Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Gunnar Berndtson > L’Eté, sur le ponton au bord de l’eau, Finlande 1893

15 Janvier 2015, 12:12pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le tableau. C’est une huile sur toile d’un format modeste (61 x 44 cm), suffisamment grand pour pouvoir s’exprimer et pas trop de façon à ne pas écraser la scène, d’être taxé de vouloir reproduire la réalité qu’on a sous les yeux, ou de vouloir se mettre en avant.  

L’Eté. C’est le titre que le peintre  a donné à son œuvre.  Il montre une retenue certaine qui convient bien à ce peintre finnois. Il fait beau, chaud, à un moment où le soleil est suffisamment fort pour qu’il soit nécessaire  à une jeune fille de mettre son chapeau de paille, car à l'époque une jeune femme se devait de garder la peau claire.

Gunnar-Berndtson-L'Eté-1893-DSC07676

La jeune fille. Elle est le personnage central, même si elle n’est pas placée au centre du ponton, ni de la scène. Elle se tourne vers l’arrière pour regarder un jeune garçon dans une barque. Ce faisant, elle dirige le regard de celui qui regarde vers l’arrière, dans la profondeur du champ, et vers l’autre côté du tableau. Tous deux sont immobiles et pourtant, la scène  commence à bouger, sans qu’il y a ait même, dans l’immobilité de l’été, une feuille d’arbre à frisoter ou une ride, même très légère sur l’eau.

C’est l’instant qui est saisi, dans cette composition à trois séquences horizontales..   . La plus importante et la plus novatrice est celle qui est donnée aux grosses pierres d’entrée dans l’eau et dans le tableau, en particulier les trois qui portent en quelque sorte la jeune fille assise sur le chemin de bois, supporté lui aussi par des gros cailloux.

Il y a très peu d’eau, comme le montre ces rochers à découvert. On le sait aussi au fait qu’on peut même voir le fond de l’eau, un souci du détail qui montre la volonté du peintre de faire une création poussée. Il ne s’agit pas d’un travail vite fait l’été pour le plaisir d’un instant. Peindre  l’eau et sa transparence dans le soleil de l’été en phase avec la grosseur de la roche éclairée ou dans l’ombre, à l’air ou dans l’eau démontre une très belle technique.

. La seconde séquence s’étire du ponton bien usé et qui a déjà beaucoup vécu. On en peut guère imaginer quelqu’un allant jusqu’au bout, jusqu’au jeune garçon dans la barque arrêtée au bord des roseaux. En arrière de ceux-ci, on aperçoit encore l’eau.

. Arrive ensuite le bord de l’étang, avec les arbres dans le fond, qui se détachent sur le ciel bleutée légèrement grisé, avec une teinte jaune très légère au contact des arbres vers le milieu.

Gunnar-Berndtson-L'Eté-1893-DSC07676

La composition peut aussi se lire dans trois bandes  verticales  . Toujours en partant de la droite et du bas et en montant, on trouve les gros rochers, le ponton avec la jeune femme à la capeline, qui a posé son châle orange à côté d’elle, son panier de paille en arrière, son livre sur les genoux et les arbres en arrière du plan d’eau.

. Au milieu, la bande verticale raconte une histoire sans personnage avec  des pierres, du bois qui a vieilli, de l’eau, des roseaux, de l’eau, de la terre et des arbres.

. Vient ensuite la dernière bande en hauteur. Elle est seulement suggérée, avec un peu de pierre au soleil ou à l’ombre, deux planches horizontales qui restent de l’avant du ponton quand il était encore en état, le jeune garçon dans la barque, le vert d’une prairie et un arbre qui s’élève en hauteur.

Pour résumer, voilà un travail d’une très grande complexité de composition, avec une maîtrise forte  de la couleur, réalisé en 1893, à un moment charnière de l’histoire, par un peintre sensible à la beauté du paysage, formé à la peinture française, qui traduit sa perception des éléments naturels sans mièvrerie, sans chercher à faire de l’impressionnisme « à la manière de … » et sans délivrer de message. Né en 1854, il avait alors 29 ans. Il devait décéder en 1895 à 41 ans, sans avoir pu exprimer la plénitude de son talent, sans avoir trouvé sa place, lui toujours traité de peintre de salon, que ce fut en Finlande ou ailleurs.      

Pour suivre le chemin de l’eau

. Le peintre à retrouver sur http://silverandexact.com/2010/11/08/summer-gunnar-berndtson-1893/avec un commentaire peu axé sur la peinture elle-même mais sur une vision très psychologique de sa vie et de celle sa famille à cette époque. D’autres œuvres sont à voir sur http://www.museumsyndicate.com/artist.php?artist=799

. Retrouvez aussi la toile en particulier dans "Les 1001 Tableaux qu'il faut avoir vu dans sa vieé aux éditions Flammarion.

.  Pour une fois, je ne peux vous recommander wikipedia, le site en anglais donne très peu d’informations et la traduction en français de l’article en finnois est franchement difficile à lire.  

. Partez découvrir la Finlande l’été sur  http://www.visitfinland.com/fr/ete/Vous y retrouverez plusieurs très belles photos d’estacades de bois permettant d’accéder directement à l’eau des si nombreux lacs.

. Photo Elisabeth Poulain

Commenter cet article