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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Frontière > Entre Accueil et Tourisme par des habitants > Les Greeters

9 Novembre 2011, 12:34pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Traduction du titre

Ce billet, le n° 2 de « Frontière » traite d’une première approche des Greeters français. La traduction s’impose doublement, d’abord parce que le titre ne doit pas dépasser 70 caractères et surtout parce qu’il n’existe pas de traduction française pour désigner ce type d’accueil bénévole et touristique offert par des hôtes (les Greeters) à des inconnus. Force est alors de se référer à l’association américaine des Greeters,  qui a été créé en 1992 à Haarlem par ceux qui y habitent pour leur faire découvrir leur ville autrement. C’était l’époque où la ville qui avait connu un fort déclin retrouvait une image positive en reprenant des forces. Le message des Greeters était clair : il y avait (aussi) des gens  chaleureux à bien vivre  à Haarlem, un quartier quio cherchait à avoir une autre image.  

Petite maison de vigne, Sancerrois

Plusieurs modalités d’accueil par des habitants

C’est une des tendances fortes du tourisme en France qui se décline en de nombreuses formules dont certaines sont déjà anciennes. Les gîtes ruraux ont offert une alternative moins coûteuse à l’offre hôtelière plus onéreuse, en y ajoutant une proximité qui fait partie du concept même de la formule : permettre à des ruraux d’offrir l’hébergement, assorti parfois de repas, dans des locaux réhabilités grâce à des subventions départementales dans des bâtiments privés.  

 

Les gîtes continuent à avoir tant de succès que des représentants d’instances professionnelles rurales viennent d’Europe et des Etats-Unis notamment pour comprendre ce qui fait le succès de la formule française afin eux aussi d’éviter ou freiner la désertification rurale en développant une nouvelle approche touristique plus proche des visiteurs. J’ai pu apprécier l’hospitalité d’une famille vigneronne en pays Sancerrois qui hébergeait surtout des Européens du Nord, le cœur sur la main. Ils allaient les chercher à la gare pour les conduire chez le loueur de voiture, leur préparaient des circuits, leur offraiten l’apéritif à leur arrivée et quelques bouteilles de leurs vins à leur départ, avec une gentillesse émouvante.  

L’essaimage en ville

Les locations chez l’habitant, sous forme de chambres d’hôtes, connaissent aussi, on le sait, un fort développement dans les régions touristiques. Elles permettent d’héberger chez soi, comme le feraient des amis que l’on n’a pas vu depuis longtemps, des amis français ou étrangers. C’est l’accueil d’une  personne par une autre personne qui fait la différence d’avec l’offre standardisée de chaînes hôtelières nationales ou internationales, dont on ne sait parfois à voir leur catalogue montrant les chambres dans quel pays on se trouve.  

 

Conçu au départ pour la campagne, la formule d’une offre alternative dans le domaine de la découverte d’un territoire a essaimé dans les petites villes puis maintenant dans les capitales et les grandes villes touristiques, au grand dam d’ailleurs du lobby de l’hôtellerie. Les formules à thème connaissent un grand engouement, au point d’ailleurs que les hôtels deux étoiles qui accueillaient dans les petites villes surtout des commerciaux en visites professionnelles chez leurs clients doivent fermer leurs portes, faute d’appoint par les touristes.   

     

De la location d’une chambre à l’offre de repas payant

C’est une autre déclinaison de l’accueil chez soi avec le petit déjeuner traditionnellement inclus dans le coût de la chambre. La formule avec repas obtient un grand succès en particulier dans les régions vinicoles, ce qui permet de goûter les vins du vigneron avec les mets qui leur conviennent préparés par la femme du vigneron. L’inverse est peu fréquent !  

 

Une autre raison de leur succès provient du fait qu’il n’est pas nécessaire de reprendre sa voiture après. On en trouve par exemple en Anjou et au Puy Notre Dame dans l’aire d’appellation du même nom dans l’arrière pays de Saumur sur le bord de la Loire.  

Sancerrois, rosier en bout de ligne

Un espace d’accueil gratuit pour les campings-caristes

Une autre formule différente  qui connaît un joli développement vise cette fois-ci directement les camping-cars. Cette fois-ci le vigneron propose bénévolement une aire d’accueil. Son caveau est ouvert à la vente afin que les touristes puissent découvrir et acheter ses vins, si telle est leur envie, après les avoir goûtés. 

 

A partir de ces différentes offres payantes ou pas, une double évolution se fait jour actuellement grâce aux réseaux d’hospitalité, le couch-surfing et la visite touristique accompagnée par les Greeters. 

Le couch surfing

C’est une offre très généreuse qui consiste à accueillir chez soi des personnes qui vous sont étrangères et qui vont vivre avec vous à votre façon généralement pour une nuit, sur la base de l’engagement défini par celui qui accueille dans le cadre des principes acceptés par celui qui est accueilli ‘sur le canapé’. En réalité cette formule est très souple, personne n’est obligé d’accueillir chez soi. On peut rencontrer ailleurs que chez soi quelqu’un pour parler, lui expliquer sa ville. Mais on peut aussi discuter philo ou mode de vie. Le plus souvent, la personne est accueillie pour la nuit en venant dîner avant. 3 millions de personnes sont adhérents dans le monde (juillet 2011).

 

Couchsurfing est une société commerciale, qui codifie les règles et gère le fichier des deux grandes catégories de personnes.  C’est une formule très marquée par ‘le sens de l’hospitalité à l’américaine’ à une époque où il n’existait pas d’offre hôtelière commerciale partout dans ce vaste pays-continent. C’est maintenant un mode de vie orientée ‘routard jeune’ qui permet vraiment d’entrer en contact et de comprendre le mode de vie des gens.  

 

Les seuls cas d’exemples de personnes à avoir utilisé ce système que je connais venaient à Bordeaux dans le cadre de Vinexpo, le salon mondial des vins . Ces vigneronnes et vignerons venu-e-s en visiteur ont été très bien accueillies par leurs hôtes bordelais, pour le couchage des deux nuits, effectivement sur un canapé-lit, pendant leurs trois jours de présence. Quelques bouteilles ont pu ainsi être partagées entre tous les membres du groupe comprenant les Bordelais amateurs de vin qui hébergeaient et des vignerons travaillant en bio et bio-dynamie accueillis.   

Vignoble du Sancerrois

La visite touristique par les Greeters

Comme dans le cas précédent, les Greeters n’ont rien à vendre. Par contre, ils ne se situent pas dans un cadre philosophique d’espoir d’un monde meilleur même s’ils partagent leur temps et leurs connaissances dans le cadre de l’échange. Ils organisent pour les touristes qui le désirent des ballades à thème dans leur ville en proposant une découverte doublement personnalisée, à la demande des visiteurs et à ce qu’ils connaissent. Il ou elle n’a pas droit à ce titre faute du diplôme de guide habilité à tarifer ses prestations. L’hôte organise une découverte de la ville où il-elle habite  en fonction de ses préférences et connaissances personnelles et de la demande des visiteurs qui choisissent préalablement.

 

Le lien entre eux se fait par un site spécialisé propre aux Greeters qui duplique ce que fait la maison mère aux Etats-Unis, avec une adaptation aux spécificités françaises. En France, le site le plus connu est celui des "Greeters made in Pas de Calais". Il est vrai que le réseau a bénéficié de l’aide du Comité départemental du Tourisme. D’autres se développent sans aide officielle comme celui de Nantes  qui préfère parler de « tourisme alternatif .» 

 

L’accueil est clairement limité à la découverte touristique. Cette fois-ci se sont les guides touristiques professionnels qui sont mécontents de cette quasi-concurrence. La réponse des Greeters est qu’ils proposent quelque chose qui n’existe pas, une découverte personnalisée moins axée sur l’histoire ou l’art que sur la ‘vraie’ façon de vivre des gens en dehors de chez eux. 

En guise de récapitulatif

On peut à sa guise et en fonction de ce que propose celui ou celle quoi accueille

1. louer un gîte et parfois y manger avec un groupe chez des non-professionnels hôteliers à la campagne, à des conditions financières favorables,

2. louer une chambre ou plus chez des non-professionnels en ville au prix du marché,

3. stationner gratuitement son camping car chez des vignerons, avec la possibilité d’y goûter leurs vins et d’en acheter si on en a envie,

---) dans ces trois cas, l'accueillant fournit en plus des propositions de ballades touristiques,

4. venir dormir gratuitement une ou quelques nuits chez l’habitant sur un lit d’appoint, en dînant parfois avant ensemble avec l’accueillant, en apportant pour celui qui vient un petit cadeau de remerciement, 

---) dans ce cas, il n'y a pas forcément de ballade en plus

5. visiter gratuitement la ville, sur un thème convenu d’avance…

---) dans ce cas, l'accueil est inclus dans la découverte touristique. 

Une modalité non citée et une autre à venir

C’est celle de prendre un repas chez l’habitant, sans y dormir,  qui est née en 1975 au Danemark, contre une rétribution dont le montant fixé par les autorités danoises, pour faire connaître aux touristes étrangers la saveur et la chaleur de l’accueil à la danoise.   C’est cette idée que Lynn Brooks a repris pour fonder le Big Apple Greeters new-yorkais, les premiers du concept.  

 

Il reste une modalité non expérimentée à ma connaissance qui consiste à accueillir pour un repas associé à une ballade des étudiants étrangers venus suivre des études en France chez soi en famille, pour échanger sur nos différentes façons de vivre. Le projet est né du constat que de trop nombreux étudiants, en particulier chinois, viennent passer une année scolaire sans jamais voir une famille française de l’intérieur. L’accueil est fondé sur la réciprocité d’échange de nourriture, sans référence ni versement d’argent, un budget étant prévu pour eux par l’Institut Confucius. Les deux parties s’offrent réciproquement de la chaleur par le biais de la nourriture car les étudiants confectionnent eux-même un repas à partager en commun avec leurs hôtes français. C’est un projet  2010-2011 du conseil de quartier Doutre, Saint-Jacques, Saint-Lazare, en rive droite de la Maine à Angers.  Un projet à suivre parce qu'il est fondé sur l'échange, chacun donne et reçoit. C'est un point fondamental.

 

En conclusion provisoire, des questions 

Les frontières se déplacent à chaque mutation de ce besoin de découverte où les uns accueillent et les autres sont accueillis, soit gratuitement soit contre rémunération.

. La notion d'accueil devient de plus en plus floue: dans quelle mesure acceuille-t-on des personnes sur un trottoir pour une durée de 2 heures? Accueillir pour un repas, oui. Héberger, un pas important de plus est franchi.

. Qu'est-ce que l'hospitalité? Je suis  frappée de voir qu'on ne parle jamais autant de l'hospitalité que lors que des voyageurs de pays "nantis" vont dans des pays qui ne le sont pas. Que ressentent vraiment ceux qui ont accueillis? Ne se sentent-ils pas plus pauvres après?  

. Doit-on être guide pour guider? Quelles sont les compétences de ces personnes? Il faut au moins poser la question.

. Quels sont les enjeux de ces réseaux?

 

. A partir de quel moment  une prestation cesse-t-elle d'être gratuite? La frontière entre une chambre d'hôte et un hôtel de la même catégorie devient extrêment tenue quant aux prestations offertes et au coût imposé. La différence tient plus en la différenciation fiscale des accueillants -moins taxés - face aux hôtels -plus taxés -. Une des conséquences étonnantes porte sur la standardisation de la décoration des chambres qui tendent à prendre le style du moment, que vous soyez à la campagne ou en ville... 

. Qu'est que le tourisme? Visite-t-on réellement un quartier ou une ville en quelques heures? Peut-on comme les Greeters de Nantes modeler l'offre de visite en neuf segments selon que l'on est plus "culture" que "shopping"? N'est-ce pas déjà  imposer la vision du groupe qui prépare la visite? Il y a bien une préparation avant.      

. Et puis reste la lancinante question de l'échange. Il m'apparait alors que j'ai oublié une formule réellement fondée sur l'échange, celui de l'échange de domicile: pendant  que les uns sont chez les autres, ceux-là sont chez les premiers.         

Petite maison de vigne blanche, Bourgueil

Pour suivre le chemin

. Pour l’accueil chez des Danois, voir http://www.dinewiththedanes.dk/main/default.asp

. Pour vivre dans un monde meilleur, voyez le site http://www.couchsurfing.org/ qui ne se traduit pas en français.

. Quelques infos sur http://www.globalgreeternetwork.infoet plus particulièrement pour le pas de Calais http://www.greeters62.com/ et Nantes http://www.greeters-nantes.com/

. Photos EP, avec trois dessins de France Poulain faits lors d’un voyage dans la Vallée de la Loire, avec hébergement en gîte vigneron.

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