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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Galerie Paris-Beijing > Laurent Chéhère > Ses Flying Houses en photo

10 Janvier 2013, 15:44pm

Publié par Elisabeth Poulain

Dans la série très riche des petites maisons, voici comment un photographe à l’œil précis et à la richesse inventive et fine recrée un monde qui s’offre ou s’offrait tous les jours à notre regard en faisant ressortir ce qu’il y a de plus humain dans un vieil immeuble qui prend des allures de maison flottante ou plutôt volante comme le dit le photographe à la manière de JK Rowling.

Laurent-Chehere-Flying-Houses-Linge-qui-seche-Galerie-Paris 

La plus célèbre des créations de Laurent Chéhère est certainement « Le linge qui sèche »  qui donne bien le ton de la série. C’est cette photo qui a été spontanément choisie par la presse lors de la présentation de ses créations photographiques par la Galerie Paris-Beijing, qui est non seulement présente dans les deux capitales de l’art, dont elle a fait son nom, mais aussi maintenant à Bruxelles.  La photo présente deux vieux immeubles jointifs voguant dans l’éther, attachés par des fils très visibles de chaque côté. Collées l’une à l’autre, ces maisons présentent une symétrie qui avec le temps fait évoluer en dissymétrie. Le travail du photographe est d’accentuer ces différenciations dues aux atteintes du temps, aux ajouts de toute sorte, comme cette fenêtre de style classique incongrue et  aux dimensions disproportionnées. Le linge qui sèche fournit la dimension humaine et la couleur. Le toit offre peu de surcharge pour ne pas faire de l’ombre au fond de l’immeuble sous lequel pend un fil à linge bien chargé en vêtements. 

Pour réussir une « Flying House », il vous faut plusieurs ingrédients qui ne sont pas toujours faciles à trouver surtout si on habite la campagne. Il vous faut d’abord la ville, pas n’importe laquelle, mais une ville ancienne, un peu usée, qui en en a vu beaucoup et qui laisse à voir des strates de son passé non revues par un quelconque Baron Haussmann. Une ville bigarrée,  où se télescopent des modes de vie différents qui ne sont séparés que par l’épaisseur d’un mur, derrière une porte et surtout, surtout par l’absence de regard.

Paris est une bonne ville pour ces Flying Houses, surtout dans les vieux quartiers de Ménilmontant et de Belleville. En fait, on trouve encore beaucoup de ces petits immeubles partout en France, par derrière les façades de prestige qui retiennent l’œil des passants. Il suffit pour  voir ces habitats de lever  les yeux au ciel au-dessus des toits, enserrés dans les rues étroites. Qui n’a jamais pensé à pousser les murs, en recherche d’un peu plus d’espace, de plus de place, pour voir comment c’est là-haut? 

    Laurent-Chehere-Flying-Houses-Couscous-a-emporter-Galerie-P

C'est ce que fait Laurent Chèhère mais à sa façon. II nous donne à voir ces maisons d’antan vues du dehors, en faisant de chacune un objet volant identifié grâce à différents signes qui  portent sens. Des gens vivent là  empilés les uns sur les autres, reliés à des fils de téléphone qui les raccrochent… à un ailleurs, non visible, plus loin. Ils cherchent à pousser les murs grâce  à des fleurs sur la rambarde devant la fenêtre, le linge qui sèche dehors à l’air, l’antenne pour garder le contact avec l’extérieur ou ceux de l’étage du dessous ou d’à côté ...

Les murs ont une grande importance chez lui. Ils portent la trace du temps qui passe, avec leurs teintes qui n’ont plus de nom pour indiquer leur couleur réelle. Ils ont subi des coups. Ils leur manquent des morceaux. Ils portent des ajouts, des coulures, des traces peintes d’anciennes publicités, de présence d’anciens commerces… ou une gouttière qui structure toute la façade comme dans « Couscous à emporter ».Tous ont en commun de parler; il suffit de leur donner la parole. Le photographe porte une attention tout à fait spéciale à la façade aveugle, celle qui ne voit pas et qu’on remarque d’autant plus qu’elles ont souvent fait l’objet de publicités peintes de grandes dimensions quand elles s’y prêtaient. 

Le regard de Laurent Chéhère s’apparente alors à celui d’un ethnologue qui donnerait à mieux voir grâce à quelques signes que nous connaissons tous si bien qu’ils en deviennent invisibles.  Outre les façades et les murs aveugles ou presque, nommons dans une autre catégorie, les parasites visuels que sont tout ce qui peut encombrer les toits, les petites constructions ajoutées, les lucarnes, les nombreuses cheminées qui montent si haut en recherche de l’air, les antennes, une parabole parfois et toujours ces fils qui partent latéralement, à droite ou à gauche, mais jamais en-dessous, ni au-dessus. 

Laurent-Chehere-Flying-Houses-Caravane-Galerie-Paris-Beijin

Une seule création fait exception, c’est bien sûr « Caravane ». On comprend bien pourquoi, surtout que le camion qui la tracte n’est pas indiqué. Le seul fil non accroché qui s’échappe est celui de l’antenne de la télévision. On y retrouve tout ce qui constitue l’univers de Laurent Chéhère : la cheminée, le charriot de supermarché, l’antenne, la chaise plastique, la bâche bleue, le seau…Et même, et c’est la seule fois de la série, un homme et son petit garçon tous deux avec un bonnet sur la tête devant la porte ouverte de la caravane qui a, elle, aussi beaucoup vécu, comme une grande partie des maisons de la série.

Le ciel est incontestablement l’autre vedette des Flying Houses. Il est très travaillé tant sa présence est forte. C’est lui qui porte ces drôles de maison en les tenant droites ou presque. Aucun de ces ciels ne ressemble à un autre, ni dans sa couleur, ni dans sa matérialité éthérée, ni dans son mouvement. La couleur varie à chaque fois en fonction de la maison, de ses habitants, de l’atmosphère qui s’en dégage.  Certains ciels sont denses, d’autres légers. Les nuages offrent des contrastes qui indiquent le sens du vent. Ils permettent de mieux structurer cet espace qui fait partie intégrante de notre représentation de la ville.  

Pour suivre le chemin 

. Vous retrouverez une série de photographies de 2012 plus complète de Laurent Chéhère sur le site de la Galerie Paris-Beijing http://www.galerieparisbeijing.com/main/laurent/CARAVANE.jpg

. La Galerie Paris-Beijing, créée en 2006 par Romain et Flore Degoul, qui est spécialisée dans la photographie et « la scène artistique asiatique », offre la particularité d’offrir aux artistes qu’elle représente « trois espaces à Paris, Pékin et récemment Bruxelles, totalisant plus de mille mètres carrés de surface d’exposition ». Elle joue en plus un rôle actif d’interface entre l’Orient et l’Occident avec la mise en place dans sa galerie de Pékin d’un «  programme de résidence destiné à de jeunes artistes occidentaux désireux de s’immerger dans la scène artistique chinoise ». http://parisbeijingphotogallery.com/main/fr/accueil.asp

. Sur ce site, ne manquez pas de regarder la sélection des photographes chinois de la Galerie. Si vous devez en choisir un, deux plutôt, regardez ce que fait Yang Yi dans sa série de 2004 d’une ville plongée dans l’eau où ne demeurent que quelques personnes, posant avec leur masque et leur tuba, devant l’appareil photo. « Ring Road » est absolument remarquable de puissance et de sens. Le second est Liu Bolin qui vous fera voir avec beaucoup d’humour et de profondeur le rouge et or emblème de la Chine irréversiblement autrement. Après, vous vous surprendrez à chercher l’homme au sens français du terme à côté – l’homme, la femme et l’enfant -  derrière chaque lampion !

. Photos de la Galerie Paris-Beijing, "by courtesy of Laurent Chéhère and Galerie Paris-Beijing" , avec  mes remerciements, que vous retrouverez sur ce blog dans l'album "Petites Maisons".

 

. Sur mon blog , vous trouverez aussi une série de billets sur le thème des "Petites Maisons" ainsi qu'une autre sur les caravanes ou plutôt la publicité sur des caravanes dans une série "Style de Pub Caravanes"   

 

 

 

 

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