Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Jardiner à Bordeaux sur les Quais de la Garonne

8 Juin 2010, 19:15pm

Publié par Elisabeth Poulain

Un titre trompeur

Bordeaux-2010.05.29 136En fait, je devrais écrire ‘Jardiner’ entre guillemets pour souligner le jeu de mots. On ne jardine pas sur les quais de la Garonne, sauf quand on s’appelle Michel Corajoup et qu’on est le paysagiste chargé de concevoir la mise en lumière d’un paysage remarquable, les Quais de la Garonne. Jardiner est le terme qu’il a employé. Le paysagiste se moquait ainsi de la propension actuellement à la mode de traduire un plan de communication en verbe actif pour mieux en souligner ses aspects dynamiques.

 

Des verbes d’action pour communiquer

C’est bien pourquoi, pour jouer le jeu du Bordeaux-2010.05.29 129marketing, j’ai titré à votre intention cette chronique bordelaise qui va bientôt prendre fin, avec des verbes tels bouger, déjeuner,  mettre en œuvre…à l’exception du premier billet dont j’ai gardé le titre initial, plus ponctuel : « Des hardis Angevins à Bordeaux à la découverte des Berges de la Garonne ».

 

Un tempo très rapide

C’est certainement le billet pour lequel je vais avoir le moins d’informations, faute d’avoir eu le temps d’abord de marcher le long des 4,5 kms, faute aussi de zig-zaguer carnet de notes à la main et appareil photo prêt à fonctionner toujours avec cette même main droite, faute surtout d’avoir eu le temps de respirer, humer, percevoir, ressentir les vibrations ressenties au cours de la marche et des nombreux arrêts d’interrogation. Peu importe d’ailleurs, le résultat aurait été différent. Celui dont je vais vous parler est celui d’un moment court, c’est tout.

 Bordeaux-2010.05.29 153

Disons-le tout net. Autant la promenade m’a plu surtout avec ce temps gris et léger, percé par des trouées de lumière, avec une eau lourde d’argile, avec très peu de personnes, ce qui a facilité notre marche, autant les jardins en eux-même m’ont surpris par manque de surprise. Je n’ai pas étonné et c’est certainement le trait qui me titille, quelques jours après.

 

Un différentiel dans la perception

Peut être est-ce aussi la sensation très réelle et durable encore maintenant, d’un certain déficit de force d’émission, perçue au cours de la présentation par Thierry Guichard (DGA des Services techniques de Bordeaux),  entre la parole portant sur les bâtiments, ceux sur les jardins et sur le végétal. Il a beaucoup été question du bâti existant (les façades du XVIIIè, les Hangars en aval), de la voirie, des installations sportives et ludiques qui ont été enchâssées sur les quais, du fameux miroir sur lequel je vais revenir, et finalement très peu des jardins. Quant au végétal, le seul élément que j’ai vraiment perçu a été la difficulté à jouer la partition de l’arbre.

 

La problématique de l’arbre

Des arbres, il en a été question à plusieurs Bordeaux-2010.05.29 155reprises ; le nombre par exemple, 2000 et 3000 à un autre moment, leur hauteur qui ne devait ‘faire de l’ombre’ aux façades, afin que celles-ci puissent être admirées par tous, de partout, sans être cachées par le feuillage des arbres. Des essences, il n’en pas été question. Michel Corajoup ajoute que cette question de la vue lui a été posée au cours d’une réunion avec les habitants, de la part de dames, se souvient-il. Il leur a répondu que les arbres apportent de l’ombre et de la fraîcheur. Thierry Guichard précise que les arbres plantés ont un développement moyen pour éviter ce problème.      

 

Le concept de mise en paysage de ce  site

Il a été très bien expliqué. Je cite pour mémoire, les objectifs transmis à Michel Corajoud le paysagiste en charge de l’opération : il s’agissait d’harmoniser, d’urbaniser, de rendre hospitalier ce vaste espace, contenu entre voirie et fleuve. La trame a été conçue sur la base de lanières transversales qui prennent en compte les différents paliers entre le bâti et le niveau de l’eau ; quant au longitudinal, il garde un lien fort avec le quartier dont le jardin est l’aboutissement, chaque rue d’importance se  prolongeant par une allée ou une ouverture visuel. L’accès à l’eau se fait assurément de plusieurs façons

 

Les mots de la segmentation

Une segmentation fine se fait par quartier avec Bordeaux-2010.05.29 168à chaque fois un concept de paysage différent et en conséquence des mots très choisis adaptées à chaque âge, situation, fonction… et surtout porteurs d’une réalité à traduire sur le terrain :

 

. Au Quai Sainte-Croix, le Parc Saint-Michel

Les mots : parc de 5 ha, nombreux arbres, vaste pelouse, s’étendre, déjeuner, jeux pour les tout-petits, basket, haltes vertes, famille, amis, pêcher, pique-niquer, ponton, péniches, buvette, point d’information, touristes…

 

. Au Quai de la Douane, le Miroir d’eau

Les mots : parking de 700 places, miroir d’eau, Palais Gabriel, splendeur du temps, Garonne = Miroir, spectacles, évènements festifs, été, jet d’eau irisée, canaux, fraîcheur, tribunes, joutes nautiques, concert, marathon, grand jardins, arc de cercle, ponton, accostage bateaux de tourisme…

 

. Au Quai Louis XVIII, la Prairie des Girondins

Les mots : panorama, ouvrir, vue d’ensemble, prairie naturelle, 1 500m2, pelouse 3 400m2, pente douce, bord de l’eau, halte bienfaisante, œuvres contemporaines, Musée d’Art Contemporain… 

 

. Au Quai des Chartrons, la Promenade avec garde-corps

Bordeaux-2010.05.29 178Les mots : marchés du Colbert, restaurants, guinguettes, jeux, skatepark, jardins d’enfants, restaurants, terrasses, arbres, promenade, garde-corps, s’y accouder, bouquiniste, étal, pêcheur, canne, paquebots de croisière, accostent, tradition maritime bordelaise…

 

. Au Quai Bacalan, les Hangars

Les mots : hangars, conservés, vestiges, activité industrielle, port de Bordeaux, parkings, commerces, jardinerie, produits du terroir, Cap Sciences, pont levant, franchissement, rive gauche, rive droite.  

 

La parole à Michel Corajoud

J’ai trouvé dans le dossier de presse des paroles très intéressantes de Michel Corajoud:

«  Je me reproche parfois de n’être pas allé voir autour du site du projet, notamment sur la rive droite. Je ne voulais pas donner l’impression de vouloir tout m’approprier mais je le regrette. Moi qui conseille toujours à mes étudiants de ne pas se limiter à la zone qui leur est confiée, car ils trouvent forcément des éléments complémentaires pour comprendre le lieu à aménager. Du coup, la scène d’en face de la Bourse est un peu discordante. Heureusement la courbe aiguë du fleuve fait que la plupart du temps, la vue que l’on voit d’en face n’est autre que la même rive gauche.»

 

A lire cette impression du paysagiste, Bordeaux-2010.05.29 179qui a été Grand Prix du Paysage et Grand prix de l’Architecture, j’ai alors seulement à ce moment là compris ce qui m’avait interpellé, ce n’est pas tant la question de la présence du végétal mais l’impression d’être dans une île, avec un double phénomène de miroir, celui que nous avons vu posé à terre et celui qui s’ordonne à partir de la place de la Bourse, en raison de la courbure du fleuve, beaucoup plus étendu, à perte de vue…

                            

Pour suivre le chemin

. Découvrir le site de Michel Corajoud, avec une superbe photo du Miroir d’eau un jour d’été

http://corajoudmichel.nerim.net/

. Voir le dossier de presse de la Ville de Bordeaux que j’ai déjà cité dans un billet précédent qui apporte une information d’importance.

. Lire si l’envie vous en prend la série des billets consacrés à Bordeaux sur ce blog.

. Photos EP

Commenter cet article