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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Japon > Marseille > La Cité radieuse > L'attrait pour Le Corbusier

9 Janvier 2012, 17:39pm

Publié par Elisabeth Poulain

Marseille, La Cité radieuse, Le Corbusier, le Toit-Terrasse

Faites un test pour essayer de voir où vont les touristes japonais. En dehors de Paris bien sûr parce que là, il vous sera bien difficile, à moins d’être un spécialiste de l’Extrême-Orient, de distinguer un Japonais d’un autre Asiatique. Mais à Marseille, c’est plus facile. Il vous suffit de vous rendre à l’immeuble construit par le célèbre architecte selon ses plans révolutionnaires pour l’époque et qui le sont restés. On y trouve bien sûr des Français - une tribu à laquelle j’appartiens - et des visiteurs étrangers. Parmi ceux-ci, le groupe le plus important est constitué par les Japonais. C’est amusant de découvrir qu’on vient de l’autre bout du monde pour voir cet immeuble « en vrai », au-delà des mots et des photos. Pour sentir l’atmosphère de cette « Cité radieuse », qu’a voulu faire un homme préoccupé de traduire sa vision d’une certaine vie communautaire dans un cadre architectural fonctionnel. Dans la rue, par contre je ne suis pas sûre que tout le monde sache que cette barre au pied duquel on passe tous les jours est une référence dans le monde entier.

Blog 2011.05.21 Marseille 019

Le rapport à l’espace

Que les Japonais soient sensibles à l’innovation que Charles-Edouard Jeanneret Gris, dit Le Corbusier, a su traduire en architecture, dans l’urbanisme, le mobilier, en philosophie de vie, on peut le comprendre. Ce précurseur architecte-urbaniste-philosophe - suisse de naissance - a mis en pratique ses grands principes révolutionnaires pour adapter l’espace à habiter au vivre tant individuel, familial que collectif. Un de ses grands principes est que l’homme ne doit ni gâcher l’espace dont il dispose, ni se priver de bénéficier de l’apport très positif d’un espace conçu pour lui, en tant que membre d’une unité familiale, en lien avec les autres. Bien avant tout le monde, Le Corbusier a parlé de densification de l’espace, d’espaces communs, de choix de vie mixte collectif avec des temps privatifs, d’épanouissement dans un cadre communautaire, avec des moyens financiers accessibles à un grand nombre.

Il a apporté une nouvelle vision d’un rapport entre l’homme, l’habitat et l’urbanisme, entre l’homme, l’espace et le temps, avec toujours une attention très particulière à la dimension pratique des grands principes philosophiques de vie, un regard rigoureux et exigeant sur la vie quotidienne  et une volonté de comprendre le monde, sans se laisser enfermer dans une culture donnée. C’est pourquoi il a voulu réaliser des projets dans différents pays, en Allemagne, Belgique, France et en Belgique. Au Japon, il a construit le Musée national des Beaux-Arts de l’Occident  à Tokyo en 1955.

Ce qu’on connait moins, c’est la forte dimension artistique de cet homme global. Il était aussi un grand peintre, un dessinateur qui utilisait le papier collé. Ses sculptures sont aussi connues que ses émaux, ses estampes et ses tapisseries.

Marseille, Cité radieuse, Le Corbusier, le Toit-Terrasse

Le bâtiment

C’est une grande barre construite sur pilotis pour permettre le passage par-dessous entre les jardins ouverts à tous qui entourent le bâtiment situé au 280 boulevard Saint-Michel. Les 337 appartements sont conçus en duplex de façon à recréer la structure d’une maison, à l’exception des studios. Ils sont disposés de part et d’autre des rues que forment les grands couloirs qui permettent d’accéder aux logements à partir du plot central où se trouvent les ascenseurs et les escaliers. Des espaces communs sont prévus pour faciliter la vie collective axée autour de la formation et de la réflexion et l’accès à des magasins – il reste encore une librairie – et maintenant des bureaux à la place.

« Cité radieuse » pour Le Corbu, Monument historique en France depuis 1995

C’est l’une des cinq unités d’habitation qui existent ;  quatre sont situées en France et une en Allemagne. Marseille est la première à avoir été construite en 1952. Suivront Rezé près de Nantes en 1955,   Firmini près de Saint-Etienne en 1963, Briey en Forêt (non loin de Thionville) en 1965 et Berlin en 1957. La « Corbusierhaus » (maison de le Corbusier) fut classée monument historique en 1993, deux ans avant la France, ce qui a accéléré le classement en France. L’architecte renia la paternité de cet immeuble en raison des modifications profondes apportées à son projet pendant la construction, à la demande de la ville. 

La philosophie de Le Corbusier face au temps

Blog 2011.05.21 Marseille 022

. A Marseille, l’immeuble est maintenant réservé à une classe sociale urbaine, qui appartiendrait plutôt à celle des Bo-Bo (Bourgeois-Bohêmes), qu’aux membres de la classe modeste-moyenne visée par le précurseur. Les coopératives immobilières ont été interdites par la loi en France en 1971, ce qui a mis fin au démarrage qui avait été vécu avec difficulté. Les voisins ne furent pas tendres non plus. Pendant longtemps, on désigna cette création sous la peu glorieuse appellation de « l’immeuble du fada » (le fou en provençal).

. A Berlin-Est, la ville d’emblée fit un autre positionnement en matière de choix des habitants : plutôt des célibataires que des familles, dans des studios plutôt que des appartements…Il n’y avait pas de magasins non plus pour mieux valoriser le m2, un concept commercial qui ne fonctionna pas non plus durablement dans les autres unités en France.

. A Nantes, le temps ne fut pas tendre avec l’immeuble. Des malfaçons lors du coulage du béton à la construction dégradèrent en profondeur l’image et la réputation de l’immeuble de Rezé. Consciente de ces problèmes, la ville fit de gros efforts couronnés de succès pour réhabiliter le site et restaurer sa réputation. 

Plus que ces raisons qui se sont cumulées dans le temps, c’est surtout l’avènement de la société de consommation et la revendication individuelle du « tous pour soi » qui mirent fin à toutes les tentatives réelles de volonté de vivre avec les autres en s’éduquant les uns les autres, entre catégories sociales différentes. Les conférences du début n'eurent pas de suite ; la formation après le travail fut remplacée par les achats en grande surface à partir de 1960. L'absence d'entretien des parties communes fut également un gros problème. 

. Quant à Firminy, elle est certainement la ville qui a été la plus constante dans le regard toujours très positif porté sur la présence sur son sol de l’ensemble Le Corbusier. Une des raisons fut l’amitié durable qui avait lié l’architecte et  Eugène Claudius Petit, maire de Firminy, Ministre de la Reconstruction en France de 1948 à 1953. Les deux hommes s’étaient rencontrés en 1946 aux Etats-Unis. Le maire fit appel à lui pour compléter le nouveau quartier de sa ville, Firminy-Vert. L’architecte inséra  ses propres créations dans ce projet déjà réalisé encore plus global. Il réalisa d’abord un pôle culturel et sportif, puis une église et trois Unités d’Habitation.

Marseille, La Cité radieuse, Le Corbusier, le Toit-Terrasse

Pour en revenir à Marseille, la Cité radieuse est depuis longtemps un élément fort du patrimoine culturel à portée mondiale de la ville. C’est certainement l’immeuble qui a le mieux vieilli. Il n’est pas vieux, il a son propre style, une identité forte. La puissance de ses fondations sur pilotis en témoigne, tout comme l’entretien et la propreté du lieu. Un gardien au rez-de-chaussée assure la sécurité. Tout est accessible, les rues d’habitation, la librairie, l’hôtel où l’on peut séjourner à des prix raisonnables si on considère la situation, le restaurant gastronomique et surtout, surtout le fabuleux toit-terrasse avec des vues exceptionnelles sur Marseille et des ‘vrais’ petits enfants qui se fichent comme du quart du patrimoine culturel en s’ébattant bruyamment et joyeusement dans l’eau de la piscine, en haut au 7è étage. Une anecdote, la rencontre très plaisante faite dans l’ascenseur, juste avant d’arriver en haut, avec des jeunes parents accompagnés de leurs enfants en maillot de bain et tongs et qui se sont précipités comme des petits diables vers l’eau!

Pour finir, une seule citation du Corbusier: « Il faut bâtir la ville dans le soleil, il faut la bâtir dans la lumière. Il faut la bâtir avec la nature retrouvée autour des villes. Cela commande notre urbanisme. Il faut la construire avec dignité et cela commande notre architecture. Il faut la construire dans la simplicité puisque nous sommes pauvres. »  Cette citation figure sur l’écran d’accueil du site de Firminy.

Marseille, La Cité radieuse, Le Corbusier, les pilotis

Pour suivre le chemin

.  Aller dormir à l’Hôtel le Corbusier http://www.marseille.com/hotel-le-corbusier-marseille/comment-page-1#comment-778

. Ou y aller juste pour voir la vue de là-haut  surhttp://www.marseille-citeradieuse.org/cor-cite.php?zotable=tabcmsv1_cms&zotype=accue&zopage=cor-site&zogra=Le%20Concept&zogrb=&zogrc=&zopcles=&zohaut=800&zolar=800&zocols=1&zocarti=ffffff&zofonti=b51a13&zopafond=&PHPSESSID=00db9d368330e60b503a124d33ffc4e3

. Voir le site de Firminy sur http://lecorbusier.ville-firminy.fr/page.php?nIdPage_PM=49

. Les règles de base du nombre d’or sur  http://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_d%27or

. Les grands principes du modulator sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Modulor

. La suite de Fibonacci avec de beaux dessins de lapins sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Suite_de_Fibonacci

. Par curiosité, découvrir le musée à Tokyo sur http://www.fondationlecorbusier.fr/corbuweb/morpheus.aspx?sysId=13&IrisObjectId=4990&sysLanguage=fr-fr&itemPos=40&itemSort=fr-fr_sort_string1%20&itemCounhttp://lecorbusier.ville-firminy.fr/page.php?nIdPage_PM=49t=78&sysParentName=&sysParentId=64

. Photos EP, à voir dans l'album Marseille sur ce blog

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