour des gens qu’on voit ou pas.

François Grether, Vigneron jurassien dans sa vigne, 

Il y a pour François Grether, ce montagnard originaire de Franche-Comté, une sensibilité profonde à la bordure qui sépare, unit et rapproche. Tous les visuels ont des liens avec le dehors, l’ailleurs, réciproquement et plus, forcément. Citons l’Italie, l’Allemagne, les régions tropicales humides, l’Angleterre et le monde entier qui se retrouve dans le 10e arrondissement à Paris, qui est toujours le coeur de la France. Quant à la Franche-Comté, sa position proche de la Suisse, de l’Allemagne et de l’Italie en fait une région frontalière qui a toujours été disputée dans l’histoire.  François Grether utilise le terme de barrière pour parler des cloisons qui séparent les différentes facettes de la connaissance (visuel n°1). En découle aussi chez lui une grande sensibilité au temps, qui joue toujours sa partition en un lieu précis, comme le cas pour la vigne qui pousse avec allégresse dans sa parcelle du vignoble du Jura et à la rencontre de laquelle il va à chaque fois qu’il vient se ressourcer chez lui,  au pays comme on dit.  

Ce très beau cliché est l’unique photo de lui qui se trouve au tout début de l’ouvrage. On y retrouve une certaine image de l’ordre végétal, avec la ligne de la rangée de vigne, une harmonie fine de couleurs très présente dans ses choix, la vigueur de la plante qui est capable d’envoyer ses racines à des dizaines de mètres sous terre pour trouver l’eau dans des sols caillouteux qui ne sont pas faciles. Cette photo d’un vigneron heureux a été prise l’hiver quand la neige adoucit l’accessoire pour faire ressortir l’essentiel, comme ces structures verticales (lignes de poteaux) qui tiennent les fils horizontaux sur lesquels s’accrochent les branches qui porteront le raisin à venir, à partir des pieds noueux de vigne qui sont des symboles de longévité.

Un vigneron sait plus que d’autres que l’important dans la vigne pour avoir du bon vin, un vin vrai,  est l’ancrage dans la terre, en lui témoignant toujours respect, douceur et continuité dans l’attention et les soins qu’on lui doit. Car c’est la terre, celle qu’on prend dans la main pour en apprécier la texture, prise dans son sens premier, celle qui nous porte, nous nourrit, nous permet de vivre debout en assurant notre ancrage de personne humaine. C’est ce que disent les deux visuels quasiment sans couleur - au milieu de la ligne du bas de Repères -  les plus importants de la sélection que sont l’arbre du Paysage jurassien et le plan d’Arc et Senans dessiné par la main de l’architecte comme une expression directe et visible de l’intelligence humaine.

Angers, Berges de Maine, Vue du Pont Confluence, Ponton base Avirons   

François Grether nous a parlé en langage non verbal, à l’exception de quelques mots de commentaire pour chaque cliché, de l’espace en terme d’organisation humaine ouverte à forte tendance intellectuelle et artistique (1), d’organisation végétale avec l’arbre en guise de médiateur et de symbole (2 & 3), d’organisation souple animale en mouvement (4), d’organisation en équipe d’hommes en mouvement (5), d’organisation de la pensée avec le plan (6), d’organisation  de la ville en longue percée (7)…en phase avec le temps qui porte le changement et qui  est toujours présent, sous des formes variées et toujours les gens, même quand on ne les voit pas (2, 3, 4, 6).

Place La Rochefoucault, Entre deux platanes, la Cathédrale 

Quelques mots d’un homme politique en témoignage pour terminer ce billet. Comme François Grether qui a ouvert ses repères visuels par un homme politique et de culture, je vais citer les mots de Frédéric Béatse, maire d’Angers, en page 19 de  La ville sur mesure. Celui-ci a intitulé son témoignage  Evidence et simplicité  en parlant dans le texte de  finesse et de sensibilité, puis d’authenticité de la démarche, respect du territoire, lien de confiance avec les habitants, les élus et les services…  Le Grand Prix de l’Urbanisme  attribué à François Grether est pour nous une évidence : la reconnaissance des hommes qui construisent la ville pour y vivre et être heureux.  

 Place La Rochefoucault, Allée des Platanes

Pour suivre le chemin

. Une précision tout d’abord concernant ce billet. Il s’agit d’une lecture-interprétation toute personnelle de ma part de la sélection des  Repères  que François Grether a choisi dans son ouvrage. Il ne s’agit pas d’un texte résultant par exemple d’une interview qui aurait porté sur ce sujet. Sont présentés en rouge et en italiques ses mots extraits de son ouvrage  La ville sur mesure. Figurent en italiques de couleur noire des mots prononcés par des Angevins ou d’autres personnes.   

Angers, Berges de Maine, face au Château

. François Grether a reçu le Grande Prix de l’Urbanisme 2012 décerné par un jury constitué de professionnels placés sous le haut patronage du ministre en charge de l’Urbanisme, Cécile Duflot, ministre de l’Egalité des territoires et du Logement. Cette reconnaissance s’appuie sur les résultats d’une large consultation au niveau national de 1500 personnes représentatives de l’urbanisme. Le jury présidé par un haut-fonctionnaire est composé de deux élus et de douze professionnels, quatre urbanistes étrangers, quatre urbanistes français, un paysagiste – Michel Desvignes en 2012 -  et trois journalistes.

. La ville sur mesure, François Grether, Grand prix de l’Urbanisme 2012, Hommage à Marcel Roncayo, sous la direction d’Ariella Masboungi, Collection Grand Prix de l’Urbanisme, Parenthèses, avec ses sept Repères:

1. Le portrait de Federigo de Montefeltro (1422-1482) est à retrouver (en anglais) sur http://en.wikipedia.org/wiki/Federico_da_Montefeltro Vous comprendrez pourquoi cet homme au visage si singulier regarde vers la gauche. 

. A voir « La Cité idéale » peinte vers 1480-1484 par Fra Carnevala   sur le site « The Walters Art Museum » de Baltimore  http://en.wikipedia.org/wiki/The_Walters_Art_Museum

2. Pour la Cité du Fer à Cheval à Berlin, la Huseisensiedlung, qui était une cité ouvrière où la nature occupe une place importante au cœur de l’ensemble, avec en particulier des arbres,  voir quelques informations supplémentaires sur http://www.dw.de/les-cit%C3%A9s-ouvri%C3%A8res-t%C3%A9moins-du-pass%C3%A9/a-3498349

3. Sur Auguste Pointelin, découvrir l’essentiel avec une de ses huiles, un pastel et un fusain sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Pointelin  et surtout  http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=AUTR&VALUE_98=POINTELIN%20Auguste%20Emmanuel&DOM=All&REL_SPECIFIC=3 qui donne à voir de  multiples  variations sur le paysage jurassien, mais pas l’huile sur bois (collection privée) qu’a choisie François Grether.  

. Sur l’histoire de la Franche-Comté, lisez en Ière approche http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_Franche-Comt%C3%A9 pour comprendre la sensibilité particulière de la Franche Comté à la frontière qui se déplace au cours des siècles.

4. Pour Gilles Aillaud, voir http://imago.blog.lemonde.fr/2011/12/23/gilles-aillaud/  et http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Aillaud   où l’on voit le peintre posant devant une de ses œuvres montrant des tigres en cage.

Sur le crocodile, voir la carte des régions tropicales humides dans lequel il s’épanouit  http://fr.wikipedia.org/wiki/Crocodile

5. Pour le rugby, je n’ai vraiment aucune piste à indiquer, même pas Wikipedia !

6. Retrouver le plan en haute résolution - avec ses vraies couleurs beige-ocre - de la Saline d’Arc et Senans, avec une riche information et des photos, qui font ressortir la puissance de cette création de l’esprit représentée en un dessin projeté à plat sur une feuille de papier  http://fr.wikipedia.org/wiki/Saline_royale_d'Arc-et-Senans.

7. Pour la Porte Saint-Denis, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Porte_Saint-Denis avec une superbe peinture de Jean Béraud montrant de façon idéalisée la vie parisienne dans la rue près de la Porte vers 1875 un peu avant « La Belle Epoque ».

. *Retrouver l'intéressante interview de Place Publique Rennes  de "François Grether: l'urbaniste aux deux vies" sur   http://www.placepublique-rennes.com/2010/11/francois-grether-lurbaniste-aux-deux-vies/

. Sur le vignoble du Jura, peu connu mais apprécié des connaisseurs, en raison de sa complexité (un terme que François Grether n’aime pas quand il s’applique à lui), de sa typicité et de sa diversité (8 appellations pour 2 000 ha, 70 kms de long sur 6 kms de large), voir en première approche  http://fr.wikipedia.org/wiki/Vignoble_du_Jura  

. Compléter par un ouvrage imprimé en Italie, qui a bien vieilli comme le bon vin,  « Les paysages de  la Vigne » de Jean-Paul Pigeat de l’Institut international des Paysages et Architectures Viticoles avec de très belles photos. Ces paysages de vigne sont pour moi parmi les plus beaux de tous, avec certaines vues de la Loire et de la mer...

. Photos du vigneron François Grether et de ses Repères issues de La Ville sur mesure. Les photos curieusement ont toutes prises une tonalité bleue; il faudra attendre un jour où la lumière sera meilleure. Patience svp!

Vignoble Jurassien hiver wikipedia- 

. Photo du vignoble du Jura sous la neige avec une église toute proche, sans nom d’auteur sur Wikipedia. La vigne fait intégralement partie du village dont l'église semble la protéger. Regardez le formidable jeu de lignes, c'est un régal!   

Angers Rives Nouvelles, François Grether, Olivier Vaillant, Concertation 2013-10-04 122   

. Autres photos Elisabeth Poulain de François Grether, prises lors de séances de concertation (1) « Angers Berges de Maine » et (2) maintenant « Angers Rives Nouvelles » du nom de la société publique placée sous la direction d’Olivier Vaillant (photo ci-dessus), qui gère toute l’opération d’aménagement qui inclut la création d’un nouveau quartier de la ville à Saint-Serge en rive gauche. Place La Rochefoucault, Vue sur le Quai, l'hiver

 J'ai volontairement mêlé des clichés de François Grether pris lors de différentes séances de concertation, avec ses Repères et des clichés d'Angers. Citons la Maine (la rivière), le château, la cathédrale, les platanes de La Rochefoucault, la base d'avirons qu'on devine derrière les arbres, l'Allée des Platanes en dessin du projet, un bouquet de fleurs accrochée à la rambarde face au château par les jardiniers de la ville. Et toujours la Maine avec les platanes de La Rochefoucault et le Quai Monge , cette fois-ci à l'automne au début de la période de hautes eaux. 

. A lire aussi sur ce blog, un autre billet sur François Grether Le projet très angevin de l'Equipe Grether > Angers Berges de Maine          

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